Tim Hecker – Virgins

Le mythe Tim Hecker.

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8.6

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 23 octobre 2013 | 16:35

Lorsque l’on cause ambient/drone, un nom vient immédiatement à l’esprit : Tim Hecker. C’est inévitable, le type s’est fait un nom, une réputation qu’il a au fil des ans su entretenir, mieux, qu’il a su édifier en mythe. Le mythe Tim Hecker. Les grands médias, qui pour une fois auront eu le nez fin, propagèrent la bonne parole et mirent sur un piédestal le québécois dès ses débuts avec « Haunt Me, Haunt Me Do It Again ». Après Radio Amor paru sur le regretté Mille Plateaux, les portes de Kranky s’ouvrent enfin pour accueillir le « messie » du drone.

Un homme de l’intelligentsia, résolument héritier des maitres de la musique contemporaine à l’instar de Reich, Glass, Cage etc. voilà ni plus ni moins la carrure du bonhomme. Dès lors difficile de reprocher quelque chose au sieur lorsque la quasi-totalité de ses sorties, dont ‎Ravedeath, 1972 chroniqué par ici, laissaient éclater au grand jour tout le potentiel de l’artiste à travers des morceaux accessibles tout en restant très conceptuels, où le piano enregistré par Ben Frost s’intégrait parfaitement aux drones brumeux (cf. In The Air/In The Fog) de Timothy.
D’ailleurs, la culture nordique de Tim Hecker va l’amener à se créer pas mal de connexions de ce côté-ci de l’Atlantique notamment avec les islandais de Bedroom Community, comme le déjà cité Ben Frost, mais aussi Valgeir Sigurðsson ou Paul Corley (son album Disquiet était déjà apparu ici) qui vont éperonner les productions du maestro. Enregistré logiquement à Reykjavík, Virgins, sorti il y a quelques jours sur Kranky, risque tout aussi logiquement de faire chavirer les cœurs de tout un chacun.

 

Bien qu’évoluant dans une certaine continuité par rapport à son ainé, Virgins demeure un album extrêmement difficile à appréhender. En effet, l’instrumentalisation est bien plus poussée qu’à l’accoutumé. Le piano se retrouve ainsi au premier plan de ces embruns chaotiques. Les deux « Virginal » sont érigés à partir d’une boucle de quelques accords se répétant inlassablement, prisonniers de cette bruine à couper au couteau.
Même si la production y est bien plus éculée à cause d’un maillage beaucoup plus lâche entre les textures, la couture bénéfice néanmoins de plus de finesse. Ainsi, « Radiance » et surtout « Incense at Abu Graib » sont certes minimalistes, mais bien plus luminescents et limpides que la plupart de ses anciennes productions.

Le rendu général est par conséquent bien plus dynamique qu’autrefois comme le démontre si bien « Live Room » (in et out), pierre angulaire transcendante de cet album, gorgée de raclements et de cliquetis électro-acoustiques amplifiés pour produire ce capharnaüm cacophonique à l’origine de cette instabilité apocalyptique. Mais cette présence acousmatique est également mise en valeur sur la fin de l’œuvre : les « Stigmata » I-II, et « Stab Variation » avec leurs faibles chocs résorbés sont comme des estafilades portés par des récifs alentours.

Les effets de grincements, saturations et frottements produisent une richesse nouvelle à cette œuvre. Ce sont des aspérités auxquels il faut impérativement s’accrocher afin d’éviter de sombrer dans les abysses dessinés par le Canadien. En effet, s’il y a bien un point sur lequel cet album s’avère être intraitable c’est dans l’élaboration de ce maelstrom qui révolution après révolution happe chaque centimètre cube de notre être.
Les plus intrépides largueront les amarres et sauteront avec allégresse dans ce tourbillon funeste, d’autres préféreront peut-être rebrousser chemin, mettant cap vers les côtes les plus proches, la barre fermement tenue à deux mains, risquant à tout jamais de perdre l’opportunité de pénétrer dans l’empyrée symbolisée par « Black Reflection ». Ce morceau ne doit surtout pas être vécu comme une virgule flottante car cet œil de cyclone fait partie du centre névralgique de l’album, se situant en son cœur même, là où le piano plein d’amertume laisse échapper ses accords et ses blessures jusqu’à la lie.

 

Bien plus qu’un coup de vent éphémère, ce long format délaisse la brumaille du brumaire pour se focaliser sur les typhons fuligineux. Il est plus spontané que ses précédentes compositions grâce aux captations live qui occupent une place plus centrale, plus mélodique, mais aussi plus minimaliste, voire légèrement décharnée. Le long de ces récifs abrupts, l’auditeur fend les flots bruitistes à la recherche d’hydrométéores pour voir peut-être enfin apparaitre une écharpe de Vénus tandis que les éléments se déchainent.
La messe est dite, « Virgins »,  quatrième évangile selon St. Hecker sous l’ère Kranky, portera sur le jugement dernier.

 



Tracklist :

01 Prism
02 Virginal I
03 Radiance
04 Live Room
05 Live Room Out
06 Virginal II
07 Black Refraction
08 Incense at Abu Ghraib
09 Amps, Drugs, Harmonium
10 Stigmata I
11 Stigmata II
12 Stab Variation

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    2 Comments

    1. […] textures utilisées. Ce travail est d’ailleurs moins dynamique dans la forme que celui d’un Tim Hecker ou d’un Ben Frost et se rapproche plutôt de celui de Hakobune ou de Taylor […]

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