V/A – Hyperdub 10.3

Troisième volet de la série de compilations célébrant le dixième anniversaire d’Hyperdub, 10.3 se tourne vers la facette ambient du label.

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8.3

10

Label

Genre

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 26 septembre 2014 | 12:52

Hyperdub fête ses dix ans, suite des célébrations. Comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire, le label de Kode9 s’est lancé cette année dans un gargantuesque projet de quatre compilations, montrant chacune le label au travers d’un différent prisme, déchiffrant sa discographie et ses artistes sous diverses grilles de lectures. Si la première compilation, d’excellente facture, était de teneur relativement classique en se focalisant sur l’aspect dancefloor de la maison, la suite s’est faite plus surprenante : la seconde – sur laquelle nous avons malheureusement fait l’impasse malgré sa qualité – mettait ainsi en lumière la facette R&B d’Hyperdub. A sa suite, voici donc 10.3, présentant cette fois-ci le côté ambient du label.

 

A première vue, ce choix a de quoi étonner, malgré la tendance certaine à l’expérimentation d’artistes tels que Laurel Halo ou Dean Blunt. Pourtant, l’écoute de 10.3, dont la tracklist mêle allègrement titres inédits et pistes précédemment publiées, se révèle finalement des plus naturelles, donnant sens à cette orientation. Une simple observation de la liste des producteurs présents permet de retrouver les grands habitués de la nébuleuse Hyperdub : au-delà de Burial ou Kode9 lui-même, Ikonika, The Bug, Walton, Cooly G ou DVA figurent tous au compteur. L’écoute joue le rôle de confirmation, se plaçant très clairement dans le registre ambient tout en laissant entendre la touche Hyperdub.

Tout au long de la compilation, par exemple sur le bel inédit « I Am Your Ambient Wife » d’Inga Copeland, ou sur le « Completion V.3 » d’Ikonika, paru sur son album l’an passé, on retrouve ainsi les sonorités – multiples, certes – qui font la gloire d’Hyperdub depuis dix ans. Néanmoins, celles-ci sont réincarnées, transposées depuis leur cadre originel vers un nouvel univers où elles se trouvent placées en toute liberté. Les claviers et basses intenses évoluent à leur gré, se libérant de leurs carcans. Le résultat est à couper le souffle : sur « Pink Sham Pain Down the Drain », Kode9 laisse ainsi l’enchaînement des synthés prendre des proportions dramatiques, pour un effet très expressif malgré une forme pouvant sembler abstraite.

Si les titres exclusifs sont d’une grande qualité, la compilation brille néanmoins principalement par la relecture qu’elle offre de titres déjà publiés, que l’on pensait connaître sur le bout des doigts et qui prennent pourtant une nouvelle silhouette dans ce nouveau contexte. Dans la plupart des cas, ces titres paraissaient de fait occuper une position auxiliaire dans leurs albums initiaux, prenant la forme d’interludes faisant la jonction entre plusieurs titres. Présentés sous ce nouvel angle, ils prennent dès lors une nouvelle ampleur dans notre esprit : le « Night Bus » de Burial ou le « City Of God » de Walton se présentent à nous avec les souvenirs qui leur sont associés, mais en nous laissant les observer dans leur caractère propre. « Melt » de Laurel Halo nous laisse enfin approcher son éclatante beauté ; on admire enfin les superbes pads du « Hole In The Sky » de Kode9 & The Spaceape ou du « City Of God » de Walton pour eux-mêmes, et non plus en tant que parties d’un autre ensemble.

Chaque titre paraît ainsi doté de son esprit propre, le laissant briller, avec brièveté dans la plupart des cas – une grande majorité des titres du disque n’excède pas les deux minutes –. Pris dans son ensemble, 10.3 s’apparente dès lors à une succession de tentatives, chaque artiste employant l’absence de tout beat d’une façon particulière : aux décharges de basses du « Blue » de King Midas Sound succèdent par exemple les claviers liquides de Lee Gamble ; là où Darkstar opte pour le dépouillement sur « Ostkreuz », Cooly G laisse sa voix limpide s’exprimer sur le très bon « Mind ».

10.3 est donc une réussite totale : plutôt que de chercher à nous conforter dans nos certitudes, Hyperdub les renverse pour mettre en avant une autre facette de sa personnalité, éclairant d’une lumière nouvelle ses dix années d’existence. Alors que l’on pensait être familier de la musique du label, celle-ci nous apparaît dans toute sa nouveauté. Les quelques mots placés à la fin du « In McDonalds » de Burial, judicieusement placé en introduction de la compilation, semblent ainsi résonner tout au long de l’écoute : « you look different ». En effet, si Hyperdub reste identifiable, son apparence se trouve modifiée. Attendons désormais avec impatience le dernier volet de cette incroyable série de compilations.

Tracklist :

01. Burial – In McDonalds
02. Dean Blunt – Urban
03. Kode9 & The Spaceape – Hole In The Sky
04. Inga Copeland – I Am Your Ambient Wife
05. Kode9 – Pink Sham Pain Down The Drain
06. Laurel Halo – Melt
07. The Bug – Siren
08. Dean Blunt & Inga Copeland – Untitled 13
09. Walton – City Of God
10. King Midas Sound – Blue
11. Lee Gamble – DSM
12. Cooly G – Mind
13. Burial – Night Bus
14. Ikonika – Completion V.3
15. Darkstar – Ostkreuz
16. Fhloston Paradigm – Liloo’s Seduction
17. Ikonika – Time/Speed
18. DJ Earl – Hexgonic Sound
19. Cooly G – Trying
20. Laurel Halo – Wow
21. Fatima Al Qadiri – Shanxi
22. DVA – Reach The Devil
23. Jeremy Greenspan & Borys – Gage

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