Untold – Black Light Spiral

Objet musical résolument nouveau, Black Light Spiral est aussi un album profondément accompli.

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8.4

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 10 mars 2014 | 16:18

La musique d’Untold a toujours eu à voir avec le détournement, le bafouement de toutes les conventions. C’est peut-être précisément ce qui la rend si essentielle : au même titre qu’un Pearson Sound, Jack Dunning a toujours oeuvré dans le sens d’une perversion des styles, préfigurant bien souvent par la même occasion les évolutions de la scène britannique.
Dire pour autant que nous nous attendions à un premier album de cette matière serait un mensonge : paradoxalement, si Black Light Spiral semble marquer un couronnement des lignes de force de sa discographie, cet aboutissement est précisément dû à une rupture quasi-totale avec tout ce qui précède.

 

Les choses commencent pourtant de façon relativement claire, autour des tonalités glissantes ouvrant « 5 Wheels ». Mais bien vite, une sirène assourdissante prend le relais, sonnant une forme de révolte de la musique d’Untold contre elle-même : à la sécheresse élevée en identité sonore de ses précédents travaux succède un surgissement de basses fréquences, englobant tout l’espace musical disponible.
Chaque titre finit ainsi par s’apparenter à une entreprise de démolition par accès de violence successifs : Untold croise ses influences bass à des logiques noise, faisant éclater les plafonds autorisés de la saturation. « Drop It On The One » prend des allures de magma, s’écoulant lentement pour prendre possession de vos sens, au biais d’une ligne de basse sourde et rampante. Une fois posé, ce cadre peut procéder à sa propre destruction : à l’instar de « Sing A Love Song », probablement le titre le plus efficace du disque, chaque séquence prend dès lors pied autour de motifs identifiés – ici, un sample vocal tranché, bouclé sans chercher à respecter la moindre notion de rythme ou de structure –, avant de les vider de leur substance aux côtés de beats oscillant entre menace et absurdité.

L’ensemble a bien sûr une dimension chaotique, mais parvient à conserver un sens : Untold paraît ainsi nous plonger au cœur d’un esprit malade, oscillant entre sanité et psychose. Et contre toute attente, cette perte de repère généralisée prend un caractère jubilatoire, même parmi les sombres nappes de « Wet Wool ».
Mieux : comme si un enfant détruisait un jeu de construction pour repartir de zéro, les différents éléments finissent par reprendre forme à l’écoute, se recombinant au sein de sonorités inédites. Alors que tout semblait initialement approximatif, on comprend en définitive toute la précision d’un sound-design d’un nouveau genre, la finesse d’une distortion réglée pour acérer chaque son : les kicks de « Hobthrush » prennent ainsi la forme lacérante de coups de fouet. La construction même des titres paraît plus évidente : le dérapage de « Strange Dreams » perd même sa portée de choc pour prendre celle de certitude, définissant son propre genre de techno, furieusement moderne.

 

Objet musical résolument nouveau, Black Light Spiral joue ainsi sur un perpétuel entre-deux : entre bass et noise, folie et intelligence, ombre et limpidité, l’album se plait à brouiller toutes les cartes pour mieux les rebattre. De façon remarquable, cette musique finit ainsi par acquérir sa propre signification, au sein de sa propre sphère musicale : en ce sens, et quel que soit le degré d’imprécision laissé par Untold sans son œuvre – l’album conservant toujours un aspect « live » distinct –, Black Light Spiral est donc aussi un disque profondément accompli.

Tracklist :

01. 5 Wheels
02. Drop It On The One
03. Sing A Love Song
04. Doubles
05. Wet Wool
06. Strange Dreams
07. Hobthrush
08. Ion

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