SSS fait le bilan des Nuits Sonores (Nuit 1)

Armé de cahiers et de stylos, SSS s’est glissé dans la foule des Nuits Sonores

SSS fait le bilan des Nuits Sonores (Nuit 1)
Par Raphael Lenoir
Publié le 9 juin 2015 | 12:55

On a souvent tendance à dire qu’en France les moteurs de la scène techno sont principalement à Paris ou à Lyon. Bien que cela soit de moins en moins vrai ces derniers temps, Lyon et Paris restent deux cœurs historiques de cette musique de fête, de soirées qui se poursuivent jusqu’au matin et plus.
Les Nuits Sonores, implantées maintenant depuis 13 ans dans la vie culturelle de Lyon, ont plus récemment investi le nouveau quartier de Confluences. Et en 13 ans que de chemin parcouru ! Ce petit festival attirant « à peine » 15 000 noctambules en 2003 est aujourd’hui sans doute l’un des festivals techno les plus importants en France en termes de fréquentation et de programmation.

Les Nuits Sonores c’est aussi ce cadre un peu particulier avec les hangars de l’Ancien Marché de Gros, des warehouses gigantesques comme on en trouve peu à exploiter, qui rappellent les raves party d’antan et qui accueillent la nuit les festivaliers sur sous leur vingtaine de boules discos massives.
Les évènements de la journée se passent eux dans une ancienne fabrique de sucre, devenue un repère pour les évènements culturelles de la ville. Située aux abords du Rhône, son ambiance cumulant le soleil et la scène en plein air font généralement mouche.
En sus des lieux pour les « main events », beaucoup d’autres évènements sont organisés un peu partout dans Lyon, offrant cette année une participation totale aux Nuits Sonore s’élevant à 130 000 fêtards. Dans cette grande troupe, deux membres de SSS se sont glissés avec leurs cahiers et leurs stylos pour faire faire leur report, nuit par nuit, artiste par artiste.

 

Nuit 1 :

 

Nils Frahm :

Il est 22h30, c’est notre premier concert des Nuits Sonores 2015 et déjà la première claque. On savait que Nils Frahm s’était gentiment tourné vers du modern classical plus rythmé, plus électronique avec des percussions dignes de ce nom, mais ce live a été tout à fait inattendu avec, en prime, quelques morceaux inédits. C’est rythmé à la Francesco Tristano mais planant sur toute la durée du set. On voit la multitude d’instruments présents sur scène avec notamment plusieurs orgues électroniques, un piano et des synthés.

Nils Frahm aime se faire plaisir et surtout faire plaisir la foule. Que dire si ce n’est qu’il est dommage que tout le monde ne soit pas encore arrivé pour voir cela. Ce fut en effet l’une des prestations les plus marquantes de cette édition. Les basses sont très profondes, aidées par un puissant système sonore.
L’artiste dégage une présence physique incroyable : le mec sue à grosses gouttes dans une sorte de transe devant nous, il n’est que 23h mais la soirée a atteint à ce moment précis un seuil d’intensité qui sera difficilement égalé durant la nuit. Inutile de vous dire que lorsqu’il joue sur 2 pianos différents en même temps (frimeur), on tombe sous le charme du talent de cet homme, même si son revirement musical a pu en choquer plus d’un.

©youcantbuybuy.com

©youcantbuybuy.com

 

Voices From The Lake :

On attendait beaucoup Donato Dozzy et Neel, les deux hommes derrières Voices From The Lake. Leur album éponyme nous avait fait frémir par son côté hypnotique et immersif, très Dub et léger pour de la techno. Plus récemment encore Neel nous avait gratifié d’un album ambient pur grain dont on avait fait la chronique. On pensait donc que les deux hommes, très doués en sound design, allait offrir une belle transition façon ambient et dub techno entre Frahm et le reste de la programmation assez virile. Fatal Error.
Là ou on attendait du planant, les mecs livre à notre arrivée (tardive certes) un set brutal, une sorte de proto-techno sans mélodies à la Alva Noto avec plus de testostérones. C’est sans compromis et c’est culotté mais on regrette clairement le manque de finesse, surtout par rapport à Nils Frahm qui venait de nous satelliser.

 

Factory Floor :

Les londoniens sont restés fidèles à leur réputation de trublions noise/post industriel. Le concert est puissant et on ne doute pas de l’implication des membres dans le processus de chaque track. Le choix des morceaux est d’ailleurs tourné du côté du dernier album en date mais quelques aperçus du prochain volet sont à priori de mise. La prestation est efficace et les hommes de Nik Coik Void ouvrent la voie pour la suite.

 

Recondite :

Vient ensuite le live de Recondite. Là il n’y a pas à chercher le hangar est blindé, tout le monde est venu voir la nouvelle figure hype de la techno. L’allemand déroule, c’est un véritable rouleau compresseur de basses cinglantes qui s’abattent sur la foule. Les productions de Recondite prennent vraiment une autre dimension en live. En effet, la linéarité des tracks se fait moins sentir, les reliefs bien plus présents notamment avec des drops massifs. La techno est poussive, mais l’effet est là. Les titres « Caldera » ou « Levo » font l’unanimité.

 

Tale Of Us :

Difficile de juger de la performance de Tale Of US. La foule est chauffée à blanc, les visuels se déroulent derrière la scène et confèrent un attrait non négligeable à la prestation. Tale Of Us ne font plus dans la dentelle et dérive rapidement de leur eletronica sentimentale vers une techno plus dure correspondant bien au lieu. L’efficacité est maximale appuyée par les stroboscopes hypnotiques, mais la prise de risque minime. Un poil déçu de ce set donc pas très surprenant. Résultat des courses, on décale voir Kink puis Daniel Avery dans le Hall 2.

 

KiNK :

Si la surpopulation était de mise dans le hall 1, la moiteur du hall 2 est nettement plus supportable même s’il est quasi-impossible de s’approcher à moins de 30 mètres des crash-barrières. Quoi qu’il en soit, j’ai été plutôt agréablement surpris par la prestation de Kink, même si je dois avouer que je n’avais jamais vraiment jeté un œil intéressé à ses projets. Le mec est très énergique, et parfois limite en mode frénésie à jamer comme un forcené sur ses machines. Son live conserve un penchant mélodique avec une bonne dose d’acid. Le bulgare charme son public en s’approchant de la foule sans arrêter son jam. Une bonne surprise donc !

© Nuits Sonores

© Nuits Sonores

 

Agoria B2B Mano le Tough :

Déshydratation oblige, l’eau commence à remplacer l’alcool à partir de 3h du matin. Agoria et Mano Le Tough arrivent juste à cette tranche horaire là, où chacun sait qu’il faut juste garder les vibes distribuées auparavant pour satisfaire un public en ébullition. Par conséquent Agoria et Mano n’ont pas cherché midi à quatorze heures, ils ont envoyé ce qu’il fallait pour le hall 1 même si on pourra leur reprocher le manque total de personnalité du set. Un B2B est toujours plus ardu à gérer en termes d’homogénéisation des styles, et on sentait que ce n’était pas vraiment la priorité ici. Mi-figue mi-raisin, rien de bien transcendant ici donc.

 

Scène 3 :

La plus petite scène des nuits a fait honneur à des artistes orientaux pour ce premier soir. Les djs sets de Mehmets Aslan et Baris font apprécier un son relativement nouveau à nos oreilles. De la deep house clairement influencée par des samples de flute orientale et des vocaux exotiques. Le public est réceptif, il faut dire que la joie des artistes est contagieuse. Au milieu de la soirée, le live de Mazalda soutenu par la voix de Cheb Lakhdar : sans doute l’une des meilleures prestations que l’on ait pu apprécier aux Nuits. Une rencontre décalée entre puissance de percussions afro et musique psychédélique à souhait que seule l’expérience live peut faire ressentir.

 

Article co-écrit avec Clément Ségura

Vous aimerez surement

    Leave a comment

    Articles populaires

    Chargement des articles...
    Le chargement des articles a echoué, une nouvelle tentative va être effectuée automatiquement dans 5 secondes.

    Back to Top