Tim Hecker – Ravedeath 1972

Une incroyable réussite, mais également une véritable thérapie psychologique, définitivement salvatrice.

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8.8

10

Par David Robert
Publié le 29 mars 2011 | 1:42

Si les critères définissant le talent d’un artiste sont nombreux et bien entendu profondément subjectifs, il en est un qui – notamment en musique mais pas seulement – reste immuable et incontestable : la capacité à se créer un univers singulier et personnel, un espace introspectif où la personne réceptrice de l’art dudit homme se plaît à naviguer entre les facettes de sa personnalité, à en explorer les moindres recoins afin d’en découvrir les moindres secrets. A cet exercice périlleux auxquels bon nombres d’artistes s’essayent, certains réussissent indubitablement mieux que d’autres, et révèlent par là même leur aptitude à captiver leur interlocuteur, chose indispensable s’il en est.
Si de nombreux artistes présentent la qualité susmentionnée, l’un d’entre eux est au cœur de l’actualité récente : Tim Hecker.
Québécois de naissance, Hecker fait partie de ces rares producteurs qui cherchent à dépasser constamment leurs possibilités, à dépasser constamment leur musique, à dépasser le concept même de musique, et qui réalisent  avec brio, par ce biais, une double introspection : celle de l’artiste, qui transmet à travers sa musique toute l’intensité de ses émotions et de ses états d’âme, et celle de l’auditeur, qui se retrouver happé dans des réflexions intenses et infinies sur sa personne. En cela, son dernier album : “Ravedeath 1972” est non seulement une incroyable réussite, mais également une véritable thérapie psychologique, définitivement salvatrice.

 Fortement inspiré, comme le montre la couverture du disque, par l’esthétique et perpétuel acte du ‘jeté de piano’ initié en 1972 à l’université MIT de Cambridge, Tim Hecker fait son incipit avec le tout bonnement indescriptible : “The Piano Drop” ; c’est la puissance à l’état pure, c’est la folie à l’état le plus avancé, c’est le bonheur et le malêtre, c’est tout et son contraire, c’est du génie pur et simple ; comment ne pas en redemander.
D’aucuns pourraient naïvement croire qu’une entrée en matière d’une telle intensité laisserait présager une baisse de régime presque méritée par la suite ? Il n’en est rien. Le drone absorbant et lancinant des trois mouvements d’“In The Fog” nous pousse à l’admettre : Hecker a bel et bien réussi à nous entraîner aux plus profond des méandres de son esprit. Le doit-il à la pureté cristalline et quasi-divine de l’orgue de l’Eglise de Reykjavik, en Islande, avec laquelle il a composé ce chef d’œuvre ? Peu importe.
Après cela, l’auditeur n’est plus dupe. La douceur singulière et intrigante de “No Drums” le rend septique, il sait que cela cache quelque chose et il a raison : les deux seuls brefs moments de répit qu’il pourra s’accaparer avant la (sa ?) fin se nomment “Analog Paralysis, 1978” et “Studio Suicide”. Et si, dans un élan de courage providentiel, notre homme parvient à surmonter les deux parties du bien nommé “Hatred of Music”, c’est au colossal “In The Air” et ses trois divisions qu’il devra s’attaquer ; un voyage éprouvant digne d’une épopée homérique. Tim Hecker est un homme sournois, il a bien compris que nombreux seraient les appelés et peu seraient les élus, on ne l’en blâmera pas.

 

Tracklist :

01. The Piano Drop
03. In The Fog II
04. In The Fog III
05. No Drums
06. Hatred Of Music I
07. Hatred Of Music I
08. Analog Paralysis, 1978
09. Studio Suicide
10. In The Air I
11. In The Air II
12. In The Air III

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