Various – Invisible 06 EP

Watch out!

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7.0

10

Par Martin Drazel
Publié le 16 décembre 2013 | 20:15

S’il est un nom sur les lèvres des aficionados de drum & bass bien velue, c’est bien celui de Noisia. En réinventant le sous-genre neuro-funk pour lui donner une profondeur remplie de subs dévastateurs et une dynamique plus axée vers un habillage harmonique, Martijn Van Sonderen, Nick Roos et Thijs de Vlieger ont fini par marquer au fer rouge l’univers de la drum & bass, laissant tout un tas d’apprentis junglists dans leur sillage.
Outre leurs nombreuses sorties sur des labels de légende comme Ram, Subtitles ou encore Moving Shadow, le trio s’est aussi auto-produit sur leur propre label Vision (sur lequel ils ont collaboré avec Black Sun Empire, The Upbeats ou encore Phace), mais a aussi créé un label dédicacé aux morceaux plus expérimentaux : Invisible.

Le sixième opus de la série compile différentes variantes de ce que peut offrir cette drum & bass sombre et percutante qu’est la neuro-funk. Introduit par une nappe et des notes de guitare presque héroïques sur ce « Third identity » de NickBee (jeune producteur ukrainien qui a forgé son nom grâce à son duo avec Sunchase), la culture du drop reprend vite ses droits en lâchant une ligne de bass bien rebondissante, marquée par une rythmique stepper assez classique, mais dont on ne peut nier l’efficacité. Ce premier track mériterait peut-être un peu plus de recherche, mais la technique ainsi que les évolutions internes sont parfaitement maîtrisées, ce qui le rend très plaisant à mixer.

Le second track de l’EP est l’excellent « STTR ». Production d’un inconnu notoire dans le milieu : Axon, ce track infernal est guidé par une sorte de SOS anxieux composé en morse à une vitesse impossible, et qui bien entendu s’amuse à élever le ton, histoire d’être encore plus dérangeant. Voilà qui est attirant pour l’aspect non-convenu de la production, où l’artiste se permet (sans aucune concession) de se concentrer sur un son désagréable au premier abord, mais qui donne toute la puissance du morceau une fois joué dans des conditions adéquates.
Outre le fait que l’on puisse noter cette politique respectable qu’a Noisia de signer des inconnus (élément récurrent chez Invisible), on ne peut faire autrement que de reconnaître le talent d’Axon. Face à une production qui garde toute sa cohérence autour d’une ligne à plusieurs axes (à la fois rythmique, bass et ligne directrice du track), chose loin d’être aisée lorsqu’on produit un morceau à la fois percutant et minimaliste, le chapeau doit être tiré.

C’est ensuite au tour des patrons du label de sortir de leur coffre un extrait de la bande-son du jeux-vidéo « Devil May Cry », qu’ils ont composée entièrement. Suite aux nombreuses demandes des fans, « The tower » a finalement été signé sur Invisible. Pourtant, ne vous attendez pas à un morceau classique de leur part. Ce track est particulièrement ambient. Il ne possède pas l’habituelle grosse ligne de bass signée Noisia, et n’a d’ailleurs même pas de caisse claire !
Une sorte de triangle inversé et reverbé guide le morceau vers des murmures presque sourds d’une wobble distante répondant à des cris de monstres cachés entre les murs. On ressent bien l’ambiance démoniaque du jeu. Hors contexte, ce track peut très bien servir d’intro à n’importe quel mix drum & bass, ou encore devenir un track pour chill-out. Une belle preuve du talent de ce trio de hollandais, qui ne semble pas connaître de réelles limites.

L’EP se termine sur un stepper bien efficace signé Fre4knc (comprenez « frequency », jeune talent repéré par Presha sur Samurai music). Le morceau commence sur des kicks marquants les premiers temps, avant qu’il ne déroule sa ligne de bass, sorte de ronronnement de sub aux fins de mesures un peu plus hautes. La rythmique se lance en même temps, et ne vient pas obstruer cette bass entraînante, n’étant marquée que par quelques kicks et une caisse claire très sèche. Les évolutions du morceau lui procure un regain d’intérêt, notamment avec cet effet d’aspiration et ces variantes rythmiques totalement maîtrisées. On sent le producteur amoureux du travail bien fait, ce qui est un gage de qualité notable chez Invisible.

Cet EP n’est peut-être pas le plus novateur de cette fin 2013 dans ce milieu qui évolue constamment depuis quelques années, mais une chose est sûre, Noisia sait garder une intégrité face à leur premier critère : la qualité. Certes, les deux steppers ne sont pas des plus originaux, mais ils gardent le mérite d’être des dj-tools très bien produits avec des évolutions intéressantes. Les deux morceaux centraux sont vraiment hors-normes, et démontrent à eux seuls l’importance de la démarche des néerlandais.
Trio populaire, ils auraient très bien pu s’endormir sur leurs lauriers et continuer de signer des tubes sur les gros labels du milieu. C’est face à ce besoin de recherche (un peu trop rare ces derniers temps dans la drum & bass) que je considère Invisible comme un des labels sur lequel garder une oreille à l’avenir. Comme dirait l’autre : « watch out ! »

 

 

Tracklist :

1. NickBee – Third Entity
2. Axon – STTR
3. Noisia – The Tower
4. Fre4knc – Full Measure

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