Young Echo – Nexus

Indéfinissable, insondable, Nexus est semblable à une forme indistincte au fond d’un cours d’eau, qui paraît prendre des aspects familiers en se mouvant sans pouvoir être vraiment identifiée.

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8.0

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 8 juillet 2013 | 15:03

Dans l’obscurité, vous avancez au milieu de l’eau ; des formes indécises se dessinent autour de vous, alors que des sons troubles atteignent vos tympans. Un chant féminin, irréel, émerge progressivement des plages bruitistes. Des rythmes inconnus apparaîssent et semblent réverbérer des évènements lointains.
C’est de ce type d’images que regorge l’aquatique et évocateur Nexus, premier album du collectif bristolien Young Echo. Bristol n’est bien sûr pas n’importe quelle ville au sein de la scène britannique, se trouvant à la fois héritière d’une longue tradition musicale et souvent pionnière de nouvelles variations apportées aux genres secouant les clubs d’outre-manche, du trip-hop au purple, de Full Cycle à Tectonic. Kahn, Vessel, Jabu, El Kid et Zhou se rattachent aussi à la lignée des collectifs avançant masqués, tant il est difficile de glâner des informations précises sur chacun d’entre eux, alors que tous ont déjà publié sur des labels reconnus – Punch Drunk, Tri Angle et autres Deep Medi –, à l’exception d’un Kahn enchaînant les singles incendiaires.
Mais ici, le collectif parvient à aller plus loin qu’une simple variation, brouillant véritablement les cartes musicales de son premier album tout en y incluant des points de références très nets. On trouvera ainsi quelques fragments rythmiques ouvertement UK garage, des pistes clairement ambient, drone, des passages spoken word, sans qu’il soit vraiment possible d’ancrer ce disque dans une filiation spécifique.

A l’heure où les mélanges musicaux sont légion, Young Echo nous propose donc le sien, unique. Au sein duquel tout semble hésitant, fragile, sur le fil, et se construisant au fur et à mesure : les sons semblent s’extraire les uns des autres, lentement. L’album s’ouvre ainsi sur un kick glauque, rampant, sur lequel s’infiltrent diverses nappes ambient, qui prennent finalement le dessus pour quelques phases ostensiblement expérimentales. La seconde piste, Jupiter Rise, réarrange alors les mêmes éléments afin d’évoquer une forme de garage déconstruit.
Alors que le tout prend lentement forme, la voix évanescente de Lily Fannon, qui reviendra régulièrement, se superpose à ces volutes pour leur donner une nouvelle coloration. Comme souvent dans l’album, la progression du morceau est insaisissable, détachant cette musique du temps. Ces treize titres voient ainsi apparaître et réapparaître des motifs, qui viennent s’extraire quelques instants d’une masse sonore pour mieux y replonger ensuite.
Pour autant, il ne s’agit pas d’écrire que ces 55 minutes se déroulent de manière monocorde : s’il y a bien un son Young Echo à l’oeuvre ici, d’une grande cohérence – d’autant plus qu’il s’agit bien d’un effort collectif de producteurs très différents –, les nombreuses contrées musicales abordées lui permettent de s’exprimer sous différentes formes. Contrastant avec la noirçeur de l’album dans son ensemble, le zen Crowd Sacred invoque ainsi presque le spectre d’Autechre période Amber. Plus loin, le sombre Flying fait office d’apogée du disque, semblant suspendre le temps pour laisser place à un spoken-word grandiose adossé à une plage bruitiste. My Child My Chain, fusion aboutie de garage et de quasi-shoegaze, ou les authentiquement dubstep Nexus et Umoja achèvent de nous convaincre de la capacité du collectif à proposer des ambiances finalement variées à partir d’une palette sonore très spécifique.
Finalement, la preuve la plus flagrante en est la manière naturelle avec laquelle le groupe enchaîne le titre le plus pop du disque, le doux Blood Sugar aux lignes de chant entrecroisées, et deux pistes d’expérimentation plus ou moins absolue – le nébuleux Untitled No. 7 semble ainsi avancer sans dévier de son cap énigmatique, rythmiquement instable mais sans chercher à rétablir un quelconque équilibre -.

Indéfinissable, insondable, Nexus est donc semblable à une forme indistincte au fond d’un cours d’eau, qui paraît prendre des aspects familiers en se mouvant sans pouvoir être vraiment identifiée. Si l’on y retrouve en résonance des traces de UK garage, d’ambient ou de dubstep par exemple, celles-ci sont réinterprétées au prisme du collectif pour mieux s’intégrer dans le flot musical qui nous est offert. Avec Nexus, Young Echo se situe en apesanteur et en permanente hésitation. C’est de ce flottement que naissent son aspect sybillin, mais aussi la fascination qu’il exerce.

 


 

Tracklist :

01. Radial Sheaves
02. Jupiter Rise
03. Voices on the Water
04. Crowd Sacred
05. Blood Sugar
06. Earth & Dust (Version)
07. Untitled No. 7
08. Nexus
09. Flying
10. My Child My Chain
11. Umoja
12. Slow Jam
13. Eternities Never / Ephemeral Sometimes

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