Walton – Beyond

Walton signe un album absolument remarquable qui semble entrechoquer grime et dubstep derrière un filtre de grisaille.

Walton - Beyond

8.4

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 4 juillet 2013 | 11:38

Il est des disques que l’on accompagnerait volontiers d’avertissements à l’intention de certains publics. L’écoute de Beyond, premier album du Londonien Sam Walton, serait ainsi déconseillée aux auditeurs fréquemment sujets au vertige. Car au-delà de simples titres, l’habitué d’Hyperdub orchestre ici une véritable tornade à laquelle il est difficile de ne pas succomber. Tornade de genres, d’atmosphères articulées sur une palette émotionnelle vaste, de sonorités : en l’espace d’un album, Walton passe allègrement du grime à l’acid house, de tonalités lumineuses et éthérées à d’autres passages s’adressant aux recoins les plus obscurs d’un dancefloor vide. Les morceaux eux-mêmes semblent susciter cette impression de chute sans fin, de perte d’un équilibre, à l’image du single Frisbee s’effondrant sur lui-même autour de cascades de synthés eski et de percussions brutes. Plus tard, les hésitations et trébuchements rythmiques d’un Grit déconstruisant le UK Garage pour mieux faire ressortir son groove caverneux viennent rappeler cette même image, qui s’était entre temps évaporée au milieu des dizaines d’autres sensations évoquées par cette musique habitée.
On pense, bien sûr, à beaucoup de choses tout au long de ces 48 minutes : ce Grit nous apparaîtrait presque comme une version dub de l’hymne Mega Drive Generation de Martyn s’il n’y avait ces cahots rythmiques venant perturber toute perception ; l’ombre de Burial revient bien sûr aussi dès que l’artiste, sur You&Me ou Take My Love par exemple, vient mêler échos de garage britannique et samples R&B pitchés. Au fil des morceaux, les synthétiseurs acid ou au contraire les bleeps de jeux vidéos 8-bit, les craquements divers ou les résonances de sons grime viennent ainsi réveiller dans l’inconscient de l’auditeur des spectres plus ou moins familiers.

 

Impossible, pourtant, de résumer Beyond à une succession de tentatives sur des styles variés. De fait, ce qui rend l’album de l’Anglais tout à fait remarquable est au contraire la capacité de ce dernier à unifier ces fragments épars, à donner une cohérence à ce patchwork agité de secousses. Walton lui-même affirme avoir cherché à unir ses titres autour d’une « vibe » : les variations de style et de ton ne semblent jamais maladroites, tant l’Anglais nous capte tout du long dans une atmosphère particulière, que l’on situerait quelque part entre une mélancolie floue et une troublante familiarité. L’album joue ainsi en permanence de contrastes pour mieux créer cette ambiance, à laquelle il faut ajouter une impression de distance, par exemple illustrée par Need To Feel ou Every Night : s’ils sonnent en soi comme deux titres house traditionnels, ces deux morceaux semblent comme joués depuis une autre pièce, séparés de nous par un mur de brume, ou un autre temps, résonnant dans notre conscience.
Un symptome de cette cohérence infaillible est peut-être cette difficulté, après les premières écoutes, à distinguer un morceau spécifique se détachant de ce puzzle : alors que tant de portes musicales ont été ouvertes, seule reste l’image puissante d’une sorte de tourbillon halluciné de sons vagues et de rythmes imposants. Pourtant, les écoutes répétées permettent alors de discerner bien des perles parmi le brouillard : le single Frisbee ou le sombre Grit ressortent ainsi tout particulièrement. Un Amazon en forme de cérémonie étrange ou les pads délavés de l’aérien Can’t U See, dont les voix féminines semblent suspendues dans un certain flottement, retiennent aussi l’attention. Mais c’est finalement le génial Memories qui décroche définitivement nos suffrages : après une introduction indécise fondée sur quelques kicks et samples vient retentir une obsédante mélodie de piano, qui réapparaîtra épisodiquement au-dessus d’envolées de grime ralenti. Brillant.

 

Si les différents EPs publiés depuis 2011 laissaient envisager le meilleur pour ce premier album, il était difficile d’imaginer un album faisant preuve d’autant de maîtrise et de cohérence. Doté d’un charme unique et nous portant dans l’univers de son auteur de son introduction planante à son final qui semble entrechoquer grime et dubstep derrière un filtre de grisaille, Beyond est tout simplement remarquable. Et risque bien de hanter votre inconscient pour un petit bout de temps. « A song for yesterday, today, tomorrow and beyond ».


Tracklist :

01. Beyond
02. Need To Feel
03. Help Me Out
04. Can’t U See
05. You&Me
06. Love on the Dancefloor
07. Every Night
08. Memories
09. Frisbee
10. Take My Love
11. Grit
12. Amazon
13. City of God

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