V/A – Certified Connections

Nouvelle compilation Keysound Recordings, Certified Connections brille par sa créativité, et s’impose sans problème parmi les toutes meilleures de l’année.

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9.0

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 27 novembre 2014 | 10:15

Il y a un an et demi, Keysound publiait This Is How We Roll, compilation en forme de manifeste d’une scène « 130 » en pleine croissance. Mêlant les effluves du UK Funky à celles du grime ou du dubstep, les artistes de la compilation paraissaient partager une même vision, ralentissant le tempo pour insuffler une nouvelle énergie. Depuis, certains artistes de la compilation – Visionist ou Beneath – ont vu leur carrière prendre une nouvelle ampleur ; d’autres, à l’instar de Wen ou E.M.M.A., se sont vus acclamer à l’occasion de premiers albums brillants. Dans l’ensemble, la scène a depuis évolué dans une myriade de directions, allant de tendances grime plus affirmées à des tentatives plus expérimentales ou au contraire plus mélodiques, sans jamais renier la créativité qui faisait la force de cette première compilation.

Un an et demi plus tard, donc, Certified Connections fait office d’épisode 2. Il ne semble plus, à l’heure actuelle, nécessaire de déposer un manifeste du genre – quel genre, d’ailleurs ? – : Certified Connections s’apparente donc davantage à une photographie de la scène à la fin de l’année 2014. On retrouve certains noms de la première compilation – E.M.M.A. et Wen, mais aussi Logos ou Epoch – ; d’autres artistes s’étant illustrés au cours des derniers mois – Murlo, Facta, … – ont également rejoint les rangs présents. Quelques autres, enfin, apparaissent ici pour la première fois : on retrouve la vision toujours fertile de Keysound, ayant toujours accepté sa mission de découverte.

 

Là où la première compilation impressionnait par sa faculté à imposer ce mélange si spécial de beats sombres et pourtant extrêmement percussifs, Certified Connections étonne au contraire par la diversité des approches. Chaque titre paraît ici exposer son propre univers, vivant dans ses propres contrées. On note ainsi déjà les écarts en présence au passage des deux premiers titres : alors que Logos nous offre avec « Metropolis » une de ces épopées ambient dont il a le secret, spectre planant au-dessus du vide, Parris propose un lancinant « Pressure » aux percussions métronomiques, sur lesquelles flottent des nappes évanescentes.

C’est donc bien ici la variété qui prime. A y regarder de plus près, on observe pourtant l’existence de phases successives : si chaque artiste brille de son propre feu, la compilation ne manque pas de cohérence, s’organisant d’après une évolution sensible d’un titre à l’autre. Alors que le début des hostilités se révèle flottant, autour de titres laissant lentement monter la tension, fondés sur des beats hésitants, incertains, toujours prêts à se laisser envahir par une brève décharge d’infrabasses, une deuxième partie permet à des influences UK Garage renouvelées de s’infiltrer dans la formule.
On y trouvera quelques-uns des plus beaux morceaux de bravoure du disque, avec un enchaînement tout simplement remarquable : Caski livre avec « Tunnel Music » l’un de ses meilleurs titres, perle de rythmes claquants, de samples tranchés et de bassline des grands jours ; Etch maintient le niveau avec un « Champion Dancehall » grandiose, aux mélodies obsédantes sur fond de breakbeats implacables. Wen poursuit le travail sur « It’s Alot », témoignant d’une maîtrise toujours plus grande de ces basses discrètes et étrangement aériennes, laissant un sentiment trouble s’imposer. C’est enfin Sully, revenu de ses expérimentations jungle, qui vient nous achever, avec un remix du « Yardman Riddim » de Balistiq Beats évoquant les plus grands classiques du 2-step, avec un Riko clamant sa place de maître de cérémonie.

Alors que l’on reste soufflé par les quatre derniers morceaux, Murlo se présente alors à nos oreilles pour nous retourner une nouvelle fois. C’est qu’avec « Broken Arrow », celui qui s’affirme de mois en mois comme l’un des plus prometteurs producteurs de sa génération se surpasse une nouvelle fois, épatant de maîtrise dans ses mélodies glissantes d’une splendeur inégalée. Ici, les claviers et rythmes vivent, dialoguent, se développent ou se rétractent selon leurs propres logiques, nous laissant assister à leur fascinant spectacle : on tient là un talent hors-norme, en progression constante.
S’ouvre alors une dernière phase plus mélodique, hantée par des arpèges de glace et des synthétiseurs éthérés. On y retrouve bien sûr E.M.M.A., pour un « Light Years » la montrant en pleine possession de ses moyens, mais aussi Epoch, que l’on n’aurait pas forcément attendu ici, avec un « Aerospace » perturbant, entre familiarité et étrangeté.

Ce passage en revue ne serait pas complet sans mentionner les petits nouveaux présents ici, qui ne déméritent pas au milieu de producteurs ayant fait leurs preuves. Si le « Sin King » d’Aphix se distingue par ses tonalités dramatiques, on notera surtout le fabuleux « Guilt » de DLVRY : derrière une structure grime affirmée, kicks distordus inclus, l’artiste laisse ainsi filtrer des nappes imprévues qui donnent au titre une coloration plus ambiguë, entre lumière et obscurité.

C’est finalement Luke Benjamin qui est chargé de clôre les débats : si l’Anglais apparaît très régulièrement sur le show Keysound sur Rinse FM, « Asha » est son premier titre publié. Nécessitant plusieurs écoutes, celui-ci voit Luke Benjamin égréner lentement ses paroles sur un orgue monotone. Si l’on peut rester dubitatif en premier lieu, cette esthétique à part finit par s’imposer, laissant espérer d’autres publications à venir.

 

Difficile de ne pas donner dans l’éloge inconditionnel face à une telle réussite : éclatant d’inventivité et regorgeant de titres proches de la perfection, Certified Connections parvient à s’élever au-dessus de son prophétique prédécesseur. Si cette nouvelle compilation n’a certainement pas la portée programmatique de This Is How We Roll, elle épate véritablement par la maîtrise qui la traverse. Certified Connections est le témoignage d’artistes qui n’ont plus besoin de s’affirmer pour manifester leur talent. Excellente d’un bout à l’autre, cette seconde compilation s’impose sans mal parmi les toutes meilleures parues en 2014. Grandiose.

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