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Blocks & Escher – Something Blue

Avec Something Blue, Blocks & Escher signent sur le label de Goldie une oeuvre intemporelle.

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9.0

10

Par Martin Drazel
Publié le 11 avril 2018 | 11:31

Metalheadz l’incontournable, au centre des discussions, pourtant inégal, mais toujours en mouvement.
On pourra attribuer au label de Goldie tous les noms d’oiseaux, il n’empêche que son empreinte continue éperdument de se réinventer, se renouveler, tout en conservant une charte musicale des plus stricte. Il est tout à fait sensé d’y retrouver Blocks & Escher, deux esprits novateurs ayant déjà largement prouvé leur indépendance avec ces sorties toujours plus expérimentales sur leur maison-mère : Narratives Music. Le premier maxi que le duo avait sorti chez Metalheadz nous avait déjà assez scotchés à nos sièges, mais lorsqu’il s’agit de créer leur tout premier album, les deux compères signent un véritable monument de la jungle moderne.

A peine diffusé que Something Blue a déjà des répercussions immenses auprès de la communauté jungle.
Et il y a de quoi ! Introduit sans sommation par un « Virgil » des plus solides, l’album déroule sa recette dès les premières notes. Ici l’important réside dans le retour à l’harmonie, l’inspiration au-delà de la technicité. Something Blue se veut résolument musical, voire jazzy. Blocks & Escher ont souvent revendiqué leur amour pour les premiers jours de la jungle, notamment les mythiques soirées au Blue Note Club (le titre de l’album en est une référence directe). Cette passion pour les racines du mouvement transpire dans tout l’album, traversé systématiquement par des envolées lyriques, à l’image de « One Touch ». Mais le tour de force se situe dans cette cohésion immuable entre rythmes et mélodies. Cette science de la construction rythmique qu’a peaufiné le duo au fil des ans a atteint un point plus que culminant. Elle est d’autant plus plaisante lorsqu’elle évolue en harmonie avec des éléments à la fois spatiaux et transcendants, tel « Breaking the Waves ».

Progressivement, Something Blue délaisse le ciel pour s’enfoncer dans l’océan. « Gulls » sert de plage nocturne, lorsque le crépuscule assombrit l’horizon, que la balade s’immobilise pour profiter d’un instant de méditation quelque peu instable. « Haunt », petit interlude de trente secondes, annonce l’intensité qui va suivre, cette partie plus nerveuse de l’album que l’on ressent dès l’intro de « Witch Hunt ». Toujours suspendus à des nappes stratosphériques, nous sommes pourtant plus inquiets, le rythme devenant plus intense, plus dérangé. Une telle maîtrise de l’infime nécessite connaissance et adresse, accordons donc crédit au duo lorsqu’il annonce avoir tout donné pour ce premier album. L’océan, perdu en son sein, d’un bleu sombre, voilà ce que raconte « Sea » dont la délicieuse voix de Jennifer Hall guide notre traversée. Blocks & Escher démontrent à nouveau leur habileté lorsqu’il s’agit de construction rythmique, tant la structure de « Sea » se centralise autour d’un jeu de caisses-claires acéré, presque frénétique. Ainsi, le tandem déroule ses aptitudes : aussi à l’aise dans la création d’univers que dans l’imbroglio métrique, rien ne leur résiste. « Your Ghost » en est un exemple parfait, vu qu’il jumelle les deux compétences en un seul et même titre.

La remontée à la surface ne se fera pas sans croiser en chemin d’énormes et étranges créatures. Cette baleine verte et translucide qu’est « Emerald » renoue avec les premières productions des acolytes sur leur label, rappelant l’immanquable « Sagan« , en plus rêveur. Une fois libéré des courants maritimes, nous pouvons regagner le zénith grâce à l’envolée de « Wings », sûrement un des titres les plus saisissants de cette oeuvre phénoménale. On y perçoit à nouveau cet équilibre impeccable entre rythmes et mélodies, créant un vortex où l’un a autant d’importance que l’autre. L’opus se referme avec l’évocateur « Something Borrowed, Something Blue », dont le titre pourrait résumer à lui seul l’album entier. Emprunter à l’âge d’or pour en soutirer du bleu, du sonique, de l’extraordinaire. Ce fut le premier titre à être diffusé par Metalheadz, et il a de suite été joué par les acteurs centraux de la jungle actuelle (entre autres Mantra et Loxy).

La versatilité du label de Goldie n’est décidément plus à prouver. Autant capable de sortir d’énormes tubes que de véritables concepts, Metalheadz s’affirme avec Something Blue comme la colonne principale qui soutient tout l’édifice. Cet album a réussi le coup de maître d’être autant nostalgique que moderne, aussi impeccable techniquement que musicalement transcendant. Il est une réponse cinglante à tout critique qui considérerait la drum & bass et la jungle dépassés, incapable de percevoir combien ces courants survivent à tous les assauts extérieurs depuis les années 90 et qu’ils ne sont pas prêts de s’arrêter de sitôt. Mesdames et messieurs les junglists et mélomanes de tous bords, ne manquez surtout pas cette oeuvre intemporelle.

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