Wen – Signals

Une réussite éclatante, donnant une nouvelle ampleur à la musique de Wen et à la scène 130 dans son ensemble.

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8.5

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 23 mars 2014 | 12:24

Ces derniers mois, la scène 130 s’est enrichie en prenant pied chez de vénérables institutions de la bass music (Tectonic, …) ou par l’éclosion de jeunes labels tels que Soundman Chronicles. Son centre de gravité reste pourtant fixé sur Keysound Recordings : au-delà de shows sur Rinse FM mettant chaque mois en avant de nouveaux artistes, le label a en 2013 permis à la scène de franchir bien des étapes : après une compilation aux allures de manifeste, e.m.m.a. et Logos ont ainsi proposé des albums de qualité illustrant tous deux une approche originale du son.
2014 semble frappée du même sceau : dans la continuité de cette politique, c’est aujourd’hui l’un des initiateurs de cet hybride de grime, de dubstep et de UK Funky qui se voit offrir la possibilité de s’exprimer sur long format en la personne de Wen.

 

Le cadre est posé d’entrée : les basses fréquences envahissent l’espace d’une introduction faisant appel aux samples de MCs grime, spectres hantant fréquemment les productions de l’artiste anglais, comme pour mieux rappeler la filiation de cette musique métamorphique.
Inutile, dès lors, de forcer les choses : Wen laisse s’exprimer son art, qui s’adapte naturellement au format album. Dès « Galactic », on retrouve les sonorités vitreuses héritées du courant eski, et ces beats situés dans un entre-deux, oscillant selon les titres entre UK Garage et UK Funky, laissant toujours suffisament de vide pour faire planer la possibilité d’une reconstruction complète.

Très vite, Signals en vient à s’apparenter à un champ de forces, au sein duquel prennent le dessus sombres lignes de basses et percussions minimalistes, mais définies avec précision, pour mieux faire le vide autour d’elles. C’est ainsi que s’instaure une tension, l’auditeur s’attendant à chaque coin de beat à voir surgir un élément venant emplir ce brumeux fleuve sonore. Les qualités de chacune de ces composantes s’en trouvent exacerbées : les pads cristallins, en arrière-plan de « Lunar », réalisé avec le maître Blackdown, prennent ainsi un caractère poignant, ouvrant des profondeurs mélancoliques insoupçonnées.
Autre collaboration, « Time », faisant figurer Parris, emploie des notes de basse rapides et planantes pour prendre l’allure d’une menace haletante. Ailleurs, Wen affiche sa compréhension des codes grime sur le flottant « In », entre chants de kicks et leads inversés, ou sa maîtrise de l’utilisation des cordes sur un superbe « Persian » en points de suspension.

Alors que surgissent plus clairement sur certains titres certains des pôles organisant sa musique – notamment le Garage sur le pensif « You Know » –, c’est finalement toute la singularité de celle-ci qui s’éclaire au fil du disque : mention par exemple à « Vampin’ », fondé sur un subtil jeu de clair-obscur, entre claviers lumineux et wobbles indistincts, tressaillements percussifs et vocaux réverbérés.
La construction du disque se laisse de même lentement apprécier : Signals semble ainsi conçu comme une exploration levant lentement le voile sur cet espace énigmatique, nous acheminant lentement vers l’hallucinant dyptique final. D’une lucidité époustouflante, « Nightcrawler (Devils Mix) » nous infiltre ainsi dans une atmosphère viciée, confinant à la folie : prenant tous les contrepieds, le titre laisse ainsi envisager toutes les hypothèses pour mieux abattre toute certitude. Le flow de Wiley envahit le morceau avant de se trouver anéanti d’un coup sec ; des tentatives mélodiques se développent, avant d’être surmontées d’implorations vocales. Chacune de ces branches est finalement tranchée d’un ultime backspin.
Alors que l’on reste vacillant, « Play Your Corner » nous terrasse : les cordes introductives laissent le morceau prendre son envol, avant d’immédiatement fondre en piqué. La décharge est immédiate : alors que le beat s’installe, d’une noirçeur complète, Riko Dan conforte sa place parmi les meilleurs MCs grime du moment avec une performance vocale mémorable. Fulgurant, son flow sait s’effacer le temps venu pour laisser s’exprimer une production le mettant parfaitement en valeur : chacune des deux composantes complimente l’autre pour parfaire l’homogénéité de cet éclair de perfection.

 

Achevé sur une note impeccable, Signals est une éclatante réussite, apportant à la musique de Wen un souffle lui donnant une nouvelle ampleur. S’il semble impossible de comparer les différents albums proposés par Keysound Recordings, au vu de la singularité de leur esthétique, Signals paraît néanmoins parachever le couronnement de la scène comme vivier de talents. Un autre grand disque à mettre au compte du label, et un premier long-format de marque pour Owen Darby.

 

 

Tracklist :

01. Intro (Family)
02. Galactic
03. Lunar (feat. Blackdown)
04. You Know
05. Persian
06. Swingin’ (LDN Mix)
07. Vampin’
08. Time (feat. Parris)
09. In
10. Signal
11. Nightcrawler (Devils Mix)
12. Play Your Corner (feat. Riko)

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