SSS Playlist #030 : Carte Blanche à December

A l’occasion de son passage à Bordeaux lors de la 5ème nuit Forteresse, December cerne en une interview et une playlist les mystères de sa musique

Par David Robert
Publié le 6 janvier 2016 | 18:55

Si on connait Tomas More au travers de ses sorties il y a quelques années sur Items & Things, Correspondant ou Get The Curse, c’est pour une musique sèche et minimale empreinte d’un univers sombre. Au fil des ans, ce projet a évolué, et on découvrait avec « In Advance of The Broken Arm », sorti sur A14, le sublabel de Blackest Ever Black, son nouveau projet December ainsi qu’une orientation plus dure.
Si le background sonore est toujours présent, il y a un indéniable pas en avant que nous avons voulu définir avec lui.
En amont de la cinquième Forteresse de notre ami Nuit au Bootleg dont il sera l’invité, Tomas More a bien voulu répondre à quelques questions et nous fait l’honneur d’une sélection acérée.

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- A quel moment t’es venue l’idée de dissocier ton ancien projet du nouveau en fondant December ?

A vrai dire c’est plutôt une évolution qu’une dissociation. J’avais atteint les limites avec ‘Tomas More’, je me sentais un peu prisonnier de codes que j’avais du mal à accepter plus longtemps. Je trouvais ça plus juste et sincère de prendre un autre nom pour pouvoir tout recommencer depuis le début. Les noms sont importants et j’aime l’idée de table rase.

- Même si la ressemblance dans le background est flagrante, on observe un tournant plus dur, plus orienté techno mais pas seulement. Si on écoute les deux tracks de ton split sur In Paradisum, December semble aussi plus ouvert à d’autres explorations dans la forme. Ce projet constitue-t-il un espace de liberté nouveau pour toi ?

Oui, là on en vient aux explications musicales. J’ai commencé à faire de la musique très jeune, à 21 ans. Mes références, mes influences ont évoluées depuis. Je pense maintenant avoir affiné mes goûts, mes sources musicales mais aussi artistiques. Aujourd’hui j’ai effectivement plus envie d’explorer, de tenter d’approcher un spectre sonore plus varié, moins « formaté » en quelque sorte, plus personnel en tout cas. Même si le formatage est toujours un risque, quelque soit la scène ou le courant.

L’orientation plus « dure » est effectivement une des choses que je m’interdisais un peu avant et que j’ai maintenant envie d’exorciser, de faire sortir. Mais pas que. Dans l’autre sens, je veux aussi produire des choses plus aventureuses, plus libres, un peu « hors format ». Comme le titre « Collapse » sur le disque que j’ai fait pour Blackest Ever Black ou « Behindert » et « XY » sur le split pour In Paradisum.

- Cette sélection est une manière de cerner les racines du projet. Dans les grandes lignes comment les définirais-tu ?

Je le définirais comme un paysage sonore traversé par deux grandes tendances.

La relecture de certains courants des années 80 (la fameuse « wave » sous ses formes les plus sombres, les musiques industrielles, l’EBM, l’early electro).

Et la carte d’un scène contemporaine qui m’excite particulièrement et qui opère la synthèse entre ces influences et une techno mutante assez sauvage. Comme Prostitutes, Beau Wanzer ou Container.

- Les labels sur lesquels tu as récemment signé vont dans ce sens là. Quels sont tes rapports avec les maisons Blackest Ever Black ou Jealous God par exemple ?

Je ne connaissais BEB que par leurs disques, je ne connaissais pas le mystérieux Kiran qui dirige le label. C’était juste un de mes labels préférés. Même chose pour Jealous God, j’aimais beaucoup les disques et l’univers esthétique mais je ne connaissais ni Juan (Silent Servant) ni Karl (Regis) et encore moins James Ruskin. Mais j’avais quelques amis communs avec eux.

C’est une amie, Veronica de Minimal Wave qui m’a d’abord conseillé d’envoyer « in Advance Of The Broken Arm » et « Collapse » à Kiran pour BEB. J’étais sûr de ne jamais avoir de réponse, j’ai balancé un mail à la mer et j’ai eu une réponse quelques mois après me disant qu’il adorait les morceaux, qu’il voulait les sortir et qu’il allait même créer une subdivision pour sortir le disque. En abordant l’artwork, je lui ai parlé de ce disque de Gallon Drunk mettant en musique des lectures de romans de Derek Raymond, nous sommes tous les deux fans de cet album et il a décidé de l’appeler A14 comme le numéro du bureau d’un des personnages d’un roman de Raymond et de mettre un dessin du visage de l’auteur sur le macaron du vinyle. Je n’ai jamais rencontré Kiran, nous communiquons uniquement par mails. J’espère refaire un disque pour lui cette année.

Quant à Jealous God, même histoire, c’est la même personne qui m’a conseillé d’envoyer ma musique à Juan/Silent Servant. Il a aimé et a décidé de les sortir sur JG après en avoir parlé aux autres. J’ai depuis rencontré Juan et nous travaillons actuellement à l’artwork du EP. Je suis très content de faire un disque sur ce label avec lequel je partage beaucoup d’obsessions musicales et esthétiques.

- Les titres sont également intrigants, tu peux nous éclairer sur certains d’entre eux ?

« Behindert » est une référence à un film qui compte beaucoup pour moi, le film éponyme de Stephen Dwoskin. Magnifique oeuvre où Dwoskin met en scène sa rencontre avec la femme qu’il a aimé, leur histoire et la place de son handicap dans leur amour. Nous vivons les scènes à travers son oeil/caméra, c’est brut et subtil à la fois.

Les autres ont parfois leurs histoires particulières aussi mais parfois ce sont juste des phrases trouvées ici et là.

- En conclusion si tu devais résumer December avec un film ou un livre quel serait-il ?`

« Sombre » de Grandrieux ou « Twentynine Palms » de Dumont. Des films obsessionnels et glaçants.

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Ike Yard – NCR :

« Ce morceau est véritablement fondateur pour moi. En découvrant « NCR » j’ai découvert que l’on pouvait utiliser le post-punk de cette manière neurasthénique que j’affectionne depuis le début. La voix de Kenny Compton me hante toujours. Absente et omniprésente à la fois, sensuelle et vaporeuse. Et que dire de cette basse ?

 

 

In Trance 95 – Presidente : 

« Ou le combo basse/batterie parfait. C’est sourd et lent. J’adore le jouer en dj, un peu comme le « trash me » de Malaria, je déteste ce mot – mais je n’ai jamais trouvé de synonyme : il a un « groove » incroyable. J’aime garder cette idée en tête quand je fais de la musique, même s’il est réduit à son plus mince squelette, j’aime mettre en avant des rythmiques qui parlent au corps. »

 

 

Charles Manier – A/B Infect :

« De la même manière que le IT95, des drums relativement lentes, plus électroniques cette fois, métalliques. C’est un adjectif qui qualifie assez bien ma musique  je crois. Et puis Charles Manier c’est l’assouvissement de mon goût pour les séquences dissonantes de synthé post-acid, ces mélodies syncopées et migraineuses chères à DJ Traxx. »

 

 

Container – Complex : 

« Container, la démonstration que l’on peut faire du post-punk électronique en 2015 et que ça peut être génial. C’est rapide, sauvage, ça ne sonne comme personne d’autre. Ca me rend ouf en fait. Je suis admiratif de Ren Schofield. »

 

 

Esplandor Geométrico – Sinaya :

« Evidemment Esplendor Geometrico, référence absolue de la proto-techno / power electronics réssuscitée depuis quelques années. « Sinaya » est loin d’être leur meilleur morceau mais j’ai toujours eu un faible pour les tools très basiques, répétitifs, rythmiques. Celui-ci me suit depuis un moment. »

 

 

Streetwalker – Future Fusion : 
« Sans doute mon disque préféré de 2013. Un de mes producteurs favoris de ces dernières années, Beau Wanzer, accompagné de Elon Katz (White Car). « Future Fusion » a clairement joué un rôle très important dans mon évolution vers December. Fusion rêvée entre ambiances néo-industrielles et chant wave-ien, un de mes fantasmes absolus en tant que producteur. »

 

 

Ausgang Verboten – Consumer :

« Classique. « Consumer » représente bien mon vieux penchant pour les synthés 80 dégoulinants et dissonants. Je l’ai beaucoup joué dans mes sets. »

 

 

Richard H Kirk – Never Lose Your Shadow :

« Un monument. L’homme derrière Cabaret Voltaire signe l’équilibre parfait entre early electro, techno ralentie et incantations new wave. La production est particulièrement brillante, une basse très mate et presque funky et ce synthé qui déchire le morceau de bout en bout. »

 

 

Prostitutes – Cilindrical Habitat :

« Tout comme Beau Wanzer et Container, Prostitutes fait partie de mon tableau de bord des producteurs contemporains qui comptent pour moi et m’ont donné envie de créer DECEMBER. C’est brut, bête, répétitif, infernal. « Cylindrical Habitat » est démoniaque, anxiogène, physique et particulièrement jouissif. »

 

 

Mecanica Popular – Maquinas y Procedimientos : 

« J’avais lu un post sur un blog à propos de cet album de Mecanica Popular il y a trois ou quatre ans et j’avais été frappé par « Maquinas y Procidimientos ». Beau et rêche à la fois. J’ai toujours eu un faible pour la confrontation entre musiques industrielles et mélodies mélancoliques à tendance presque dramatique. Ce magnifique cri synthétique juxtaposé aux percussions métalliques et leur dissonance crée un équilibre vraiment intéressant je trouve. »

 

 

 N.M.O – Full Spectrum Dominance : 

Ou mon amour pour les batteries débiles et les structures simplissimes (ou peut être faussement simples). Ici pas de mélodie au sens premier du terme mais des bruits tout droit sortie d’une jungle artificielle. « Le seul problème avec les sons c’est la musique » disait John Cage.

 

 

Consumer Electronics – Murder The Masters :

 » Sans doute un des morceaux que j’ai le plus joué depuis deux ans. Un (faux) tool encore une fois.

Je suis dingue de cette voix qui me rappelle Derek Raymond (cf. l’artwork de mon disque sur Blackest Ever Black), ce délicieux accent britannique qui sent le whisky, la vieille clope et les romans policiers crapuleux. Encore des esthètes du dépouillement.  »

 

 

 

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