Ancestral Voices – Navagraha

Future clé de voûte de la musicothérapie à grande échelle, Navagraha est un album-voyage indispensable

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9.5

10

Par Martin Drazel
Publié le 27 mars 2019 | 12:56

Les habitués de nos colonnes auront forcément déjà lu quelques lignes relatant les aventures d’Ancestral Voices. Auparavant Indigo, mais aussi membre du duo Akkord avec Synkro, Liam Blackburn est un passionné. Chacun de ses alias possède sa volonté conceptuelle propre. Là où Indigo lui servait de zone d’expérimentation en drum & bass, Akkord fut un laboratoire sonore à ciel ouvert, permettant aux compères des lives bass / breakbeat qui auront fait couler beaucoup d’encre. Ancestral Voices est son entité intrinsèque, personnelle, intime. Suite à une révélation chamanique, Liam s’est mis à fouiller des concepts musicaux pour en soutirer l’essence. Cette impulsion a donné vie à deux albums magistraux : Night of Visions et Divinationsortis chez Horo ; sans compter une série d’EPs et autres remixs, toujours dans ce champ ritualistique qui caractérise son travail. Le troisième opus de cet alchimiste du son, intitulé Navaraha, est une ode à la méditation.

 

Tout d’abord, il serait pertinent de se pencher sur l’idée à l’origine de Navagraha. Lors d’un échange avec nos collègues anglais Hyponik, Liam explique que la lecture d’un essai de 1978, The Cosmic Octave par Hans Cousto, lui a ouvert un champ d’étude particulier : celui qui calcule via une équation la juxtaposition de fréquences avec un BPM précis pour permettre au son de vibrer dans un espace fréquentiel délimité, qu’ainsi des ondes astronomiques deviennent audibles. Puis Ancestral Voices y a inséré son amour des sciences ésotériques pour narrer via dix morceaux son Navagraha, qui est donc l’astrologie et l’influence des planètes du système solaire selon les Sanskrits, avec comme point de départ le Soleil.
Ce qui impressionne avec Blackburn c’est que, partant d’une idée qu’il décrit lui-même vouloir arpenter « for fun », l’artiste en génère une réelle obsession, pour un rendu musical d’une très haute qualité. Dès les premières notes de « Surya » (le Soleil), on perçoit que la mise en pratique de toutes ces théories ne tient pas d’une jolie vitrine cherchant à attirer les regards, mais d’un cheminement intérieur que l’artiste souhaite nous partager. Toute personne ayant un minimum de sensibilité magnétique devrait instantanément ressentir ces oscillations internes. Il n’y a pas non plus besoin d’être pratiquant car les ondes développées par l’album interférent effectivement sur l’auditeur, de manière physique et psychique. Une écoute au calme total, dans un silence religieux et en semi-médiation est pleinement conseillée.

La suite du voyage est un déploiement de chakras. La rotation sonique de Mercure, « Budh », génère une embrasure au niveau du troisième œil. C’est à se demander si, comme il en émet le doute lors de son interview, Liam n’aurait pas descellé une équation sacrée, permettant d’entrer en résonance avec n’importe qui, débloquant ainsi des barrières millénaires. L’écoute attentive de sa musique ouvre à des perceptions normalement accessibles qu’à certains sorciers de l’ancien monde. Pourtant il n’oublie pas de rythmer ses créations, à l’instar de ces éléments cachés que l’on perçoit dans « Budh », « Mangal » (Mars), « Shani » (Saturne), omniprésents sur « Brihaspati » (Jupiter). « Shukr » renoue avec cette oscillation entre ombre et lumière, leitmotiv d’Ancestral Voices, qu’il rend plutôt joyeux lorsqu’il sculpte la révolution de Vénus autour du Soleil. C’est aussi un bel exemple de l’algorithme utilisé pour créer l’album : on y ressent parfaitement ce que produit l’accumulation et la déformation progressive de cette ligne rythmique étrange.
Puis intervient la Terre. « Prithvi » est à la fois l’écho spatial de la planète-mère mais aussi le ohm (136.10 Hz = C# / BPM : 63,8 – 127,6) que les prêtres hindous ont touché lors de séances éternelles (qui fut d’ailleurs mis sous scellé). Ce titre détient une force évocatrice unique. La nappe souterraine qui lance le recueillement de l’auditeur n’arrêtera son expansion qu’une fois ce dernier libéré des poids du passé. Lorsque l’on vous affirme que Liam Blackburn a créée une musique aux effets encore inconnus, ce n’est pas un effet de style, c’est factuel. Notre voisine rouge n’est pas en reste grâce à l’envoûtant « Mangal », jumelant un rythme discret puis de plus en plus enivrant avec des nappes à la fois inquiétantes et relaxantes, encore cet équilibre des forces que l’artiste maîtrise totalement.

« Brihaspati » est une admirable allégorie de Jupiter : cette énorme masse magnétique qui attire tout à elle, imposant son rythme aux éléments stellaires croisant son chemin. La ligne rythmique étouffée qui structure ce titre composé à 86,05 / 172,1BPM n’en finit pas d’évoluer tout le long des presque sept minutes du morceau (plutôt court comparé aux autres). Ancestral Voices démontre à nouveau son impressionnante capacité à créer de la musique quasi cinématographique, comprenant à la fois images et sensations, balançant le tout pour un résultat incomparable. Cette proximité d’astres imposants se retrouve sur « Shani », où la rotation des anneaux s’image par une boucle rythmique oscillant entre éclaircissements et assourdissements, boucle marquée par d’énormes impacts d’une basse cosmique. Le travail sur le corps reste omniprésent, les vibrations de Saturne seront ressenties au niveau du ventre et du bassin.
La prochaine étape du voyage est le distant triplé qui clôt le système solaire. Premier arrêt sur « Arun » (Uranus), aux notes lointaines et apaisantes. L’énergie se diffuse plus librement, délaissant les points d’ancrage pour s’envoler vers d’autres dimensions. Une sensation de sérénité transcendante imprègne l’audience et la transpose ailleurs, soutenue par un kick léger qui régule les soubresauts respiratoires et autres pics d’intensité du titre. « Varun » (Neptune) en est l’extension logique. Les Sanskrits, comme les Européens, associent les deux planètes dans un même mouvement astrologique, leurs influences étant jumelées. De fait Liam garde les sonorités de « Arun » et les transforme sur « Varun », diffusant à loisir l’aspect mystique qu’a pu avoir la planète bleue dans l’imaginaire collectif, lui accordant une symphonie lyrique bien à elle. Enfin « Yam » (Pluton) conclut cette exploration métaphysique avec une mélodie étendue, de longues notes d’un piano céleste se perdant aux limites de notre système, déposant le passager aux portes de nouveaux univers, à la croisée des routes.

 

Ne vous trompez pas sur l’importance qu’à Navagraha au sein de notre époque trouble.
Cet album salutaire prône l’émancipation des connaissances concrètes. C’est une invitation à l’excursion interne, à la transposition de soi, la découverte d’autres mondes, vibrations, émotions, psychés. Les dix titres qui composent cette épopée cosmique sont à la fois pièces uniques et structure d’un tout, illustration magistrale d’une vision composée d’astrologie hindou et de mathématiques sonores. Navagraha détient à la fois l’accomplissement d’Ancestral Voices et la clé des portes de la perception. Cette oeuvre a fonction de pivot vers un développement de la musicothérapie à grande échelle.
Alors pourquoi ne pas accepter et embrasser cette médecine millénaire ?

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