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VA – Metaphysics Vol.1

le label à la pioche poursuit sa croissance avec onze titres entre ambient et drone

Metaphysics Vol.1

8.0 / 10

10

Par Thibaud Marty
Publié le 13 juin 2018 | 14:40

Il était grand temps qu’on vous parle de Groundwork Recordings. Apparu fin 2016, le label dirigé par l’anglais Projekt 22 creuse avec audace les profondeurs souterraines de la musique électronique pour en extraire des matériaux nouveaux, justifiant par ses excavations le choix d’un ouvrier muni d’une pioche comme effigie. L’an dernier, on y découvrait des artistes relativement méconnus comme Kogan Ryuu, Entire, Ruido ou encore Projekt 22 lui-même. Au travers des sorties se révèle un son résolument brumeux, précis et cérébral, orienté vers l’immensité, les profondeurs et les rituels occultes, dans la même veine que des artistes comme Ancestral Voices ou Sam KDC. Une idée directrice qui permettra, au fil des sorties, d’étendre sa palette de la deep drum’n'bass alarmiste de Paragon & Medika aux improvisations habitées de NoiD, en passant par les illuminations technoïdes de Projekt 22 et d’Entire, tout en conservant une signature sonore constante.

Fort en 2018 de trois sorties qui affirment la maturation du label, Groundwork Recordings nous propose aujourd’hui son projet le plus ambitieux, décrit par son contremaître comme un voyage parcourant d’un bout à l’autre les extrêmes de l’émotion et du cheminement humain, s’aventurant au-delà des limites jusqu’à l’altérité. Nous voici donc face à Metaphysics vol.1, fédérant pour cette odyssée cinématique des visions singulières mais toutefois convergentes, avec onze artistes différents pour autant de pistes.

L’ouverture de ce périple est l’œuvre de Ruido, qui nous met en garde avec un « Love Does not Always Start in the Best of Ways » morne et désenchanté. Sur une atmosphère synthétique venteuse et une basse impérieuse se pose un discours humain solennel, au propos habilement rendu abscons par ses propres échos. C’est par cette introduction sentencieuse que s’entame le voyage, qui nous emmène dans un premier temps vers des horizons enchantés, naturalistes et rêveurs.
Le « Harlem Train Tunnel » d’Akira Neroli sonne comme un réveil paisible, quelque part entre le paradis et le fin fond du cosmos. Une nappe tout droit venue du pays des rêves, des crépitements et une faune nocturne jalonnent cet univers minimaliste suggérant l’immensité avec une douceur réconfortante. Owl prolonge la féerie avec « Devoid of Light », neuf minutes et cinquante-deux secondes pourtant riches en lumière. Un paysage sonore chaud et radieux, mariage délicat de nappes souriantes, arpèges célestes et flots de vagues, qui invitent l’imaginaire à se laisser baigner sereinement dans le mouvement tranquille d’un océan de couleurs et de reflets harmonieux. Dyl poursuit dans des tons similaires avec le sublime « Moments in Silence ». Nous voilà téléportés dans une forêt tropicale pluvieuse, sereine et luxuriante. La faune est encore à l’honneur avec une vaste étendue de chants d’oiseaux et d’insectes, traversée par une nappe aux airs d’arc-en-ciel.

Le langage de la plénitude s’éloigne ensuite avec « Blue Garden » d’Elaine, ancré dans une nature qui nous révèle maintenant son lot de menaces et d’intrigues. L’atmosphère se fait plus ombrageuse, assombrie par des tonalités doucement inquiétantes et des jaillissements indéchiffrables, survolant un aréopage de grillons déployant leur chant la nuit tombée.
Il plane désormais une inertie hostile qui invite à la méfiance, et revêt des consonances sci-fi avec « Creation » de Monolith. Un climat orageux assorti d’une nappe mélancolique nous accueille dans ce morceau cinématique captivant, porté par un sound design riche en narration et en énigmes. La tension, savamment mise en scène, ne cesse d’augmenter, jusqu’à l’envol d’un mystérieux objet spatial. « Wave Phase » de Clearlight nous ramène ensuite dans une nature toujours plus inquiétante. Des tintements de cloche dissonants côtoient hululements et voix mi-humaines mi-animales aux allures d’alarme sauvage, ponctuant des reflux d’énergie brute sous forme de vagues d’infra-basses qui suggèrent un événement puissant en préparation.

À ce stade du parcours, inutile d’espérer quelque lumière que ce soit tant l’obscurité se fait intense. La pulsation de basse impassible de l’excellent « 5721 180417 » par DB1 assoit avec gravité cette ambiance fataliste qui semble se prolonger sans issue. Échos métalliques et vents cosmiques tournoient lentement à travers une étendue de désolation spatiale, caractérisée par une nappe résolument pessimiste.
Entire vient refaire augmenter la tension ambiante dans un jargon plus noise avec « Trust Issue », qui démarre sur une radiation hurlante. Une pulsation grave lointaine émerge de ce champ électromagnétique saturé et dissonant qui met en alerte. Par vagues, les impacts du rythme prennent de l’ampleur, amenant supposément l’oppression à son comble. Celle-ci va pourtant se maintenir à un niveau élevé avec « Midnight Train » de FossaDelRumore. On y entend un vent astral se métamorphoser peu à peu en une radiation électrique, avant de nous aspirer dans un tunnel de basses fréquences déshumanisées au bout duquel résonne une pulsation floue. On est plongé dans une énergie statique pure, qui entre en agitation avec le très progressif « Interference » de Paragon, parachevant ce voyage à coups de vibrations électromagnétiques instables, de saturation grave et de nappes hachurées. Un morceau de quasiment treize minutes où l’énergie fluctue avec subtilité ; hormis l’inconfort de cette atmosphère parfois flottante, parfois écrasante, rien ne paraît certain dans ce véritable magma électrique à l’irrégularité orchestrée avec talent.

En écoutant ces onze titres dans l’ordre, on constate indéniablement une narration réfléchie et adroite, explorant une palette expressive qui se révèle au fil des pistes, allant de la féerie à l’apocalypse. L’histoire de cet opus est racontée par des morceaux riches en suggestion et en subtilité, dont la force est amplifiée par leur intégration à ce récit. La mission de Groundwork Recordings est accomplie avec ce premier volume de Metaphysics vol.1 qui s’avère à la hauteur de ses ambitions et nous fait attendre les prochains volumes avec impatience.

Tracklist :

1. Ruido – Love does not always start in the best of ways
2. Akira Neroli – Harlem Train Tunnel
3. Owl – Devoid of Light
4. Dyl – Moments in silence
5. Elaine – Blue Garden
6. Monolith – Creation
7. Clearlight – Wave Phase
8. DB1 – 5721 180417
9. Entire – Trust Issue
10. FossaDelRumore – Midnight Train
11. Paragon – Interference

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