V/A – Sorry Julia

Le collectif 8MANA franchit avec succès le cap du label, avec une première compilation aboutie et prometteuse, aux titres variés et toujours inventifs.

sorry julia

8.3

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 27 juin 2017 | 10:27

Collectif composé, comme l’annonce son nom, de huit membres, 8MANA se fait remarquer depuis plusieurs années sur la scène de Leeds et au-delà – membre du collectif et récent auteur d’un podcast pour notre série, Phrixus s’est ainsi récemment distingué chez Jelly Bean Farm – avec sa musique refusant ostensiblement les étiquettes, en s’inscrivant dans de nombreux courants sans jamais rentrer dans un cadre précis. Avec Sorry Julia, le collectif poursuit ce travail en franchissant une nouvelle étape : 8MANA est désormais un label, qui synthétise, l’espace d’une compilation, les apports respectifs de ses différents membres.

Dans l’interview qu’il nous a accordée il y a un mois, Phrixus affirmait que la musique d’8MANA prenait ses sources dans le jazz, l’ambient, le hip hop, la musique électroacoustique ou le courant. De fait, cette ambition de transcender les frontières et d’accepter toutes les influences pour les intégrer dans une musique disposant de ses propres codes transparaît tout au long de Sorry Julia. Confronté à la lourde tâche d’inaugurer le label avec son « Belligerence », MOEGLI nous sert ainsi un hip-hop instrumental évoquant les élans wonky du tournant des années 2010. Le ton, pourtant, se révèle en permanence plus libre, qu’il s’agisse des sonorités résolument rugueuses, des breakbeats qui viennent ponctuer la base rythmique minimaliste, ou du vide dans lequel le titre semble résonner : à l’image de l’ensemble de la compilation, « Belligerence » ne suit que ses propres règles, pour mieux les transgresser quatre mesures plus loin.

 Dans son sillage, « Honeyrefraction » de Tomwynne annonce l’éclectisme à attendre du collectif : si l’on retrouve ce goût pour les percussions déstructurées, la rudesse du premier titre fait ici place à des sons cotonneux et tremblotants, dont la lenteur exhale une palette émotionnelle plus morose. On comprend donc, à ce stade, qu’il ne faut rien attendre en particulier de la suite des choses, et se laisser charrier par le flux de créativité des artistes d’8MANA. On suit successivement DULAHLI et ses sonorités organiques empruntant au funk ou au hip-hop, puis Phrixus et son dubstep anesthésié et ténébreux, dans lequel s’engouffrent des breakbeats discrètement infiltrés.

 Avec « woz », zealey signe l’une des propositions les plus intrigantes de l’ensemble, superposant beat abstrait et sombre spoken word confrontant la voix de l’artiste à son double perturbé par les effets sonores. L’ambiance vire à l’énigmatique et au taciturne, portée par l’inflexible flow de zealey. Cette page suspendue se referme vite, Clerk 37 nous ramenant immédiatement vers des considérations plus lumineuses, sans rien cependant perdre de l’étrangeté constitutive de la musique d’8MANA. En guise de conclusion, zaab nous offre enfin une succession de nappes saturées, rapidement réduites à l’état de fragments revenant épisodiquement à nos oreilles. Un final idéal pour une compilation cherchant avant tout à confondre toutes nos attentes afin d’attirer notre attention sur les sons distillés par chaque artiste. En plaçant le refus de se fixer une borne au cœur de sa démarche, 8MANA présente une compilation dont chaque extrait brille d’inventivité tout en dévoilant les styles propres à chacun de ses artistes : Sorry Julia est ainsi une œuvre surprenante et aboutie, à la fois probante et prometteuse.

Tracklist :

01. MOEGLI – Belligerence
02. Tomwynne – Honeyrefraction
03. DULAHLI – Astronauts
04. Phrixus – Friction Ratio
05. zealey – woz
06. Clerk 37 – Guilty Conscience
07. zaab – IV

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