V/A – Hyperdub 10.4

Hyperdub clôt avec les honneurs la série de compilations célébrant son dixième anniversaire avec un 10.4 de superbe augure pour son avenir.

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9.0

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 7 novembre 2014 | 11:19

Voilà donc la fin du brillant cycle de compilations célébrant le dixième anniversaire d’Hyperdub, rappelant un peu plus à chaque occurrence à quel point le label est vital au sein de la scène électronique. Après le R&B de la compilation 10.2 et l’ambient de la 10.3, 10.4 revient aux considérations plus dancefloor du premier volume, se présentant, aux dires du label, sous la forme d’un ensemble de tracks avant tout destinées à des considérations de DJs, en évoquant les sensibilités house du label.

 

Comme toujours avec Hyperdub, il s’agit bien entendu de refuser tout résumé trop simple : ce 10.4 n’échappe pas à la règle, prenant bien souvent le contrepied de cette pré-description. Une première observation s’impose néanmoins : si l’exercice de la critique musicale peut être perçu de différentes manières, découlant sur des textes de formes très diverses, l’un des axes se présentant systématiquement est celui consistant à extraire un (ou plusieurs sens) de l’oeuvre, avant de bâtir un texte cherchant à le mettre en avant. La question se pose inévitablement à l’approche de 10.4 : comment rendre compte d’un ensemble aussi vaste (2 heures et 22 minutes de musique), aussi riche, et aussi divers ?

C’est que bien loin de la description simpliste qu’en fournit le label, 10.4 est une compilation d’une affolante densité. Certes, le réseau d’artistes est sensiblement – on y reviendra – celui que l’on a pris l’habitude d’attendre de la part d’Hyperdub, d’Ikonika à DVA en passant par Walton, Funkystepz, et bien sûr Burial ; certes, la compilation se tourne en très grande partie vers la grande période UK Funky – plus, d’ailleurs, que house – du label et ses rythmiques sautillantes. La palette musicale brassée ici n’en est pourtant que plus large, tant chaque titre paraît posséder ici son propre esprit s’embrasant dans le contexte de la compilation.

Il est évidemment impossible de faire l’impasse de l’événement ayant entouré la sortie de cette compilation, à savoir son premier morceau : inédit de Burial, Lambeth était connu des amateurs de l’artiste depuis plusieurs années sous la forme d’un rip de radio, sans jamais avoir été publié auparavant. Revenant aux racines UK Garage de Burial, le titre laisse éclater sur trois minutes sa grâce nocturne avant de s’éteindre en un éclat.
Néanmoins, ce premier titre ne doit pas faire oublier les 27 suivants : pour ne prendre que son successeur immédiat, « Him Da Biz » de Cooly G s’avère tout aussi réussi, clamant sa mélancolie sur un lit de percussions endiablées. De chaque titre émerge ainsi un caractère unique requérant une attention de tous les instants : les classiques du label – citons le toujours aussi prenant Boomslang de LV & Okmalumkoolkat, le lassif Love Is The Drug de Kode9 & The Spaceape ou le fabuleux Walk It Out de DVA – n’ont rien perdu de leur superbe. Les nouvelles pistes ou remixes ne déméritent pour autant nullement : l’excellent « Lazer War » de Walton ou l’évolutif « Ugly Observation » signant le grand retour d’Ossie en compagnie de Phrh sont notamment là pour en témoigner. On notera également les très bonnes versions VIP du « Position » d’Ikonika et du « Fuller » de Funkystepz, poussant les esprits illuminés des deux morceaux originaux dans leurs derniers retranchements.

La famille Hyperdub se retrouve ainsi au grand complet pour se montrer dans son plus beau jour : si certains se révèlent en très grande forme – à l’instar de Cooly G, systématiquement brillante –, personne ne dénote ici avec la qualité de l’ensemble. Le tour de table ne s’arrête néanmoins pas là : les remixes sont ainsi le théâtre d’ouvertures intéressantes pour la suite des affaires. Si Hyperdub n’a jamais été renfermé sur les îles britanniques, 10.4 poursuit ainsi le dynamique d’internationalisation qu’a connu le label au cours des dernières années – notamment par son ouverture au footwork de Chicago –. On retrouve ainsi le remix du Gold de Darkstar par John Roberts, qui ouvrait cette voie dès 2010. Les choix de faire appel à Bambounou pour un remix hypnotisant de Jessy Lanza, ainsi que Dorian Concept pour une relecture à couper le souffle du classique « Mega Drive Generation » de Martyn se révèlent également des plus intéressants, s’intégrant sans ciller au sein de la compilation tout en ouvrant bien des perspectives.

Ce remix de Dorian Concept permet enfin d’appuyer une nouvelle fois sur la grande diversité de la compilation : succédant aux ritournelles entêtantes du « Fuller VIP » de Funkystepz, cette épopée apaise le jeu, versant plutôt dans le reflux sans fin de vagues sonores. Suivi du tourbillon « The Phoenix » de Fhloston Paradigm et du psychédélique « Monophonic Nightmare » de DVA, le morceau ouvre ainsi une parenthèse plus expérimentale en plein cœur du premier CD, nous portant à réviser l’idée d’une compilation se résumant à une suite de DJ Tools. En fin de deuxième disque, les deux compositions de Laurel Halo, laissant exploser leurs synthétiseurs analogiques dans toute leur démence, appellent au même constat.

 

Incontestablement, 10.4 est un ensemble imposant. Le terme de monolithe ne semble pourtant pas approprié : ce qui apparaît ici est davantage un assemblage minutieux de perles fines rassemblées avec un grand soin, chacune brillant de sa couleur propre tout en s’arrangeant harmonieusement avec les autres. Loin de se reposer sur ses acquis – ou sur la hype suscitée par l’inédit de Burial –, Hyperdub impressionne par ailleurs par sa capacité à faire de cette dernière compilation un tremplin vers son propre avenir. Le label clôt donc avec les honneurs sa série de compilations – mais pas son année : une autre compilation, footwork celle-ci et en hommage à DJ Rashad, est prévue pour la semaine prochaine. De quoi souligner une nouvelle fois qu’au-delà d’une célébration de ce qui a été fait, ces compilations auront été l’occasion de souligner la grande forme musicale du label, de superbe augure pour ses dix prochaines années.

Tracklist :

CD 1:

01. Burial – Lambeth
02. Cooly G – Him Da Biz
03. Ossie + Phrh – Ugly Observation
04. Funkystepz – Vice Versa
05. Walton – Lazer War
06. Kode9 & Oh
07. Ikonika – Position VIP
08. Funkystepz – Fuller (Rev VIP)
09. Martyn – Megadrive Generation (Dorian Concept Remix)
10. Fhloston Paradigm – The Phoenix
11. DVA – Monophonic Nightmare
12. Jessy Lanza – Fuck Diamonds (Bambounou Remix)
13. Cooly G – Love Again
14. Kyle Hall – Kaychunk

CD 2 :

01. Burial – Street Halo
02. Kode9 & The Spaceape feat. Cha – Love Is The Drug
03. Cooly G – Love Dub Refix
04. Walton – Need To Feel
05. Darkstar – Gold (John Roberts Rmx)
06. DVA – Step 2 Funk
07. LV & Okmalumkoolkat – Boomslang
08. Ill Blu – Bellion
09. DVA – Walk It Out
10. Cooly G – Narst
11. Walton – 808 Vybzin
12. Laurel Halo – Noyfb
13. DVA – Polyphonic Dreams
14. Laurel Halo – Chance of Rain

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