Zomby – Ultra

Zomby impressionne par la multiplicité des angles qu’offre Ultra, son dernier album.

zomby

9.2

10

Par Thomas Renauld
Publié le 22 septembre 2016 | 13:42

Nous avions laissé en l’état, au terme du chapitre Let’s Jam! de l’automne 2015, ce livre intrigant intitulé « Zomby ». Ce dernier acte en date nous avait charmé par sa force envoûtante, riche de mélodies à l’équilibre frôlant la perfection et de rythmiques latentes. Pourtant, à la lecture de cette proposition, une certaine subtilité dans les nuances semblait manquer pour que l’on puisse crier victoire une bonne fois pour toutes.

C’est donc avec un amour pondéré que l’on a découvert Ultra, le nouvel album de Zomby. Les quelques écoutes du single « Sweetz », composé en collaboration avec Burial, ont confirmé ce ressenti : ledit morceau paraissait anecdotique et simpliste, pouvant alors s’apparenter à un effort caricatural, jouant avec les codes et gimmicks des artistes concernés. D’aucuns en profitèrent d’ailleurs pour condamner le morceau, les artistes et surtout leur présumé manque de sincérité. Nous nous garderons d’émettre un avis sur ce débat, considérant qu’il n’a pas lieu d’être. Une chose est toutefois sûre à ce propos : la musique enfermée dans les sillons d’Ultra se fiche bien de l’avis d’autrui, et c’est bien là le plus important. Zomby semble lui aussi faire fi de toute considération sociale, tant son art n’a que le temps pour limite.

Les réponses arrivent vite concernant la réussite espérée ; alors que l’écoute du premier morceau se passe, la magie s’opère. L’ambiance prend un ton tragique dès l’arrivée de la mélodie initiale et notre impatience grandit quand cette voix cinématique surgit nébuleusement. «Reflection» – c’est son nom – semble être l’introduction parfaite pour présenter le tableau qui nous est promis : le retour de Zomby sur le label de Kode9 s’annonce ambitieux. Survient alors « Burst », piste aux allures grime qui nous rappelle avec brio au bon souvenir des premiers travaux de Zomby, sortis sur Hyperdub. Mais l’Anglais ne s’arrête pas là, loin de là : les influences émanant des différentes pistes sont pléthore. Les rythmes garage de « I », additionnés à ces cloches cléricales, nous envoûtent. Le poids de « Glass » en fait un tube instantané dont la binarité perturbante n’a d’égal que sa production, soignée à l’envi.

Avant cela, l’ambiance céleste de « Fly 2 » et les réminiscences IDM de « E.S.P. » nous avaient convaincus, mais c’est l’arrivée du morceau que l’on avait enterré trop tôt qui nous confirme que cet album est grand. « Sweetz » est comme un enfant qui aurait grandi trop vite : mal compris à sa naissance et durant ses premières heures, il gagne en assurance et en profondeur de champ à force d’être écouté. Concrètement, cela se ressent principalement via la basse caverneuse et le vocal sinistre, répété de manière déraisonnable. Plus les écoutes s’opèrent, plus ces éléments prennent un sens, semblant se réfléchir l’un l’autre. Ce prélude sinistre précède une tournure tribale, opérée sans cérémonie, qui nous réjouit.

A peine remis de ce tour de force, un nouveau constat nous frappe. L’arrivée de « Her » n’est pas anodine. Ce morceau, atmosphérique au possible, met en exergue la justesse du tracklisting d’Ultra. Zomby s’amuse de ce que certains aiment appeler la frustration ; nous lui préférons les termes de plaisir désabusé. Ce même plaisir qu’incarne parfaitement la collaboration entre Darkstar et Zomby, qui fait directement suite à « Her ». Alors que le diptyque « Freeze/Yeti » nous ramène sur des terrains plus familiers et que la jungle lo-fi de « S.D.Y.F.» nous enchante, l’outro cristalline qu’est « Thaw » nous achève et appelle un constat qui nous réjouit. Cette chronique témoigne de la nécessité de mettre en lumière chaque page de ce chapitre Ultra, à l’image de ce que Zomby nous propose dans ce disque aux suggestions substantielles multiples.

Tracklist :

01. Reflection
02. Burst
03. Fly 2 feat. Banshee
04. E.S.P.
05. I
06. Glass
07. Sweetz feat. Burial
08. Her
09. Quandary feat. Darkstar
10. Freeze
11. Yeti
12. S.D.Y.F. feat. Rezzett
13. Thaw
14. Tenkyuu (Digital Only)

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