Theme – Passages

Theme signe son premier album, où chaque passage vibre en résonance avec l’âme de l’auditeur.

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8.8

10

Par Martin Drazel
Publié le 14 octobre 2017 | 14:00

Theme est une énigme. Passages n’est que sa troisième œuvre, précédée par deux EPs remarquables, Theme et Scenes 1-4, toujours estampillés par l’emblème du Samurai. Theme, alias d’un populaire artiste berlinois, attise la curiosité de nombreux mélomanes avec son approche spécifique d’une dub-techno métissée de bass music, le tout enrobé de 170bpm. C’est cet univers qu’il développe tout le long de Passages, album monolithique d’une douce cohérence.

Au premier passage, nous voilà suspendus au ciel, une nappe extatique s’enivrant de notre contemplation silencieuse pour s’étendre, s’intensifier, s’élargir. Au second passage, le rythme s’impose, enveloppant notre extase d’un stress implicite, titillant cette fragile tranquillité à grands renforts de percussions métriques, structures parallèles implacables. Au troisième passage, les nuages s’écartent, laissant un faible rayon lunaire éclairer nos danses nocturnes, cette boucle hypnotique et omniprésente émancipant le corps et l’esprit, les transportant à l’aurore. « Passage 4 » fait office d’extension de cette méditation bancale, laissant la part belle aux nappes stratosphériques que l’Allemand manie avec brio. Le cinquième passage renoue quant à lui avec ce clair-obscur qui semble définir tous ces Passages. Theme excelle dans cet entre-deux, une impressionnante cohésion se révèle lorsqu’il calibre au millimètre ses ambiances et sa science du rythme lancinant, procurant à ses productions une attraction proche du magnétisme animal.

Au sixième passage, l’impulsion cardiaque se fait plus présente, accélérant subtilement notre voyage pour dévoiler une parcelle de sa destination, délaissant momentanément l’oppression pour ouvrir le spectre et y attiser un nouveau souffle. Le septième passage touche quelque chose de plus intime, la structure rythmique s’est dévêtue pour permettre à l’atmosphère de prendre place au sein de nos poumons, grand bol d’air nécessaire avant de plonger dans les profondeurs. « Passage 8 » est une transition d’Archimède, l’infinité des probabilités, uns des courants de l’espace. Il permet à Passages d’ouvrir son ultime chapitre.

Au neuvième passage, le paysage s’assombrit, une imposante formation nuageuse venant s’interposer par-dessus les lignes d’horizon, d’étranges et gigantesques volatiles flottant nonchalamment au milieu de ce spectacle exotérique. Le dixième et avant-dernier passage est dépouillé de ce pied cyclique, ne laissant que des effets lointains, une rotation de hit-hat nerveuse et une expansion des nappes s’imposer en nos cœurs d’aventuriers perdus. Le retour du ciel en suspension clôture cette traversée d’une contrée étrangère et impénétrable, renouant nos âmes vagabondes avec cette réalité semi-teinte d’un rêve ouvert dont on ne revient pas indemne. Une pulsion cardiaque s’est immiscée dans ce dernier passage, métaphore parfaite pour illustrer la renaissance de Theme.

Si la musique développée dans Passages est décrite d’une manière si poétique, c’est qu’elle possède ce sens de la narration, sorte d’intensité presque théâtrale. Theme verrouille ainsi son style unique, affirmant que nul autre est en capacité de développer un tel univers. Son premier album n’est pas pour pourtant un confinement, mais plutôt une expansion : celle d’une vision qui souhaite ouvrir chaque esprit, de l’auteur à l’auditeur, amenant chacun à s’accorder avec cette balance discontinue d’ombre et de lumière internes que tous possèdent.
Un tel message ne peut rester cois, et nous nomades espérons qu’il sera entendu !

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