Wolfgang Voigt – Kafkatrax

Claustrophobes s’abstenir.

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7.8

10

Par David Robert
Publié le 6 novembre 2011 | 22:00

Principalement connu pour être un des fondateurs de Kompakt, label ponte en matière de techno, aux côtés du presque fantômatique Jürgen Paape et de Michael Mayer, Wolfgang Voigt possède pourtant un CV qui est loin de s’arrêter à cet élément, aussi important soit-il. Les lettres de cet homme en sa qualité de producteur sous ses différents et incroyablement nombreux alias, le projet ambient Gas tout particulièrement visé, sont sûrement à graver dans le panthéon des artistes ayant joué un rôle important dans le développement des musiques électroniques.
Wolfgang Voigt n’est donc ni plus ni moins qu’un monument musical, qu’il convient toutefois de pénétrer en s’étant préalablement affuté les oreilles avec une grande énergie car l’accès n’y est souvent pas bien aisé, à l’image de ce nouvel album sorti le 10 octobre sur Profan, chambre de Kompakt.

Kafkatrax” est présenté comme étant dédié à la voix humaine ; et pour cause, le terreau dans lequel Voigt a puisé pour réaliser ces onze titres, sortis au départ sur 3 EP, n’est autre qu’un audio book de Frank Kafka (d’où le nom).
Les bribes de phrases utilisées sont chirurgicalement découpées, traitées, filtrées, écrasées, et ensuite collées sur une instrumentation minimaliste à n’en point douter, dont tout les éléments, parait-il, mises à part les lignes de basse, proviennent à la base dudit audio book. Rien ne vient donc obstruer l’accumulation de ces différentes couches de textures humaines modifiées et largement abstraites, si ce n’est les parois de la boîte crânienne. Lentement mais surement, l’espace s’emplit d’échos et de ricochés vocaux en tout genre, brouillant largement notre perception de la réalité, créant un lieu clos dont les plans sont connus de son créateur seulement. Cet espace, quand il est saturé, tend à faire sombrer l’auditeur dans une certaine psychose.
Presque grossiers parfois de raclements gras, de gémissements simili-hystériques, de crissements acerbes de bandes audios et de beats patibulaires, les titres sont d’autant plus prompt à créer une atmosphère particulière, un univers peu commun et expérimental dans lequel on ne se sent pas forcément à l’aise ni à sa place. Et pourtant impossible de trouver les manettes qui nous permettraient de reprendre au moins en partie le contrôle. Voigt tire toutes les ficelles, car cette atmosphère, cet univers, c’est le sien. Alors, quand il décide de nous laisser un peu d’espace en insufflant des mélodies plus accessibles, des lignes plus légères à l’image de la pièce 2.1, on ne peux que savourer pleinement ces quelques bouffées d’air frais salvatrices.

Il a été dit que réussir à pénétrer intégralement l’univers de l’homme n’est pas la chose la plus facile qui soit. C’est bien le cas ici avec ce nouveau laboratoire sonore que représente “Kafkatrax”. Mais une fois que l’on y a passé les deux oreilles, faire chemin inverse s’avère encore plus difficile, et seule la clôture du dernier titre apparait comme une porte de sortie acceptable. Claustrophobes s’abstenir.

 

Tracklist :

01. Kafkatrax 1.0
02. Kafkatrax 1.1
03. Kafkatrax 1.2
04. Kafkatrax 2.0
05. Kafkatrax 2.1
06. Kafkatrax 2.2
07. Kafkatrax 2.3
08. Kafkatrax 3.1
09. Kafkatrax 3.2
10. Kafkatrax 3.3
11. Kafkatrax 3.4

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