Talvihorros – Eaten Alive

Une bête qui croque la vie à pleines dents et vous laisse pour compte, désespérément abandonné.

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7.7

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 18 décembre 2013 | 14:59

Une cover frappante constituée d’un squelette dont on aurait démembré les ligaments et lacéré la chair ; une carcasse angélique portée par des ailes déchues, le seul reste d’un corps passé entre les crocs de la mort ; un homme mangé tout cru par les méandres d’une vie dystropique où les rêves ont tôt fait de virer aux cauchemars au moindre faux pas : Eaten Alive reflète le dépouillement l’anatomie humaine après être passée par les plus sombres alcôves de l’existence. La peur, la haine, le désespoir envers ce monde qui marche sur la tête nous accompagneront durant ce voyage dans les rues délabré de l’Est de Londres.

Exposant les souvenirs d’enfance d’un certain Daniel Crossley, cet album est paru en novembre sur le label de ce dernier, le bien nommé Fluid Audio. Son géniteur s’appelle Ben Chatwin plus connu sous le nom de Talvihorros. Ces deux anglais sont loin d’être des inconnus au bataillon puisque le sieur Crossley manage aussi Facture sur lequel était sorti Light Folds et dont nous ne tarissions pas d’éloges il y a peu de temps.
Talvihorros, lui, a eu une activité assez chargée depuis ces deux dernières années puisque l’on ne compte pas moins de quatre longs formats sortis, dont deux publiés sur Denovali. Entre un cœur post-rock palpitant et des organes ambiants drones lui faisant écho, Eaten Alive paru pour le moment en seulement deux cents exemplaires physiques devrait néanmoins bénéficier d’une deuxième édition sur ce cher Denovali en début d’année.

 

Si sur la plupart de ses précédents essais les ambiances s’avéraient être assez filigranes et éthérées, l’approche sur ce dernier long format est tout autre, bien plus sombre et brute. Les textures sont plus rudes, acérées et tangibles. Elles gagnent donc en équilibre grâce à une instrumentalisation mise sur le devant de la scène à travers une guitare saturée limite shoegazy et des accords aux synthés restant dans des octaves assez basses.
D’ailleurs il émane de cet album une féérie fantasque et originale, pas la niaise ni l’insouciante, mais la surréelle et la déconcertante voire l’anxiogène semblable à celle mise en avant sur The Freemartin Calf de Jane Amara Ross et de ses complices. « Four Walls » ou encore « Becoming Mecanical », emplis de grésillements électriques et de cordes sous tensions qui vibrent jusqu’à la lie puis au silence effrayant, illustrent cette fresque enchantée mais qui n’oublie jamais de déployer son ombre à tout instant.

La construction est dans l’ensemble très bien maîtrisée avec des superpositions de couches sonores particulièrement réussies comme sur le gargantuesque « The Secret Of The Sky » où le rythme de la musique est suivi par le corps, épris par tant de beauté simple mais diablement efficace. Même si le morceau d’ouverture « Little Pieces of Discarded Life » se dévoile lentement, il annonce sans prérogatives la future boucherie dantesque à laquelle nous allons assister.
Car s’il est bien question d’un sujet dans ces ambiances à couper au couteau, c’est cette véhémence qui dépèce l’homme de sa chair, le vide de son sang, aspire toute vitalité de son corps pour lui insuffler la terreur d’être seul face à l’adversité et de n’avoir personne sur qui compter. Une bête qui croque la vie à pleine dent et vous laisse pour compte, désespérément abandonné.

 

A travers l’écoute d’Eaten Alive on ne peut qu’être une nouvelle fois émerveillé par ce que propose Ben Chatwin et le label Fluid Audio sur l’ensemble de l’année. Alors, bien entendu, tout n’est pas parfait dans ce monde ébène et rouge sang, mais c’est avant tout humain tout en étant bestial, lunaire tout en étant éclairé.
Un chassé-croisé de paradoxes qui s’emmêlent pour former cet Eaten Alive qui ravira tout rêveur, assemblant les nuées ardentes composées par Talvihorros. Rien de nouveau sous le soleil d’après Hegel, mais l’obscurité, elle, s’affaire dans les coulisses, avive la flamme et demeure donc captivante.

Tracklist :

1. Little Pieces Of Discarded Life
2. Four Walls
3. In The Belly Of The Beast
4. Objectum
5. Dyspnea
6. The Secrets Of The Sky
7. Becoming Mechanical
8. Today I Am Reborn

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