Interview : Bigseuf et 1H9!N pour Le French Work

Les deux fondateurs de Le French Work, Bigseuf et 1H!9N, ont accepté de dévoiler certains de leur secrets. Quand les pères du 160 français font la paire.

48411049_2325312577696652_2008068111923675136_o
Par Marco Kabbale
Publié le 3 juin 2020 | 14:38

Le footwork. Vous savez, cette musique un peu bizarre, qui d’ailleurs n’en est pas pour beaucoup mais qui constitue une vraie révolution musicale pour ses adeptes. Pascal et Laurent, alias Bigseuf et 1H9!N, font partie de ses derniers et en sont vite devenus deux de ses ambassadeurs en France. A la fois djs, à la fois producteurs et radio hosts sur RINSE France, parfois organisateurs, ils sont aussi derrière le label/collectif Le French Work qui joue un rôle fédérateur de la scène footwork française puisque regroupant la majorité des artistes nationaux du genre. Si cela reste pourtant un style de niche, nos deux acolytes n’en sont pas moins responsables de l’essor tout comme de la notoriété grandissante du footwork « fabriqué en France ». Vous l’aurez compris, ils occupent donc des rôles qui donnent envie de les asséner de questions auxquelles ils ont eu l’obligeance de nous répondre.

 

Tout d’abord, pourriez-vous chacun vous présenter un peu plus ?

Pascal : Pascal « Bigseuf » : un dingue de musique, hiphop, électronique. Un groupe composé de potes à l’adolescence, en parallèle un frangin qui chope un Atari et un tracker dont j’ai oublié le nom. Voilà comment ça commence. Mais toujours comme un hobby. Un taff à côté.

Laurent : Mon blase pour le footwork, c’est 1H9!N (« night ») mais je fais partie de plusieurs autres projets electro, jungle, métal ou encore trip hop. J’ai toujours aimé la musique et j’adore en faire. Du coup, c’était plus facile de faire ça dans la vie … tous les jours, toute la journée.

 

Afin de commencer par le début, quelle a été votre première rencontre avec le footwork ?

Laurent : J’avais déjà écouté du booty ou de la ghetto house mais quand j’ai entendu l’album d’Africa HiTech (93 Million Miles sur Warp records), j’ai vraiment commencé à me poser de sérieuses questions. Et puis il y a eu Phillip D Kick (alias Om Unit) qui remixait tous ces morceaux de jungle que je connaissais par coeur mais qui n’intéressaient plus personne depuis des années. J’ai commencé à remonter le fil, découvrir DJ Rashad et la boucle était bouclée : des mecs à Chicago avaient réussi à réunir tout ce que j’aime musicalement !

Pascal : Je suis passé complètement à côté d’Africa Hitech et pourtant je suivais Warp comme mon ombre. De mon côté, la première rencontre a été la compilation Bangs & Works vol 2 (sur Planet Mu) mais sans être une révélation. La révolution viendra avec le premier EP de DJ Rashad sur Hyperdub, Rollin.

Laurent : Oui, Mike Paradinas (µ-ziq, boss de Planet Mu) a encore réussi à tourner un peu les projecteurs sur les forces vives de la musique électronique, loin d’Ibiza et du bouton « sync ».

Pascal : J’aime bien Ibiza.

 

Comment présenteriez-vous ou définiriez-vous le footwork à un néophite ?

Pascal : Une musique frénétique, beaucoup de basse. Une caisse claire qui claque comme un AK47 et surtout une danse qui donne des sueurs froides quand tu vois la rapidité d’exécution.

Laurent : Polyrythmie ! C’est une musique très rapide où tout est rythme. C’est pour danser, se dépasser, tout donner ! Le footwork, c’est la danse. La musique accompagne les danseurs lorsqu’ils s’entrainent chez eux et créent de nouveaux mouvements. Elle les aide à aller plus loin lors des « battles ». C’est pour ça que les rythmes, que ce soit la 808 ou les samples de voix hyper courts, se répondent sans cesse.

 

Style avec une identité « ghetto/gangsta » très forte du fait de son origine à Chicago, le footwork semble pour autant avoir trouvé sa propre forme en France. A l’instar de l’album Balance de Flex Blur que vous avez signé ou encore le projet pluridisciplinaire Deathwidth mené par Nancy Fortune, le son français paraît avoir un caractère plus narratif et mélodique, voire expérimental que celui de ses mentors américains. Comment percevez-vous vous-mêmes la scène française ? Y voyez-vous aussi une approche personnelle du genre ?

Pascal : La scène française a réussi à faire un joli mélange. De mon point de vue, le footwork a réussi à donner une seconde jeunesse à pas mal de beatmakers qui sont passé par la drum & bass et qui était à bout de souffle. Après, la grosse différence entre les USA et chez nous ou même le Japon et nous, c’est la danse. Ici on produit une musique qui s’écouterait tranquillement dans un salon. A Chicago ou Tokyo, c’est juste un support pour danser. Et la différence est énorme.

Laurent : Oui, c’est une différence de contexte : ici, il n’y a presque pas de danseurs – ceux qui en font ont produit d’autres choses avant et y ajoutent leurs influences (techno, jungle, dub, accordéon…) – et les occasions d’en écouter en dehors de chez soi sont rares. Du coup, ça efface certaines contraintes et ça en créé d’autres. L’autre différence majeure, c’est la « french touch » (rires) ! Mais c’est amusant que tu aies pris ces deux exemples car Flex Blur « footwork » en plus de produire et de chanter et Eric Bitoy Jr aka Tempo (un des meilleurs footworkers de Chicago à mon goût) dansait sur la version live de Deathwidth de Nancy Fortune.

Pascal : 1H9!N a raison : tu as cité les deux sorties faites par des danseurs. Il y a peut-être une question de « French Touch » finalement. La culture de la narration ancrée dans notre patrimoine. Je vais loin là…

 

Du coup, qu’est-ce qui vous a motivé ou amené à la création de Le French Work et comment cela s’est-il passé ?

Laurent : La même envie au même moment. J’avais déjà plusieurs expériences de monter des compilations de musique électronique underground alors quand j’ai vu que certains des producteurs que je découvrais étaient français, l’idée a commencé à germer de réunir tout ce monde. En discutant avec Bigseuf, on s’est vite rendu compte qu’on avait la même idée. Et comme il est hyper charismatique, il a réussi à me convaincre que l’idée venait de lui et qu’il fallait que je le suive partout…

Pascal : Je n’y peux rien, ce charisme est naturel. Mais tout a commencé par une rencontre un peu par hasard, sur Soundcloud je crois. Le même humour très fin et l’envie de mettre en avant notre musique par le biais d’une compilation. Mais surtout l’idée qu’on avait vraiment un truc ici et qu’il fallait le mettre plus en avant, le défendre.

Laurent : Et l’appât du gain aussi ?

Pascal : La Hublot ne va pas venir toute seule chez moi avec ses petites jambes.

 

Aujourd’hui, l’équipe semble s’être un peu plus agrandie mais combien êtes-vous concrètement, comment êtes-vous organisés ? Bref, à présent, Le French Work, c’est qui ? C’est quoi ?

Pascal : C’est qui ? Nous, vous, toi, eux. Concrètement on a monté à deux LFW : 1H9!N et moi. Puis Skwig est très vite arrivé dans l’histoire. Je le connaissais d’avant, pour l’avoir croisé dans des soirées dubstep. C’est un putain de DJ. A la sortie de la première compilation, j’ai eu la chance de rencontrer Azamat B, programmateur de RINSE France, et d’obtenir une résidence. Naturellement, Skwig et moi avons animé les premières émissions ensemble. Puis après, ça a été un peu chacun son tour ou celui qui pouvait.

Laurent : Ouais, on peut dire qu’ils forment la branche parisienne de Le French Work … On a aussi eu le renfort de Damat, qui a réalisé les artworks des deux dernières compilations.

Pascal : Le French Work, ça a été très vite deux /trois pôles : Clermont avec 1H9!N, SNKLS, The Imposture et Damat, Brussels avec DJ Bambooh et Dr Kwest qui nous ont accueilli pour fêter la sortie de la première compilation et Paris avec Skwig et moi-même. Par contre, pour te dire ce que c’est… Bonne question, je n’ai pas encore la réponse.

Laurent : Collectif/label/organisateurs d’évènements ??? Avant tout, promoteurs de la culture footwork en France.

Pascal : Le French Work est protéiforme.

 

La compilation Le French Work vol. 5 vient de sortir, suivie de près par Crapy Toubab EP de SNKLS et un EP de Caterva qui est sorti le 20 mai. 2020 : année « Le French Work » ? Y a-t-il d’autres projets dans les tuyaux pour les mois à venir ?

Pascal : Oui 2020 : année LFW. Mais ça s’est fait sans aucun calcul. Un vrai concours de circonstances. Courant juin on devrait sortir mon album. Puis à la rentrée le EP d’un membre issu de la première compilation. 1H9!N devrait aussi nous régaler avec un truc.

Laurent : Oui, au départ un EP mais si je reste enfermé encore longtemps, ça sera un double album…

Pascal : Inchallah ! 1H9!N nous sortira au moins un album, ça serait cool. Voilà comment on fait subtilement passer un message à travers une interview (rires) ! Et pour finir 2020, il devrait y avoir un album de 24 Bites.

Laurent : Les graines plantées depuis quelques années commencent à germer.

Pascal : 1H9!N s’est lancé dans le jardinage durant le confinement apparemment. Quelle belle image.

 

Côté label, même s’il n’y a aucun doute quant à son style, avez-vous des attentes ou des recherches particulières au niveau de la direction artistique, visuelle comme sonore ?

Pascal : Pas d’attente en particulier si ce n’est du bon son.

Laurent : Et les producteurs le savent, ils ont la liberté de faire le meilleur son possible.

Pascal : Après oui, l’envie de rester sur du 160 ou dans les environs. Mais je trouve déjà que la palette s’est élargie depuis le début. Entre le Crapy Toubab EP de SNKLS et Orbeat EP de CATERVA, le spectre est large.

 

Pour l’anecdote, la release party de la première compilation s’est faite au Bonnefooi Brussels. N’aurait-ce pas du plutôt être Le Francophone Work du coup ? Plus sérieusement, que ce soit à la radio, en live streaming ou peut-être même sur scène, avez-vous des dates à venir ?

Laurent : « Francophone Work », ça sonne mais… pas du tout (rires) ! Depuis le premier jour, nos voisins belges (Dr Kwest, DJ Bambooh), suisses (le duo Simpig, Feero) et même européens (Catal, Polish juke ou Iberian Juke) nous ont beaucoup soutenus.

Pascal : Figure-toi que la question s’est tout de même posée. Très vite le côté francophone est ressorti avec la Belgique, la Suisse, Clermont-Ferrand. Mais oui, clairement Le french Work, ça sonne mieux.

Laurent : Ce n’est pas une histoire franco-française, on travaille sur notre terrain : notre territoire géographique (comme organiser une masterclass de Footwork dans une école de Clermont Ferrand par exemple) mais aussi linguistique.

Pascal : Sinon on joue sur Rinse France tous les deuxièmes vendredis du mois. Pas de live streaming mais des mixes qu’on place à droite à gauche. Pour Brussels c’est un peu notre deuxième maison. DJ Bambooh et Dr Kwest ont toujours œuvré pour donner de la voix à LFW et au-delà de ça, c’est une belle rencontre humaine. Ils font partie de la famille.

 

Une recette de cuisine ou un film à conseiller ? Un coup de gueule à passer ? Une dédicace à vos fans ? Une déclaration d’amour à faire ? C’est le mot de la fin et il est à vous !

Pascal : Un grand merci à tous ceux qui nous donne de l’amour !

Laurent : Wahou! Ben pas mieux du coup…

Pascal : Charismatique…

Edit : A la date à laquelle nous publions cette interview et aux vues des derniers événements, nos deux artistes ont souhaité réemployer cette dernière question pour porter d’une voix commune des propos plus engagés. Nous leur redonnons donc la parole.

Parce-que la situation dans laquelle on vit n’est plus supportable. Parce-que les crimes commis aux Etats-Unis ne sont pas qu’un problème états-unien mais global. Parce que Le French Work promeut une culture et une musique issues des africains-américains, il est de notre devoir de s’indigner clairement face aux récents et moins récents événements qui touchent les Etats-Unis mais aussi la France et le monde. On ne peut plus passer sous silence les crimes commis pour une couleur de peau. On ne peut plus ignorer cette saleté répugnante : le racisme. #BlackLivesMatter

Interview only available in french, sorry !

Vous aimerez surement

Leave a comment

Articles populaires

Chargement des articles...
Le chargement des articles a echoué, une nouvelle tentative va être effectuée automatiquement dans 5 secondes.

Back to Top