Partager

0
0
A+ A-

On discute avec In Aeternam Vale de sa dernière sortie sur DEMENT3D

Nous avons discuté avec In Aeternam Vale de son dernier EP sorti sur DEMENT3D, de son parcours et de ses envies.

0013330952_10
Par Antonin Bohl
Publié le 4 septembre 2018 | 11:37

Funkytown est un EP particulièrement important dans la discographie de In Aeternam Vale. Réunissant sur un même disque trois morceaux enregistrés entre 1989 et 2000, les tracks ont été sauvées des archives d’un de ces géants méconnus de la musique électronique française. Grand gourou du live et des machines, on ressent dans ces titres, et plus particulièrement sur le morceau éponyme qu’est « Funkytown », la puissance intuitive de l’artiste, pratiquant une techno hors des codes et du temps. Nous avons pu nous entretenir avec Laurent Prot, de son vrai nom, pour retracer son parcours, ses envies et son investissement dans le paysage musical de la musique électronique.


35 années de navigation musicale, il faut du temps pour digérer cela. Avec le recul, qu’est ce qui est resté ? Quelle ligne directrice as-tu toujours suivie ?

Disons que la ligne directrice, si tant est qu’il y en ait eu une, c’est que la musique est un moyen d’expression libératoire pour moi. Avant de me mettre à faire de la musique, la vie que l’on me proposait en tant qu’adolescent n’était pas bien exaltante : étudier, travailler, se conformer à certains codes, ceux de mes parents en l’occurrence. Tout cela laissait peu de place à l’expression… D’autres auraient choisi l’écriture ou la peinture mais personnellement la musique m’a permis de libérer cette émotion, quelque peu bridée dans mon milieu familial.

Quelle a d’ailleurs été ta première approche à la musique ? Cela n’était pas forcément une pratique familiale visiblement…

Du tout, mes parents ne faisaient pas de musique, mon frère était beaucoup plus jeune que moi, c’était donc à la base quelque chose que je pratiquais dans un groupe de punk rock dans les années 77. On a débuté comme ça, j’étais à l’époque relativement peu social mais j’avais cette envie de faire de la musique et de jouer la musique dont je rêvais, celle par exemple de Kraftwerk – Radioactivity. L’offre radio était très limitée mais de temps en temps des ovnis sonores étaient diffusés. Ce sont ces ovnis, entre Kraftwerk ou The Flying Lizards, qui m’ont donné envie de créer.

On peut lire dans certaines interviews des pionniers de Detroit qu’ils tentaient de reproduire les sons de Kraftwerk à la guitare à leurs débuts, tu t’intéressais déjà aux machines à cette époque ?

J’étais très jeune, je devais avoir 10 ans, ensuite quand l’envie de jouer m’est venue je n’avais aucune idée de comment la musique était faite. Cependant je fantasmais sur les premiers ordinateurs qui débarquaient et je rêvais déjà de cette computer music. J’imaginais des machines énormes avec claviers, bande magnétique, etc.

Quand j’ai commencé à jouer plus tard, j’ai pris une guitare, un ampli, une pédale de distortion et voilà ! Je jouais fort et vite.

Comment qualifies-tu ton rapport aux influences : es-tu plutôt une éponge ou pioches-tu consciemment ?

Je peux me laisser facilement imprégner, parfois trop facilement, mais je ne suis pas particulièrement à la recherche d’influences. Les disques que j’écoute sont arrivés à moi par hasard, je n’étais pas très bon pour choisir des disques quand j’étais devant les bacs. Il n’y avait pas forcément moyen de les écouter avant d’acheter, les choix se faisaient souvent à partir de la pochette du disque, ce qui résulte aussi à l’achat de belles merdes. Aujourd’hui avec ces disquaires à taille plus humaine, on a peut être moins de difficulté à choisir. Ça peut sembler bête mais à mon époque on achetait nos vinyles chez Carrefour.

Aujourd’hui, la plupart des producteurs sont DJ et inversement. As-tu déjà tenté l’expérience du DJ set ? C’est quelque chose qui t’intéresse ? 

À la base je ne suis pas dj, je sais composer de la musique et éventuellement la rejouer en live. Maintenant assembler des morceaux d’autres producteurs dans un dj set je trouve ça d’un ennui total. Ça ne m’amuse pas particulièrement de jouer du filtre. En tout cas je ne sais pas faire et j’ai peur de m’ennuyer. Certaines personnes sont douées pour ça, mais personnellement je ne suis pas à l’aise lorsque je joue la musique des autres. Il ne faut pas non plus se leurrer, cela permet aussi pour certains de voyager léger et de se vendre moins cher, ça reste un business. De mon côté j’ai un boulot à l’extérieur qui me suffit donc je m’en tape un peu, la musique est une liberté fondamentale, et j’ai la chance de pouvoir la faire résonner chez les autres avec mes lives. Chaque représentation nécessite bien évidemment de la préparation et de l’engagement. J’ai également assez de morceaux en réserve pour m’adapter à mon public, même en étant en live, ce qui n’est pas donné à tous.

Au-delà de la musique, qu’est ce qui t’inspire pour créer ? Tu as d’autres hobbies ?

À part la musique je ne crée pas grand chose, j’ai ma vie de famille. Honnêtement j’aime bien la cuisine mais je n’ai pas d’autre passion notable. Je suis un contemplatif, je m’imprègne de la vie qui m’entoure, parfois j’en ris, parfois je m’en désole. La contemplation est mon hobbie. Regarder un paysage ou une foule sans agir, c’est passionnant.

La musique est un exercice qui selon moi nécessite ce recul dans la contemplation. Notamment pour observer la maturation d’une oeuvre.

C’est effectivement le cas de l’album que l’on a sorti avec DEMENT3D. Ce sont des morceaux dont je n’arrive pas à me défaire depuis plus de 20 ans. Ce sont des morceaux que j’ai réécoutés chez moi, en voiture, que j’ai rejoués en live. Ils fonctionnent sur moi et sont restés avec le temps. Ces trois-là sont particuliers et ils méritent leur place ensemble sur un disque. Le recul permet avec le temps d’éliminer les morceaux qui ont moins d’intérêt.

Et c’est la grosse qualité de cette sortie selon nous, ces morceaux semblent hors du temps, on reconnaît une vraie composition musicale et pas un simple arrangement.

C’est vrai que ce n’en est pas et je suis content que ça plaise. Ça m’a permis aussi de réactiver ces anciennes collaborations, dont Philippe Tona avec qui je faisais de la musique dans les années 90 et avec lequel on recommence à jouer ensemble. « Subway Battle » est une composition à lui, que j’ai bossé pour le live.

… Aujourd’hui, quelle est ton approche de la production, tu es plus solitaire ou tu aimes collaborer ?

Je collabore beaucoup c’est vrai et c’est quelque chose que j’apprécie.

Qu’est ce qui t’excite dans la musique actuellement ?

J’aime bien Samuel Kerridge qui ne se contente pas de jouer de la techno “téléphonée”. J’aime sa façon de produire des sons très hétérogènes. Au delà de ça, spontanément, je n’ai pas de noms en tête. Je retiens peu les noms au final.

Peux-tu nous parler un peu de ta relation avec DEMENT3D ?

J’ai rencontré Julien en 2013. Il était venu me voir en concert alors que j’avais repris depuis peu. Ça s’est fait petit à petit, j’ai rencontré François X et mon agent. Au départ Julien m’a demandé un remix de Ligovskoï que j’ai fait. Il a ensuite voulu sortir des morceaux à moi, ce qui a résulté en la sortie du triple album (Pink Flamingo), sur lequel je suis très peu intervenu dans la sélection. Pour cette dernière sortie, c’est moi qui ai poussé pour sortir ces morceaux.

Tu as encore des objectifs, des rêves inaccomplis, des projets qui sommeillent ?

Des projets j’en ai beaucoup mais j’ai tendance à les laisser mûrir d’eux même. Je ne cherche pas nécessairement à provoquer les contacts avec les gens que j’admire.

 

Un grand merci à Laurent qui a répondu avec simplicité et bonne humeur à nos questions.

Sorry, but this interview is not available in English.

Vous aimerez surement


Fatal error: Uncaught Exception: 12: REST API is deprecated for versions v2.1 and higher (12) thrown in /home/seeksick/www/wp-content/plugins/seo-facebook-comments/facebook/base_facebook.php on line 1273