Stendeck – Scintilla

Scintilla brille d’un éclat peu commun.

Stendeck-Scintilla-cover-hires

9.1

10

Par David Robert
Publié le 9 avril 2011 | 20:50

Deux ans ; c’est approximativement le temps qu’il faut pour qu’un enfant commence à acquérir la représentation mentale. Voilà pourquoi, avant cet âge là, un humain ne pourra nourrir son esprit d’images à l’écoute, par exemple, d’une piste musicale.
Deux ans ; c’est aussi le temps qui s’écoule entre chaque release de Stendeck depuis son grandiose deuxième album “Can You Hear My call” en 2005. C’est donc d’une manière presque chirurgicale que “Scintilla”, le cinquième long format de Alessandro Zampieri, est sorti le 22 mars dernier sur Tympanik. Et si, depuis, chaque sortie fut indéniablement une véritable démonstration de talent, aucune ne se s’est approchée aussi prés de la perfection que celle-ci, aussi subjective soit cette notion.
Que les enfants sans capacité d’abstraction aillent se coucher : le voyage mental dans lequel le suisse nous emmène sera long, grandiose et ô-combien éprouvant.

A l’image d’une étoile, “Scintilla” brille d’un éclat peu commun. Dès lors, on pourrait penser que cet album puise son énergie dans les cieux astraux. Et pourtant il n’en est rien.
C’est en sortant d’un repos de vingt-quatre mois dans les entrailles abyssales de la terre que “Hold My Hand High In The Sky Ready For The Deep Dive”, écarquillant ses yeux meurtris par le soleil, nous donne la possibilité de comprendre que la matière première de l’album n’est pas située à des années lumières de notre foyer bleu. L’essence manipulée ici n’est autre que le quatuor élémentaire : l’eau, la terre, l’air et enfin le feu.
Dés le deuxième morceau, la roche, terreau des rythmiques, est concassée, broyée, pulvérisée, chaque fragment étant replacé ensuite dans une logique industrielle inhérente à l’artiste.
Stendeck sait que le feu énerve et fascine toute créature, même les plus effrayantes : c’est ainsi que “Catch The Midnight Girl”, rugissant d’une colère semblant venir d’outre tombe envers celui qui se permet de vouloir porter la flamme pour re-façonner le monde, exprime sa bipolarité émotionnelle. Entretenant cette dualité, les jeux délicats et cristallins de glockenspiel portés par le vent s’entrechoquent avec des synth-lines à la saturation volcanique parfois à la limite du drone, dont un des plus édifiants exemples est “Voiceless Wishes Flicker In The Shattered Mist”.
Peu à peu, le suisse modèle son propre monde, et destruction créatrice oblige, terrasse et détruit tout ce qui se trouve sur son chemin. Clamant la pitié pour ses enfants sur “Run Amok”, la terre-mére en sera d’autant plus oppressée. Dernier élément, les profondeurs maritimes sont le logis des glitchs de “Swimmers In A Sleepless Hour” et ses strates de cordes frottées et de nappes synthétiques, qui viendront, comme l’évolution de l’espèce, ensuite progressivement remonter à la surface pour fouler le monde.
Avec un pied toujours écorché, les nappes solaires s’étirent au dessus des nuages comme autant de somptueuses aurores boréales, à l’image de “Tired Figures Wave Goodbye In The Backdrop Of A Sinking Boat”, “Voiceless Wishes Flicker In The Shattered Mist” ; seul “Like Snowflakes On My Fingers” ou  “Last Night An Angel Fell On A Motorway” et son piano minimaliste rappelant le meilleur de Keith Kenniff sous l’avatar Helios ne se laisseront pas meurtrir par la puissance des rythmiques.

Mais alors que “Thieves Of Watercolour Memories” et ensuite “The Silence After This” expriment enfin la plénitude d’un monde parfaitement maitrisé et domestiqué par l’homme, laissant croire à un trône éternel pour celui-ci, Dame Nature ouvre lentement les bras sur “Crimson Clouds Cascade”, tourne les paumes vers le ciel et déchaine d’un coup d’un seul les éléments sur tout ce qui a été bâti contre son grès, obligeant la civilisation à fuir tout en admirant ce gigantesque raz-de-marée, et démontrant ainsi que nul ne peut vouloir porter le poids du monde sur son dos et réduire ainsi Gaïa à une simple feuille morte.


Tracklist :

01. Hold My Hand High in the Sky Ready for the Deep Dive
02. Feel the Flames Burning Inside Me
03. Catch the Midnight Girl
04. Tired Figures Wave Goodbye in the Backdrop of a Sinking Boat
05. Tight Around Her Throat She Slips Away
06. Like Snowflakes on My Fingers
07. Run Amok (Against Time Rebels)
08. Swimmers in a Sleepless Hour
09. Voiceless Wishes Flicker in the Shattered Mist
10. Six-door Bedroom
11. That Foolish Fascination of a Ghost Light Collector
12. Why Did We Get So Far?
13. Learning How to Walk Through Walls
14. Last Night an Angel Fell on a Motorway
15. Thieves of Watercolour Memories
16. The Silence After This
17. Crimson Clouds Cascade

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    5 Comments

    1. azerty 9 avril 2011 at 9:53

      la numéro 17 « Crimson Clouds Cascade » ressemble étrangement à « cure for the itch » de Linkin Park (album Hybrid Therory )…

    2. Pierre 8 mai 2011 at 9:59

      Ce mec est un génie

    3. Ben 8 mars 2012 at 9:44

      Petite faute au niveau de la fiche de l’album, Tympanik et non Tymanik

      • David Robert 8 mars 2012 at 10:42

        Exact, merci !

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