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Interview : Fabrice Lig

Fabrice Lig, pilier de la techno belge, a bien voulu répondre à notre série de questions. Retour sur 25 ans de carrière musicale.

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Par Marco Kabbale
Publié le 28 mars 2018 | 10:50

A Charleroi, le boss de la musique électronique ne s’appelle pas Charles mais Fabrice Lig. Cet enseignant de profession s’amuse comme un enfant depuis trois décennies à secouer les dancefloors de la planète de sa soul humaniste et de ses beats techno ravageurs. Rien d’étonnant car ce Soul Designer est un maître reconnu par tous ses pairs : présent sur toutes les meilleures scènes, signé sur tous les meilleurs labels, récompensé par les institutions belges. De quoi donner envie de retourner sur les bancs d’école pour prendre une bonne leçon sur l’histoire de la musique électronique. Mais pour une fois, c’est à Fabrice Ligny de se soumettre à notre interro écrite.

Face à un tel parcours artistique, difficile de savoir par où commencer tellement les questions fusent ! Tout d’abord, pour te présenter aux plus jeunes de nos lecteurs, quels sont pour toi les cinq points (événements, rencontres, dates, productions,…) les plus représentatifs ou les plus marquants de ta carrière ?

Ok, en général je suis content que les médias fassent ce boulot pour moi, mais là tu me laisses me débrouiller seul !
Alors, disons que le premier c’est mon remix pour Kevin Saunderson sur son label KMS (E-Dancer : Banjo – Fabrice Lig Remix) : à l’époque aucun « blanc » n’avait été convié à produire sur le label et je n’ai pas compris l’importance que ça avait pour Kevin et Mad Mike (qui s’occupait du label également), mais pour eux c’était vraiment une étape importante dans l’ouverture des labels de Detroit aux artistes étrangers.
Deuxième chose, dans la lignée, le festival de Detroit en 2005 où je me retrouve sur la mainstage au milieu des artistes de Detroit et supporté par l’équipe d’Underground Resistance cachée dans un coin sombre du dancefloor.
Partager la même affiche que Jean-Michel Jarre au Festival de Bourges était assez surréaliste et enrichissant, une superbe rencontre.
Une date très importante : le festival jazz de Montreux, dans la salle Miles Davis… Je n’en reviens toujours pas qu’un autodidacte comme moi ait pu fouler la même scène que les plus grands artistes de Jazz… Preuve également de la grande ouverture d’esprit de ce festival…
Puis mon premier album sur F-Communications (Fabrice Lig Presents Soul Designer : Walking on a Little Cloud ) où je me retrouve sur une structure vraiment professionnelle avec des passionnés qui travaillent pour faire découvrir les artistes en lesquels ils croient.

Tu as signé sur tous les meilleurs labels électroniques de chaque époque : RayGun, Residual, Subject Detroit, Planet E, 7th City, Clone, Playhouse, kanzleramt, F- Communications, Third Ear, R&S, Systematic, Versatile, Classic, KMS, Motech, … Y’a-t-il encore un label sur lequel tu aurais rêvé ou tu rêverais de signer ?

C’est vrai que j’ai signé sur des labels mythiques qui me paraissaient intouchables. Mon rêve était de laisser une petite trace quelque part dans l’une ou l’autre discographie d’importance de cette incroyable aventure qu’est la musique électronique… Des labels comme Planet-E, F-Communications, R&S, 7th City devraient rentrer dans l’histoire de cette musique, surtout et parce que ces labels ont fait une musique intemporelle, hors des modes, et c’est justement ce que j’aime faire. Suivre les règles d’un marché est pour moi une forme de censure, de filtre qui réduit la créativité.
Maintenant, sur quel autre label j’aurais voulu signer ? Je n’ai jamais fait une musique assez innovatrice pour ce label, mais Warp reste une référence ultime de qualité et d’innovation. Et pour être complet dans ma façon d’aborder les choses, j’aurais pu travailler, m’acharner à essayer de faire des choses beaucoup plus innovatrices pour absolument signer chez Warp (et franchement, je ne suis pas sûr que j’y serais arrivé), mais je ne fonctionne pas comme ça, je fais mon truc puis seulement après je réfléchis aux labels avec qui j’aimerais signer… Il y a aussi Underground Resistance, et j’ai failli signer, mais je suis arrivé au mauvais moment, trop tard, la musique c’est souvent une question de timing…

Du coup, à quand ton propre label ?

J’ai mon propre label digital : Lig Music. Pour l’instant je ressors des anciennes productions remasterisées, surtout pour centraliser toute la musique que j’ai pu faire ces 25 dernières années, car c’est vrai que j’ai signé sur beaucoup de labels, mais du coup ma discographie ressemble à un puzzle et ce n’est pas toujours facile de s’y retrouver sauf pour les fans acharnés… Il y aura sans doute des inédits à l’avenir, parfois des remixes. Par exemple mes amis de Hard Ton ont remixé « Thru your Soul », un morceau sorti sur Raygun. J’essaie d’ailleurs de développer mon Bandcamp car je trouve que c’est le lien le plus direct avec ses fans.

On ne compte plus tes collaborations et remixes : laquelle ou lequel t’a le/la plus marqué et pourquoi ?

Mes collaborations avec Titonton (Duvanté) ont toujours donné de super résultats, on est vraiment sur la même longueur d’onde niveau musique et l’âme qu’elle doit dégager. J’aime beaucoup aussi le genre de collaboration spontanée comme avec KinK, où il vient chez moi avant un gig, il voit le studio et le passionné qu’il est (tout comme moi) ne peut s’empêcher d’allumer les machines et de s’amuser, et comme ça est né « Charleroi DC ». Puis il y a Ken Ishii, mon frère nippon, quelqu’un que j’apprécie tellement pour toutes ses qualités humaines et musicales. Pour moi, la musique c’est d’abord l’humain, les personnes.

On se souvient tous de Laurent Garnier remportant un Victoire de la Musique pour son album 30. Tu as remporté il y a un peu moins d’un an un Octave de la Musique, l’équivalent belge de nos Victoires, ton premier prix semble-t-il. La classe, non ? Content d’obtenir ce type de récompense institutionnelle ?

Oui car, comme Laurent lors des Victoires, c’est toute une frange de la musique électronique qui est récompensée à travers moi, une musique hors des normes et pas commerciale. Après, un artiste qui dirait ne pas accorder de l’importance à un prix serait, à mon sens, un peu malhonnête. Comme l’enfant qui est heureux qu’on lui dise qu’il a fait un beau dessin. Quand des gens te félicitent pour ta musique, tu ne peux qu’être heureux. Après, je ne cours pas après les prix, ce n’est pas un but en soi. Je suis tout autant voire plus heureux quand, par exemple, un fan m’envoie un message pour me dire qu’il a des souvenirs personnels attachés à une de mes musiques, que ma musique l’a touché… Ça, c’est toujours quelque chose de spécial.

Toi qui en fais partie depuis plusieurs décennies à présent, comment perçois-tu la scène belge aujourd’hui ?

Tout change, il faut l’accepter, la scène est moins excitante et dynamique qu’avant, tout en restant honorable ; je ne veux pas noircir le tableau. Mais la musique électronique s’est déplacée vers les festivals, et de moins en moins dans les clubs. Je trouve ça dommage mais bon, je ne suis pas passéiste, même si je peux avoir des petits moments de nostalgie parfois. Je regrette surtout que tout le monde n’ait pas connu l’excitation des débuts de la scène electro comme j’ai pu la vivre.
Après, on a de bons artistes et festivals en Belgique, c’est quand même le signe que la scène se porte bien en général.

On a l’habitude de te voir dans tous les festivals estivaux à ne pas rater (Sonar, Dour, Glastonbury, Montreux Jazz Festival, etc). Cet été, où faudra-t-il être pour te voir ?

Pour l’instant j’ai confirmé à Tomorrowland, sur la scène « We Play House », ce qui présage déjà une super soirée avec mes amis du label. En juin, je joue au festival Legacy ici en Belgique, plus axé rétro, mais retrouver Ken Ishii, Emmanuel Top, Secret Cinema, tous ces vieux potes, c’est toujours un plaisir.

Producteur, certes, mais aussi Dj et live-performer. Justement, côté scène, as-tu une préférence entre ces deux pratiques ?

J’aime les deux car le DJing, c’est partager la musique d’autres artistes que l’on aime. En live, on partage sa propre musique avec les gens, on improvise, on joue, on se sent comme un enfant, donc c’est toujours un moment particulier. Mais je dirais que pour moi, du moment que je partage avec les gens, je suis heureux.

Tu programmes les FlashForward parties au Rockerill ? Peux-tu nous en dire plus sur le concept de ces soirées ?

C’est simple : on fait venir les gens qu’on aime, souvent que l’on connaît (mais pas forcément). Comme Agoria, DJ Bone, Michael Mayer récemment. Et vu qu’on se connaît ou que l’on s’apprécie et ajouté à cela l’accueil tellement incroyable, bienveillant et dynamique du public de Charleroi, cela donne un résultat toujours particulier et fort. On essaie de faire des soirées avec de l’âme, les gens le sentent et c’est ce qu’ils apprécient. Les artistes adorent, certains sont carrément devenus des amis du club, comme Ken Ishii ou Etienne De Crecy qui maintenant ont de vrais amis dans la famille Rockerill et dans le public et ça, ça nous fait énormément plaisir, c’est notre réussite… L’humain encore une fois.

En conclusion, c’est l’instant promo : tes prochaines dates ? Tes prochaines sorties ?

Régulièrement au Rockerill bien sûr. En juin au Rex pour une soirée « The Sound of Belgium », et peut-être quelques dates dans le cadre du retour du label « Residual » de Titonton.
Niveau sorties, je travaille actuellement sur un album pour Elypsia, un label belge mythique des années 90. Un premier EP bientôt avec un remix de DJ FUNK.
Heiko Laux sort des remixes de mon morceau « Black Stone » sur Kanzleramt, et ses remixes sont superbes.
Mon morceau plus housy, « Border 2 Border », va ressortir en vinyle sur We Play House.
Sans doute des remixes en préparation sur Planet-E.
Des sorties sur mon label Lig Music également et régulièrement.

Sorry, but this interview isn’t available in English.

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