Various Artists (Nord Label) – Fjords

Tour à tour romantique, nébuleux puis austère, Fjords synthétise avec éloquence son identité sonore entre dub-techno, downtempo, electronica et deep drum’n'bass

Fjords LP

7.9

10

Par Thibaud Marty
Publié le 1 octobre 2015 | 11:32

Âgé d’à peine un an, Nord Label a déjà laissé de belles empreintes dans les étendues neigeuses qu’il explore. Des traces de pas encore fraîches, laissées par un équipage composé de Clearlight, Owl, Ill K et DYL, compagnons de cordée d’une mission de découverte sonore menée par Simon Viehoff, initiateur de cette jeune aventure berlinoise.

Après les séduisants «Expedition EP » et « Aurora Borealis », notre équipage s’enrichit ici d’autres talents émergents tels que Hysee, Chet Matuto, Broken Promise, Acid_Lab, Ahmad & Taucher, Blanca ou encore Dailiv. Ils signent tous ensemble Fjords, bel exemple de rencontre réussie entre sonorités dub-techno/electronica et rythmes deep jungle/dubstep. Voici donc un LP qui invite à une écoute attentive, sans pour autant laisser de côté la physicalité des basses fréquences.

 

Si l’on écoute les pistes dans l’ordre, il se dessine un déroulement narratif qui emmène l’auditeur dans un décor aux luminosités variables. Clearlight & Owl se chargent d’un accueil féerique avec « White Mountain », atterrissage en douceur sur un horizon immaculé, fait de tintements de clochettes, chants d’oiseaux et nappes gorgées d’innocence.
Suave alliage de trompettes, rhodes et délicats accords dub-techno, le souffle matinal et frais de « Rhea Calling » par Owl dévoile ensuite un paysage qui s’illumine paisiblement, sur un rythme aux chaloupes généreuses, entre dub, downtempo et chill out.

Acid_Lab insuffle avec « Drown » un peu d’intensité à notre visite. On croit s’immerger dans une eau glacée, à bord d’un sous-marin emmené par un moteur ragga-dub et guidé par un sonar à travers des flots dub-techno. La panne survient à mi-morceau, les abysses nous tendent les bras avant de nous laisser regagner la surface ; un morceau sympathique, auquel on pourrait reprocher toutefois une légère redondance.
Vient ensuite « Windspiel », ou Ill K expérimente une chimie bien spéciale entre grosse basse médium hargneuse, clavier langoureux, percussions boisées et nappes pessimistes, constituant une formule à la fois limpide et capricieuse. Un enchainement séquentiel inattendu au sein d’un morceau surprenant et imprévisible, qui caractérise bien tout le talent du producteur allemand.

À l’affût d’un potentiel danger, Dailiv tente avec « Signal From Space » de déchiffrer une transmission cryptée, faite d’impulsions frénétiques. Les nouvelles ne semblent pas bonnes, comme l’indiquent les nappes inquiètes et la phrase lead répétée par un synthé alarmant. La rythmique ragga-dub qui cadence ce morceau se poursuit et s’enrichit de frissons jungle sur « Aft », au cours duquel Blanca & DYL prennent la tangente en pleine nuit, persécutés par de curieux insectes métalliques virevoltants. Pressurisée par une basse profonde, des fulgurances rythmiques et un timbre de percussion filtré avec une précision redoutable, l’atmosphère devient étouffante au cours de ce morceau débordant d’antipathie. Un ton subitement durci qui va s’assombrir entièrement avec « Tyr » d’Ahmad & Taucher ; le beau décor serein des premiers morceaux parait alors bien loin.
On sombre ici en plein cauchemar jungle/dub, hanté par des nappes lugubres, des réverbérations glaciales, un fragment vocal inhumain et des kicks impitoyables, accompagnant la cavalcade désespérée d’un breakbeat en perdition.

« Catapult », de Chet Matuto & Broken Promise, va cependant faire renaître un peu d’espoir dans cette froide nuit : on aperçoit une lumière lointaine mais puissante, émise par des nappes héroïques et des synthés stellaires, vers lesquels une rythmique ferme et une pulsion vocodée tentent de nous emmener. En conclusion, Hysee fait souffler un dernier blizzard avec « Transmission Shaft », qui nous convie sur un morceau de banquise craquelant où rôdent d’étranges créatures. La rythmique, entre garage et dubstep, se déploie dans un espace nocturne à l’hospitalité disparue.

 

Tour à tour romantique, nébuleux puis austère, Fjords porte un regard expressif et singulier sur le panorama septentrional dont il s’inspire. Il se contemple à travers des structures rythmiques ciselées avec précision, pour le plus grand plaisir des oreilles avides d’envergures auditives ; un LP 9 titres qui synthétise avec éloquence une identité sonore difficile à étiqueter, entre dub-techno, downtempo, electronica et deep drum’n'bass, dont Berlin s’avère être une place forte actuellement.

 

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