SSS Podcast #509 + Interview : Liza Aikin

Artiste au parcours tumultueux, Liza Aikin revient sur sa carrière en quelques questions pour accompagner son podcast virevoltant.

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Par Martin Drazel
Publié le 29 octobre 2020 | 12:13

Liza Aikin est une DJ et productrice atypique au parcours bien particulier. Depuis son studio berlinois, elle continue sans relâche sa quête pour une musique au plus proche de son univers intérieur, utilisant à loisir ses deux armes de prédilection : le field recording et les synthétiseurs modulaires. Pour notre 509ème podcast, l’artiste revient en quelques questions sur le chemin tumultueux qui l’a amenée à produire chez OBSCUUR son dernier EP : Infirm Pastainsi que sur sa passion, sa carrière, mais aussi pourquoi elle a tenu à enregistrer pour nous ce podcast à cheval entre industrial techno et neurofunk.

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Dis-nous qui tu es et comment tu as commencé à créer de la musique ? Qui a été ta première influence musicale dont tu pourrais te souvenir ? Qui t’as inspiré lors de tes premières créations et qui t’inspire aujourd’hui ? Pourquoi ?

J’ai toujours aimé la musique classique. Enfant, j’ai joué du violon pendant de nombreuses années et j’étais très fascinée par la harpe et les instruments médiévaux. Vers la fin de l’adolescence, je suis tombée sur la drum & bass et j’ai tout de suite accroché. J’ai pu apprendre les bases du mix avec quelques amis, et j’ai commencé à préciser mes préférences en drum & bass, avec une affinité pour son aspect rude, je mixais aussi de la techno mais pas en public. Avec les années j’ai développé un certain intérêt pour la production, car il me manquait toujours quelque chose dans mes sets techno, et je savais exactement ce que je voulais, mais je manquais malheureusement de confiance pour commencer à produire. Mes amis sont une source d’inspiration continue, et j’ai aussi la chance d’être entourée de compositeurs toujours plus créatifs tels que Monolog, Rory St. John, Swarm Intelligence, CTRLS, Veronica Maximova, Ankubu, et d’organisations telles que Eclectique qui essayent toujours d’encourager leurs artistes à évoluer.

Que cherches-tu à accomplir avec ta musique ? A quoi ressemble le succès pour toi et où / dans quels contextes vois-tu ta musique être jouée ?

J’aimerais transmettre des non-dits avec ma musique, j’aimerais apporter quelque chose d’autre que de simples kicks lourds, ou qu’un patch bien programmé. De nos jours, n’importe qui peut faire de puissants morceaux de techno avec son ordinateur et un équipement minime, donc être apte techniquement parlant n’est pas suffisant. Avoir tout un équipement sophistiqué n’est pas suffisant non plus. Je serais contente si ma musique était versatile et pourrait être jouée dans différents styles. C’est ce que j’ai essayé de faire avec ce podcast pour vous. Pour être honnête, je n’ai aucune idée de ce qu’est le succès musicalement parlant, ça ressemble probablement plus à un objectif personnel, ce moment gratifiant où on termine quelque chose, on créée quelque chose.

En dehors de la musique, qu’est-ce qui t’inspire ? Nous avons entendu que tu aime la mode vintage, pourquoi aimes-tu cette branche et comment t’y associes-tu ?

Je m’inspire de la vie citadine, Berlin et sa population. Je suis, de manière générale, inspirée et fascinée par l’artisanat, c’est pourquoi je suis aussi intéressée par la mode vintage. Le temps et l’effort que les personnes à l’époque ont dû investir pour créer des choses simples me rappellent le processus que je traverse lorsque je produis de la musique. Trouver de nouveaux sons, fabriquer des samples, les affiner et construire quelque chose à partir de rien, c’est un procédé sur mesure pour chaque piste. Je vois ce procédé tout à fait identique dans les habits faits-main que j’adore des années 20s et 30s, en sachant combien de temps et d’effort cela prenait pour quelqu’un de faire de tels objets, je me sens obligée de les adorer autant que j’adore un synthé vintage.

Il y a t’il un sentiment particulier, une idée, une impulsion derrière la création de ta nouvelle sortie « Infirm Past » à venir chez Obscuur Records ?

Le principal sentiment est la frustration. Je n’étais pas en grande forme en produisant « Infirm Past ». Après un accident, j’ai souffert pendant des années de douleurs chroniques, de vertiges et d’évanouissements. J’étais souvent bloquée chez moi, sans aucune possibilité d’aller dehors et de faire ce que j’avais l’habitude de faire, j’ai commencé à ne plus me sentir normale, comme une infirme. Ma seule échappatoire était la musique. En produisant, j’ai vu que je pouvais accomplir quelque chose. Le titre « Hospital Bed », par exemple, est produit avec des prises sonores depuis mon propre lit d’hôpital. Lorsque l’on m’a opérée, mon mari a eu l’idée de venir à l’hôpital et d’enregistrer le système hydraulique de mon lit pour me réconforter un peu. Vu que j’ai toujours essayé d’implanter des enregistrements sonores ayant du sens dans mes productions studio, c’était l’ajout parfait pour ce dernier morceau. En toute objectivité, cet EP est une représentation honnête de mes ressentis. En sortant « Infirm Past », je peux enfin avancer dans ma vie et archiver cette période sous une forme musicale.

Des plans à court ou long terme pour le futur ? Comment as-tu géré cette drôle de période et comment comptes-tu continuer à y faire face ?

Comme vous avez pu le comprendre, je ne suis pas du tout étrangère au fait de rester chez soi, alors je ne suis pas particulièrement abattue par la situation actuelle. Je garde le cap côté production, car comme pour tout autre compositeur l’agenda d’événements s’est allégé, alors mon plan, au lieu de me plaindre, est d’investir plus de temps à finir des collaborations, d’améliorer ma connaissance sur la synthèse modulaire, et d’améliorer aussi ma technique de dj ainsi que sur Live. Pour les sorties, je suis en train de terminer une collaboration avec Monolog qui se concentre plus sur les sons électroniques et les rythmes cassés, elle verra le jour sur un label expérimental très intéressant de Los Angeles : Evar Records. Le label aspire à un espace musical hybride qui défierait les notions de genre, dirigé par Aurat09 et Trickfinger. Leurs sorties ne devraient pas décevoir les fans de jungle, breaks et autres musiques d’avant-garde.

Tell us who you are and how you’ve started creating music. Who were your first musical influences that you can remember ? Who inspired you to start producing and who is still inspiring you nowadays ? Why ?


I always liked classical music. As a kid a played the violin for many years and was very fascinated by harps and medieval instruments. In my late teens, I came across drum’n’bass and liked it immediately. I was able to learn the basics of djing trough some friends, and starts looking into building my own taste in drum’n’bass which turned out to be more on the hard side, I would play techno on the side but not in public. Over the years I developed the interest on production, because I was always missing something in my techno sets, I knew exactly what I wanted, but unfortunately I lacked the self-confidence to start producing. My friends are the source of continuous inspiration, I am also lucky enough to be surrounded by ever creative producers such as: Monolog, Rory St. John, Swarm intelligence, CTRLS, Veronica Maximova, Ankubu, and organisations such as Eclectique that always try to encourage it’s artists to grow.

What would you like to achieve with your music ? What does success look like for you and where / in which contexts do you see your music being played ?

With my music I would like to transmit unspoken words, I would like to bring something that is not just a heavy kick, or a well programmed patch. This days, anyone can make a heavy techno tracks with a computer and some minimal requirements, so being only technically able is not enough. Having a lot of fancy gear is not enough. I would be happy if my music was versatile and could be played in various music styles. That’s what I tried to archive with the podcast I did for you. To be honest I don’t know what is success in music, it’s probably more a personal goal a self-gratifying moment when you finish something, you crated something.

Outside of music, what inspires you ? We’ve heard you’re into vintage fashion, why do you like this brand of creativity and how do you relate with it ?

I’m inspired by the city life, Berlin and it’s people. I am generally inspired and fascinated by craftsmanship, that’s why I’ve got so interested in vintage. The time and effort people back then, had to put into producing the simplest things, reminds me of the process I go through when producing music. Finding new sounds, making samples, refine them and construct something on the bases of nothing, it’s a tailor-made process for each track. I see this exact process in the handmade clothes that I treasure from the 1920s or 1930s, knowing how much time and effort it took for a person to make such objects, makes me feel compelled to treasure them as much as a I like to treasure vintage synthesizer.

Is there any specific feeling, idea, moving factor behind the creation of your new release “Infirm Past” to be out on OBSCUUR Records ?

The predominant feeling is frustration. When producing “Infirm Past” I wasn’t well. After an accident, I suffered for years with chronical pain, dizziness and fainting. I was often blocked at home, not having the chance to go out and do things as I used to, I started to not feel normal to feel like an infirm. My only escape was music. By producing tracks, I saw I could accomplish something. The track “Hospital bed” for instance, is produced with field recording samples from my very own Hospital bed. When I was operated, my husband had the idea to come at the hospital and record the hydraulic mechanism of my bed to cheer me up. Since I always try to implement meaningful field recordings to my studio production, this was the perfect addition for the last track. Objectively that release, is a very honest representation of my feelings. By releasing “Infirm Past” I feel I can finally move on with my life and archive this period in the form of music.

Any short-term or long-term plans for the future ? How did you handle this awkward period and how are you willing to continue facing it ?

As you probably understood, I am no stranger to staying home, so I am not particularly defeated by the current situation. I am keeping up with production, like all other producers the gig schedule has been freed up, so my plan is instead of complaining, I’ll invest more time to finish collaborations, improve my knowledge on modular synthesis, and upgrade my dj and Live skills. As for releases, I am finishing a collaboration with Monolog, focusing more on electronic and broken beat sounds, which will be released on a very interesting experimental electronic label from Los Angeles, Evar Records. The label strives for a more genre defying hybrid musical space, and is operated by Aurat09 and Trickfinger. Their releases will not disappoint any Jungle, breaks and forward thinking electronic music fan.

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