V/A – Splinters LP

Splinters possède tout le potentiel pour devenir l’un des tournants majeurs de la scène bass music dans les années à venir.

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9.0

10

Par Martin Drazel
Publié le 30 octobre 2018 | 16:52

Amit fait office de figure de proue lorsqu’il s’agit de formes hybrides en drum & bass. Tout d’abord repéré par Klute et son label Commercial Suicide, qui lui permettra de sortir l’intemporel Never Ending, album daté de 2006 qui reste une référence aujourd’hui, il signera aussi des maxis chez d’autres labels prestigieux tels que Metalheadz, Inneractive Music ou encore Exit Records. Son label AMAR, qui office depuis 2013, lui aura permis d’exprimer son autre facette, celle d’un producteur de dubstep original et aventureux. De nombreux maxis signés par le patron sont là pour attester de ce revirement artistique, mais pas que, vu qu’AMAR a aussi accueilli des pontes du genre : Danny Scrilla, Nomine ou encore Von D.
Fort de toute cette expérience, Amit Kamboj se permet aujourd’hui de ressusciter un projet qui lui tient à cœur depuis quelques années : Splinters, un album qui se veut une fresque de la bass music en 2018.

C’est bien entendu le boss qui ouvre le bal avec « Cold Blood », titre qui rappelle l’efficacité poignante des morceaux de ses débuts. Ici pas de fioritures, le rythme est droit et la basse ronde à souhait, la puissance du titre résidant dans son thème accrocheur et ce jeu de snares stretchées à loisir. S’en suit l’oeuvre d’un autre patron tout aussi important : Om Unit. La tête pensante de Cosmic Bridge propose avec « Maths » un énième titre inclassable, à la croisée des chemins entre bass music planante et half-time technique, dans la lignée des sorties de son label.
Splinters est construit sur des vagues d’intensité variables, chaque face B des trois disques redescendant le tempo pour que puissent figurer toutes les facettes de cette musique qu’affectionne Amit. De fait, le troisième titre de l’album accueille V.I.V.E.K., qui ne passe pas par quatre chemins avec un « Killa » on ne peut plus martial et grassouillet. Le chef zoulou de l’immense System Music démontre à nouveau toute sa fougue lorsqu’il s’agit de créer du 140bpm sans concessions. Mais ce ne sont pas que des noms confirmés qui apparaissent dans ce projet-fleuve. Ainsi SHRLOK, qui n’a jamais rien signé auparavant, figure fois dans cette compilation, accompagné de la vocaliste Theo pour un titre dubstep assez épique du plus bel effet.

Nous retournons ensuite vers d’autres artistes majeurs, puisque sieur Dbridge a lui aussi apporté sa contribution à ce Splinters de plus en plus impressionnant. « Own the Town » est une démonstration technique de cette science rythmique dont Darren White a le secret. Puis tout éclate avec l’énorme « They Can’t Handle It » de notre MORESOUNDS national, rouleau-compresseur half-time qui ne laisse pas beaucoup de place à l’erreur. La musique rasta-ghetto de Germain Bigou colle parfaitement à l’esthétique d’AMAR, elle fait sens comme pierre angulaire de Splinters.  A nouveau l’armada est au repos, même s’il faut toujours se méfier d’un J:Kenzo qui dort. Figure centrale du dubstep depuis ses débuts, Jay Fairbrass reste fidèle à ses sonorités mi-pesantes mi-rêveuses avec ce « Nal Hutta » à la construction riche en évolutions subtiles. D’autres activistes fiévreux prennent le relais, à savoir Oris Jay et Chris Innasound, dont le « Ghost & Darkness » devrait rappeler à certains les beaux jours de Kryptic Minds. Cette première vague se termine par un OVNI sonore dont Krust est signataire. Le parrain de la drum & bass made in Bristol dévoile une nouvelle facette de son alias avec « Escape From Finland », où s’exprime sans retenue son amour pour les nappes inquiétantes et la pression sonique composée principalement d’effets bien sentis. Fort agréable de voir cette légende revivre, surtout lorsqu’elle s’amuse à brouiller les pistes d’une manière si déroutante.

C’est au tour de la jungle rude de s’exprimer. Pour cela rien de tel que ces déferlantes de breaks endiablés dont AU (aka Gremlinz) est devenu l’uns des fiers tenanciers. Son « Just Don », en duo avec Jesta confirme et signe : le Canadien a une place de choix dans le panthéon des junglists modernes. Après coup, Danny Scrilla nous égaye avec son « Clockwerkz » au rythme cassé jonché de jeux mélodiques sautillants. L’ultime descente de battements par minute est introduite par l’inébranlable soldat Von D. « Ah so Let It Go » est un condensé du savoir-faire de Jérôme Meyer : sample vocal finement sélectionné, section rythmique impeccable et reese équilibré font de sa contribution uns des titres phares de l’album. Enfin tout se referme sur deux notes antagoniques. « Don’t Believe » de Akcept et Another Channel est un exemple parfait de ce que peut rendre le renouveau du dub, avec cet arrangement aérien d’un melodica répondant au message libertaire du chant. Pourtant le gourou d’Osiris Music, Mønic, donne un dernier mot bien plus glauque avec un « Storm Doris » où ne s’expriment qu’une basse engloutie et quelques grattements sonores déstabilisants.

Splinters a réussi son pari. Cette compilation est à la fois une quintessence musicale en même temps qu’un état des lieux pertinent de la scène bass music. Elle permet de relier les tenants et les aboutissants, d’avoir le florilège d’une scène prolifique (bien loin d’être enterrée), tout en secouant un peu l’auditeur, le sortant de sa zone de confort. Amit signe ici deux accomplissements en un : celui de son propre rêve et celui d’avoir réussi ce tour de force plutôt casse-gueule de réunir vétérans et artistes moins renommés, tout en gardant une cohérence artistique impeccable. Omettre ce pilier de la bass music, qui se confirmera forcément comme l’un des tournants du genre dans les années à venir, serait une boulette impardonnable.

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