The Alvaret Ensemble – The Alvaret Ensemble

Surgissant de l’obscurité, cette musique avance imperceptiblement et nous ne pouvons faire autrement que de la suivre vers le néant.

artworks-000056670509-lxaaa1-t500x500

8.5

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 6 janvier 2013 | 14:50

Denovali frappe très fort en cette fin d’année, grâce à la très bonne sortie de Poppy Ackroyd intitulée Escapement mais surtout à ce double album de The Alvaret Ensemble.
Sous ce patronyme fumant et mystérieux à souhait se cachent des chirurgiens du son bien connu :
Greg Haines tout d’abord, ayant sorti au cours de l’année un bien bel album nommé Digressions et qui ,bien sûr, pour cette occasion s’est mis au piano ; Jan Kleefstra que l’on voit souvent avec un autre membre de sa famille, Romke. Ce duo a lui aussi son quota d’albums de qualité : le premier s’occupant des poèmes tandis que le second de la guitare. Sytze Pruiksma, lui, moins connu, c’était déjà une fois allié à Romke et Jan pour créer un album de toute beauté : Deislieper (sorti sous Hibernate).
A ce quatuor de base, s’ajoute
Iden Rheinhart (Strië pour les intimes), violoniste ayant d’ailleurs joué avec Greg pour Digressions ; Peter Broderick , ici violoniste, auteur de pas mal d’albums en compagnie de ce cher Nils Frahm.  Ce dernier s’occupe  de la partie vitale de l’oeuvre: le mastering. Il faut encore souligner la présence d’Hilary Jeffery, membre du Killimandjaro Darkjazz Ensemble, et prenant place ici derrière son trombone.
Avec tous ces artistes de 1er choix réunis ensemble pendant 3 nuits dans l’église Grunewaldkirche à Berlin, on ne pouvait assurément qu’espérer une œuvre de grande qualité.

Amen.

Byd ou comment sombrer déjà dans les ténèbres abyssales de la musique de The Alvaret Ensemble. Une nuit opaque dans laquelle un voile mystérieux se soulève. La mélodie presque arrêtée du piano, les plaintes du trombone ainsi que la voix doucereuse et sombre à la fois de Jan nous emmènent ici dans de vastes espaces encore inexplorés. Une ambiance très intimiste et très religieuse se répand. Les échos de l’église ont un profond sens dans ces élucubrations soniques. Une introspection de l’âme : voilà comment définir cette musique viscérale et envoûtante.
Une chose, peut-être anodine à la base mais vitale par la suite, frappe dès lors : les musiciens ne sont pas maîtres de leurs instruments. Ce sont les instruments qui dirigent les muscles de leur corps. La musique pour trouver une certaine forme de transcendance doit être jouée ainsi : l’instrument doit être l’homme et non pas l’inverse.
Sur Eac, sublime mouvement du piano est rejoint ensuite par les tintements et les frottements légers des percussions puis par les violons et les instruments à vent.  On se surprend à planer tant la musique semble légère. A l’image de la Grunewaldkirsche, d’étranges phénomènes se produisent durant la nuit. La musique prend vie et c’est une ambiance définitivement surnaturelle qui s’en échappe…
Chaque morceau se veut être une odyssée (beaucoup de morceaux dépassent les 10 minutes). Chaque fresque raconte son histoire propre en faisant elle-même écho à un autre morceau.
Le deuxième partie, tout en étant la continuité de la première, en diffère quelque peu. Les ambiances sont encore plus fuligineuses. Il n’y a plus de mélodies. Les sons ont pris le pas sur les accords. Seulement des notes éparses qui nous guident sur un sentier dénué de toute lumière.
Comme beaucoup de travaux néo-classiques, le silence est d’or : il nous accompagne ainsi dans notre déambulation solitaire vers l’inconnu. Les percussions ne tintent plus. De lourds battements les remplacent. Les textes de Jan bien qu’au-delà de notre compréhension ont une certaine résonance, leur certaine poésie complétant avec une parfaite alchimie celle des instruments.

The Alvaret Ensemble est une collaboration qui laissait espérer beaucoup sur le papier et qui, par ce fait avait de grandes chances de décevoir. Mais finalement, elle s’est concrétisée en une musique vivante. Surgissant de l’obscurité, cette musique avance imperceptiblement et nous ne pouvons faire autrement que de la suivre vers le néant.
Un album à écouter de nuit, mais surtout, seul. Le regard vide et fixé sur le ciel étoilé, une question nous reste alors en suspens : venons-nous de trouver la mort ?

(Chronique initialement publiée sur Electronic Diary)

 

Tracklist :

LP1 :
1-Byd
2-Eac
3-Dde
4-Ulc
5-Ond

LP2 :
1-Ysj
2-Teq
3-Muo
4-Wju
5-Ggi


 

Vous aimerez surement

    1 Comment

    1. [...] des églises (la Grunewaldkirsche entre autre qui a servi à l’élaboration du dernier album de The Elvaret Ensemble) qui sont utilisés utilisé à des fins musicales. Berlin c’est aussi le siège de nombreux [...]

    Leave a comment

    Articles populaires

    Chargement des articles...
    Le chargement des articles a echoué, une nouvelle tentative va être effectuée automatiquement dans 5 secondes.

    Back to Top