SSS Interview: Zadig [FR/ENG]

Le patron de Construct Re-Form nous livre une longue discussion, aux confins de son univers techno futuriste et complexe

Interview : Zadig
Par Alexandre Aelov
Publié le 16 août 2014 | 9:54

C’est avec un vétéran du paysage français qu’on a échangé pour cette interview : Zadig. Clairement pas un vétéran mythifié dans un statut de légende impérissable, non, plutôt un vétéran voyageur, qui a usé les disques dans la scène hardcore hexagonale à la fin des 90′s avant de revenir en pleine lumière ces dernières années, avec la création de son label Construct Re-Form et des premières sorties sous cet alias futuriste. Nous avions eu l’occasion de discuter longuement avec lui lors de sa label night de l’automne dernier, puis plus récemment lors d’une soirée consacrée à son sublabel Ars Mecanica, toutes deux à l’Iboat. Cette interview : Zadig est en quelque sorte la compilation de ces passionnants échanges.

 

_Cette soirée à l’Iboat tout comme celle de la veille (au Batofar) est consacrée pour la première fois à Ars Mechanica, le sublabel de Construct Reform. Pour l’occasion, les invités sont Mike Storm, auteur de la seconde sortie du catalogue, et Tadeo. Tu peux nous éclairer un peu plus sur le projet et le rapport à Construct Re-Form ?

- A la base je voulais créer un sublabel avec un univers plus orienté que Construct Re-Form. Je voulais un endroit où pouvoir mettre en avant un univers plus technologique et ésotérique, quelque chose de très science fiction, dans le sens « noble » du terme. Le fond et la volonté, c’est ça, ensuite je n’aime pas trop conceptualiser. Par exemple, même s’il y a une cohérence globale, la prochaine sortie, signée Voiski, sera encore différente dans la forme. Je vois aussi Ars Mechanica comme un label à risques, je sais pas si ça plaira ou pas, c’est encore incertain.

 

_Pour continuer sur ton actualité, ton EP Kern Space Adventures est très surprenant, avec un morceau très rythmique, minimaliste, et l’autre qui développe des ambiances extrêmement riches. Au final on a une plaque très à l’écart d’une idée « classique » de la techno…

- Oui effectivement. J’ai monté Kern Space Adventures parce que je voulais mettre en avant quelque chose de vraiment différent. L’imagerie sera beaucoup plus futuriste, un peu SF années 80, moins « sérieux » que Ars Mechanica, à la Métal Hurlant, inspiré par des dessinateurs comme Moebius ou Caza. Je vois pas ça non plus comme quelque chose de très esthète à la Schuiten, je veux garder un côté un peu « gros », limite kitsch dans le futurisme. Et je veux que ça se retrouve dans l’histoire, dans le son également. Il y aura deux EP en tout sur Syncrophone, sous le nom « Zadig presents Kern Space Adventures », puis un album. A partir de là le projet prendra d’avantage forme, on pourra y voir plus clair.

 

_De même, si on regarde ton EP Daedalus sorti sur Thema Chronicle, c’est un univers compact, très cohérent et unifié, dans l’héritage de Jeff Mills et pile dans la ligne esthétique du label (Staffan Linzatti, Jeroen Search, Samuli Kemppi). Là où tu te permettais des libertés d’une sortie à l’autre sur CRF, tu as fait un choix plus radical sur celle-ci. Tu penses que c’est un pas logique dans ta création ?

- Complètement. C’est le genre de musique que j’achète beaucoup, que j’écoute énormément même si au final j’en joue assez peu, donc c’est un passage logique dans ma production. Je voulais vraiment sortir quelque chose sur Chronicle, qui soit dans cette ligne. Les sorties de Terrence Dixon et Staffan Linzatti sont des références pour moi. Y’avait une esthétique proche de ce que j’imaginais sur Ars Mechanica.

 

 A la base les labels étrangers doutaient pas mal, et ils ont douté longtemps de la capacité des français à offrir une musique sérieuse, profonde, qui ose aller plus loin.

 

_ Ça marque aussi une sortie importante sur un label étranger. Si on compare au various sorti sur Tresor sur lequel tu figures avec Acronym, ce dernier n’a aucune cohérence…

- Pour ma part, ça m’a pas plus gêné que ça. Effectivement c’est un peu décousu dans l’ensemble, mais c’est un Demo Tracks, ça n’a pas vocation à être un truc très cohérent. A la base on était partis sur un maxi sous Zadig uniquement, et ça va se faire à l’avenir.

 

_Tu penses que le regard des labels étrangers sur les artistes français tend à changer ?

- Oui, ça va très vite. Pourtant à la base ils doutaient pas mal, et ils ont douté longtemps de la capacité des français à offrir une musique sérieuse, profonde, qui ose aller plus loin. Du moins c’est l’impression que j’avais, les retours que j’avais… Aujourd’hui, quand je joue à l’étranger, je parle pas mal avec des artistes d’autres pays et je sens que leur regard change sur la scène nationale.

 

Il y a une confiance qu’il n’y avait pas avant, un rapport entre le public et les artistes qui a changé. Les gens sentent que près de chez eux il y a du talent et qu’il faut encourager ça.

 

_ Et au niveau de la création, du rapport entre les artistes ? Quand on regarde le Real Scenes sur Paris sorti par RA il y a plus d’un an, on a l’impression d’un bordel monstre, d’un bricolage perpétuel qui épuise les efforts de tous.

- Sur cet aspect aussi ça tend à changer à mon avis. Les choses sont plus structurées, il y a plus de communication, de dynamique. Et ça joue aussi au niveau des soirées, aujourd’hui t’arrives à faire des nuits pleines avec uniquement des artistes français, même en province, ça veut tout dire! Il y a une confiance qu’il n’y avait pas avant, un rapport entre le public et les artistes qui a changé. Les gens sentent que près de chez eux il y a du talent et qu’il faut encourager ça. La route est encore longue, mais ça avance peu à peu.

 

_On a parlé de variété dans tes sons, mais au sein même de Zadig, on voit que tes sorties sont parfois très différentes les unes des autres. Un disque comme Dagon a peu à voir avec Londinium, et ils sont aussi très loin de tes premiers EP sur Syncrophone.

- Oui. Après 20 ans à faire de la musique, tu ne peux pas te dire que tu ne vas faire que de la techno. Les disques dépendent aussi de tout ce qui m’a influencé. Des EP comme Dagon font référence à mon passé de rôliste. D’ailleurs, cette influence dans l’imaginaire se retrouve aussi dans le nom Ars Mechanica, c’est une référence au jeu de rôle médiéval Ars Magica.

 

_ Et Dagon fait référence à Lovecraft ?

- Oui absolument. Plus jeune je lisais pas mal de science fiction, en écoutant Tangerine Dream. Tout ça m’a pas mal influencé, des auteurs comme Asimov, Herbert, Simmons.

 

_Si on regarde Construct Re-Form, le catalogue s’est pas mal élargi mais tout en restant structuré autour de quelques artistes. Comment tu vois sa dynamique aujourd’hui, par rapport à ses débuts ?

- Au fond, le panorama a toujours été ouvert. Le label est jeune, mine de rien, il n’a « que » 7 sorties. Les 3 artistes sont assez différents les uns des autres. Antonin (Antigone) fait quelque chose de très technologique, bourré d’abstractions, alors que Voiski est dans une veine très mélodique, très electro, spontanée. Et même si Birth of Frequency a des origines musicales plus proches des miennes, au final je ne me suis pas dit que le label aurait une ligne directrice rigide, mais pas non plus qu’il serait trop vaste. Tout le monde ne peut pas monter un Warp, un Versatile. J’ai voulu commencer plus modestement, quitte à ensuite créer d’autres labels.

 

_Tu peux nous parler de l’esthétique derrière CRF ?

_ L’imagerie est très parlante effectivement. Le constructivisme russe m’a vraiment attiré, surtout les croquis de Chernikhov. Ensuite, il y a du sens à lire dans ces références. Un certain rapport au passé. Ma musique vient directement des années 90, du passé, même proche. C’est cette énergie un peu nostalgique qu’il faut voir dans la référence au constructivisme. Je pense que ce sentiment a toujours habité la techno. Ensuite, le concept s’arrête là. Je ne tiens pas à trop intellectualiser la chose, mais il faut un cadre esthétique, des connections culturelles, une ossature derrière la musique. C’est essentiel pour moi.

 

 C’est bien simple: quand je descends dans mon studio, j’ai l’impression d’entrer dans un vaisseau spatial

 

- C’est une base de création nécessaire pour toi?

_ Disons que les associations se font naturellement. C’est bien simple: quand je descends dans mon studio, j’ai l’impression d’entrer dans un vaisseau spatial. Rien que ça, ça m’inspire. Tout l’imaginaire se connecte à ça naturellement. Je vais pas plaquer quelque chose d’artificiel, c’est un tout simultané. En parlant des machines, elles y sont pour beaucoup dans mon inspiration. Bien sûr j’ai commencé sur ordinateur, comme beaucoup je n’avais pas les moyens de m’acheter des machines. Mais ce rapport direct aux choses, cette manière de faire à l’ancienne, tout ça conditionne clairement mon inspiration.

 

_Tu peux nous en dire plus sur tes projets à venir?

- Outre ce que je t’ai déjà dit, il y aura quelque chose sur Deeply Rooted, plusieurs choses sur Chronicle également, avec qui l’aventure continue, je serai sur un various sur Reclaim Your City, et il y aura également un maxi sur Semantica!

Sylvain Peltier, aka Zadig, is a techno veteran. Not that kind who lives high up above in a legend status, but the kind that have hitted the road for years, and come back with maturity and wisdom. After having spinned the wax for years amongst the french hardcore scene, the man came back a few years ago under this alias with several EPs and a brand new label: Construct Reform. We had the occasion of discussing with him about music, futuristic worlds, literature, first during last fall then more recently when he blasted the Iboat in Bordeaux for the Ars Mecanica label night. This interview is a compilation of these fascinating exchanges with a major figure in the french techno scene.

 

_This label night and the one before, in Paris, are dedicated for the first time to Ars Mechanica, the sublabel of your main imprint Construct Re-Form. You invited Mike Storm, which released the second record on the label, and Tadeo. Can you tell us more about the project and its relations with Construct Re-Form ?

- I wanted to create a sublabel with a more specific universe than Construct Re-Form. I wanted some space to develop a more technologic and esoteric universe, something really SF-oriented, in the noble way. This is the deep meaning and the will I put in this imprint, but in the end I don’t like to conceptualize too much. For example, even if there is a global coherence, the next release, by Voiski, will be formally different. I also see Ars Mechanica as something where I can take risks, I don’t know if people will like it or not, and stick to this. Wait and see.

 

_About your recent activity, your Kern Space Adventures EP is really surprising, with really rythmical, minimalistic tracks, and on the other wide and rich ambiances. Definitelly a step aside every classical vision of techno music…

- Indeed. I’ve founded Kern Space Adventures because I wanted something really different. The universe will be even more futuristic, a bit like the 80′s raw science fiction stuff, like Metal Hurlant, inspired by authors like Moebius or Caza, and somehow less « serious » than Ars Mechanica. It’s not inspired by really conceptual SF like Schuiten’s works, I want to keep the kitsch in this kind of futurism. There will be two Eps on Syncrophone, under the name « Zadig presents Kern Space Adventures », then an album. Then the project will be more real, things will get clearer.

 

2014-02-28 Zadig from studio r° 2nd on Vimeo.

 

_Same thing if we consider your Daedalus EP, out on Thema Chronicle : it’s a compact universe, with a strong stylistical and technical unity, Jeff Mills-esque and in the straight artistic line of the label ( Staffan Linzatti, Jeroen Search, Samuli Kemppi). You showed among your releases on CRF some kind of freedom though the diversity of the music you were producing, but on this one you appeared to be more radical. Do you think it represents a logical step in your creation ?

- Absolutelly. It’s the kind of music I buy and listen the most, even if I play it more rarely in my sets, so it’s a logical path for me. I really wanted to release something on Chronicle that would be of this kind. The records by Terrence Dixon or Staffan Linzatti are absolutes classics for me. There is an aesthetic in this label close to what I imagined for Ars Mechanica.

 

_ It also represent a release on a foreign label. If we compare to the various released on Tresor where you have a track near to Acronym, which have no coherence at all…

- It didn’t bother me that much. It’s indeed a bit… « various » in the bad way, but it’s a Demo Tracks, it’s not meant to be coherent. In the beginning we had talked about a full Zadig EP, and this will definitelly be the case in the future.

 

_Do you think that foreign labels have changed their opinion about french producers ?

- Yes, things are going very fast. Not so long ago they had strong doubts, they didn’t believe that the french electronic scene could produce serious, interesting music, something that dares to go forward. At least, this was my impression, these were the feedbacks I had back in the days… Today when I play abroad, I talk a lot with foreign artists and I feel that they have changed their mind about the french scene.

 

_ And about the musical creation, about the relations between artists ? When we look at the RA Real Scenes documentary about Paris, made a year ago, it gives the impression of a huge mess, constantly trying to find his way, exhausting the artists and people good will.

- Here too things tend to evolve I think. Things are more organized, with more communication, it’s both more professional and dynamic. And you can see it with the parties : today you can gather a enthusiastic crowd with french artists only on the line up, even outside of Paris, it says a lot about the state of things ! There is confidence that wasn’t there before, the relation between the audience and the artists has definitelly changed. People feel that next to their place there is talent waiting to be supported, and that it worth it. This is still a long way, but things are moving in the right direction.

 

_We’ve talked about the diversity in your aliases, but among your production under Zadig, we can see that your releases are sometimes really different from one another. A record like Dagon has not much in common with Londinium, and both are quite far from what you used to release on Syncrophone at the beginning.

- Indeed. After 20 years making music, you can’t do only straight techno. The records have to do with everything that influenced me. Eps like Dagon are references to the time when I was a role game player. You can find this influence in the name Ars Mechanica too, which refers to the medieval role game Ars Magica.

 

_ And Dagon refers to Lovecraft ?

- Absolutely. When I was young I used to read a lot of science fiction, while listening Tangerine Dream. All of this influenced me a lot, authors like Asimov, Herbert, Simmons.

 

_If we look at Construct Re-Form, the catalogue became larger but focused on few artists. How do you see its dynamic today, comparing to the very begining ?

- Actually, the panorama has always been openned. The imprint is young, you know, and there are « only » 7 records released on it. The 3 artists are quite different in their approach. Antonin (Antigone) has made something really technologic, abstract, wereas Voiski did something more melodic, really electro-inspired, spontaneous. And even if Birth of Frequency has musical influences that are closer to mine, I didn’t want this label to have a straight musical line, without being too vast in the same time. Anyone can’t build a Warp, or a Versatile. I wanted a humble start, even if I had to launch new labels later.

 

_Can you tell us more about the aesthetic behind CRF?

- The art behind the label identity is indeed really important. Russian constructivism attracted me a lot, especially Chernikov’s drawings. Once you said it, there is a meaning in these references. A certain relation to the past. My music directly comes from the 90′s, which is the past, even if it’s kinda recent. It’s this very special energy, a bit nostalgic, that you have to feel in this reference to constructivism. I think that this feeling has always haunted techno music. But the concept stops here. I don’t want to over-intellectualize the thing, you know, but there is a need for a precise artistic border, cultural connections, a structure that lies beneath the music. It essential.

 

_Is it a necessary foundation in your creative process?

- Let’s say that everything connect naturally. It’s a simple thing: each time I go down to my basement where the studio is, I have the impression to be in a spaceship. This inspires me. Everything in my imagination connects to this instantly. I won’t try to fit something artificial to my music, it’s a spontaneous thing. And about machines, well, they take the big place in my inspiration. Of course I began producing on a computer, like every young guy beginning without having enough money for all that stuff. But this direct interaction with the machines, this old-school, physical way to build the sound, all of this determines the biggest part of my inspiration.

 

_Can you tell us more about your upcoming projects?

- Apart from what I’ve already said, there will be something out on Deeply Rooted, several things on Chronicle too, I’m really thrilled to keep on this adventure with them. There will also be a track from me in a various out on Reclaim Your City, and also an EP on Semantica!

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