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Interview : Kmi (Direct Bass Transit)

A l’approche de la deuxième Direct Bass Transit, interview avec Kmi autour du projet, de son futur et de l’expérience que représentait la première édition.

croustibass
Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 20 décembre 2016 | 10:02

Après des années passées à écumer les clubs de la capitale, en tant qu’organisateurs, que DJs ou que MCs, les membres du collectif Croustibass annonçaient il y a deux mois le lancement d’un nouveau projet, Direct Bass Transit. Evénement géré à 100% par le collectif, Direct Bass Transit réunissait le 5 novembre dernier, dans un hangar à Romainville, des DJs de quelques uns des meilleurs collectifs de la scène bass française, de Bass Paradize à Exploration en passant par One More Tune,  Digital Squad ou Forever Dnb. A l’approche de la deuxième édition, prévue pour le 7 janvier prochain, où l’on retrouvera entre autres Georges Kiosk, DK, Sicaa, mais aussi notre cher Drazel, nous avons interrogé Kmi, tête de Croustibass et de Direct Bass Transit aux côtés de Trimaps, mais aussi DJ et MC, sur le projet et son avenir, et sur l’expérience inédite que représentait cette première édition. De quoi se replonger dans l’atmosphère Direct Bass Transit avant de la retrouver pleinement le 7 janvier prochain !

 


Vous organisez des événements en club sur Paris avec Croustibass et Get Tropical depuis des années. Pourquoi avez-vous choisi de vous lancer avec la Direct Bass Transit dans quelque chose de complètement différent, qui sort justement des clubs, et pourquoi à ce moment là ?

En organisant dans les clubs pendant des années, nous avions l’impression de ne pas évoluer, et d’être surtout bridés. Des deals où il est difficile de ne pas se mettre dedans, des prix aux bars trop élevés, des sound systems souvent rincés, des équipes de sécurité zélées, des demandes des programmateurs de plateaux big mais sans nous en donner la possibilité financièrement, l’impression d’être des Ovnis Musicaux à leurs yeux, alors qu’en bass comme en tropical, on a l’impression de jouer des choses plutôt accessibles. Après avoir tenu 2 résidences simultanées pendant la dernière année (Croustibass & Get Tropical), et n’avoir pas été reconduits bien qu’on ait pu faire des jolis scores selon nous (drainer plus de 400 personnes pour nous c’est compliqué), on était premièrement un peu dépités, et puis on s’est dit qu’on en avait marre de mettre autant d’énergie pour se retrouver face à toutes les choses que je citais au début. Pourtant l’énergie et la symbiose du collectif était au top, et on n’avait pas du tout envie d’arrêter.
Trimaps, avec qui je co-préside l’asso, a suggéré l’idée de trouver un lieu libre et de monter une teuf de A à Z, à taille humaine. Une grande partie de l’équipe, moi y compris, était tout d’abord frileuse à l’idée, vu le taf que ça représentait, et la difficulté au sein de l’équipe de se motiver rien que pour aller flyer ou afficher. Si ça c’était compliqué, alors monter une teuf au complet, on n’était pas sorti !
Mais il a su nous convaincre : ayant pas mal fréquenté le milieu de la free à ses débuts, et étant road dans la vie, il avait les solutions techniques dans la tête. Moi régisseuse à la ville, j’avais la logistique. On avait un peu de tréso, du temps devant nous, une grosse équipe, et l’envie de voir ce qu’on était capable de faire tous ensemble. On s’est jeté.

La scène « UK » (au sens large) se porte plutôt bien à Paris et en France en ce moment, avec des nouveaux collectifs qui émergent, des soirées et des line-ups qu’on n’aurait pas forcément imaginé voir ici il y a quelques années. Est-ce que c’est quelque chose qui a joué dans votre envie de vous lancer dans Direct Bass Transit, en fédérant justement les collectifs au-delà des styles différents ?

Tout à fait. Parfois en tant qu’orga, tu traverses de grands moments de solitude où tu as envie de rendre les gants, par rapport à l’attitude des clubs, ou parfois au manque d’audience et d’intérêt du public pour les styles qu’on pousse. Voir des jeunes collectifs qui se forment autour de ces styles de niche se passionner à fond comme ça, et aussi les anciens qui lâchent pas l’affaire comme nous, ça fait super plaisir, et ça donne envie de continuer.
On avait envie de partager ça avec eux et leur public.

Comment est-ce que tu perçois, plus généralement, cette montée des collectifs bass music et des soundsystems en France depuis quelques années ?

Je me dis : ENFIN ! La bass music existe depuis très longtemps outre-Manche, mais elle est boudée en France et condamnée au silence médiatique (radios nationales) depuis toujours. C’est bien que malgré ça la scène perdure, voire que ça prenne de l’ampleur (bien que ca soit pas Byzance non plus), alors qu’on annonce chaque année la mort d’un style bass… On dirait que les gens en ont marre de se faire dicter quoi écouter et comment l’écouter, alors ils prennent les choses en main et le font eux-mêmes.

La première Direct Bass Transit était présentée comme un « laissez-passer hors des clubs ». J’imagine que le fait d’organiser cet événement dans un autre contexte vous a donné beaucoup plus de liberté au niveau de l’organisation ; en tant que DJ, est-ce que ça a aussi changé la façon de faire les choses ? Est-ce que tu sentais une atmosphère différente par rapport à une soirée classique ?

On avait effectivement plus de liberté, mais c’était aussi flippant. Et puis on y avait investi toute notre tréso, alors au final, comme dans les clubs, il fallait qu’on fasse un certain nombre d’entrées pour ne pas se mettre dedans. Comme c’était un nouveau lieu et un nouveau format, on ne savait pas du tout si les gens allaient être réceptifs. On pouvait à tout moment faire 20 entrées comme 500 : plutôt très flippant.
Ca nous a forcé à beaucoup se parler, réfléchir, planifier, pour être au moins sur qu’au niveau de la mise en place, on avait fait le maximum. Pour les DJs, on voulait que les mixeurs soient à l’aise : on a fait réviser 3 paires de MK2 et avons placé 2 setups complets platines + mixette côte à côte, pour qu’il n’y ai pas de galères de branchements. C’était hyper fluide, et un bonheur de mixer. Les MK2 révisées, c’est comme les CDJS 2000, ca bouge pas !
Au final, tous les membres de l’asso se sont donnés à 200 %, chacun a pris son poste très à cœur. On a aussi fait appel à des potes hors asso qui ont fait des heures de montage à l’œil, c’est très touchant.
On s’est beaucoup investi pour offrir quelque chose de différent, et les gens l’ont tout de suite ressenti. La vibe qui régnait dans le lieu était dingue, le bonheur était palpable, quelqu’un venait nous dire que c’était mortel toutes les 2 secondes, c’était la première fois qu’on était si heureux de ce qu’on avait fait.
Je pense que les gens ont vraiment kiffé se sentir libre sans être non plus en free, ils se sont sentis choyés. Un sound system super bien réglé, des sets très qualitatifs, possibilité de picoler sans se ruiner, de fumer sans se faire jeter, de pas se faire sortir malement en fin de soirée (la fin était annoncée à 8H, on a finalement coupé le son à 10H), ça fait du bien.
On a aussi mélangé la Bass et la Tropical dans le lineup, en se demandant comment les gens allait réagir : ça a super bien pris ! On a vu des gros bassheads se déhancher sur des sons cainf : CA c’est du bonheur!

Vous avez géré vous-mêmes toutes les dimensions de l’événement, est-ce que c’était quelque chose d’absolument nécessaire à vos yeux ? Concrètement, comment est-ce que les choses se sont passées pour trouver le lieu et s’occuper de toute cette organisation ?

On connaissait la personne qui tient le lieu, qui à l’origine est une société de transit par containers vers l’Afrique (Africa Direct Transit, d’où le nom de la soirée !). Trimaps l’avait vu il y a un moment et y avait pensé. Quand il est arrivé avec l’idée de la soirée, il avait déjà le lieu en tête.
Le lieu une fois vidé était vierge de chez vierge, un simple petit hangar.
Nous avions assez de sous pour louer la salle et des WCs supplémentaires, mais pas plus. Il fallait donc que tout le reste soit gratos : il en revenait à nous de donner tous le temps et l’ énergie requise pour mettre la soirée sur pied.
Dans les membres de l’asso, on a la chance d’avoir chacun une spécialité liée ou reconvertible à événementiel de par nos métiers respectifs, et on a fait appel à des supers potes pour combler quand on savait pas faire ou qu’on manquait de monde : technique, logistique, gestion de bar, sono, lumière, construction, déco, comptabilité : tout était couvert.
Pour les matières premières, ça n’a été que de la récup’ : meubles construits en palettes, moquettes de salons de parcs expo, récup’ de meubles dans la rue pour le chillout.
On s’est aussi fait prêter toute la sono et quelques lights.
En somme, une fontaine d’huile de coude.

Dans l’ensemble, quel bilan est-ce que tu retires de cette première édition, en tant qu’organisatrice et DJ ?

Le bilan est archi-positif, tant au niveau humain qu’au niveau prestation.
On n’a eu que des retours exaltés, on a pris notre pied, et on a (presque) pas perdu de sous. On était super fiers : on avait qu’une envie, recommencer.

Vous avez récemment annoncé une nouvelle édition pour le 7 janvier. Est-ce que vous avez prévu des changements pour cette seconde Direct Bass Transit par rapport à la première ?

On voulait trouver un autre lieu pour faire une nouvelle surprise, mais après avoir visité plusieurs endroits, rien n’était mieux que là où on avait fait la première. On voulait vite en refaire une, et puis on avait maintenant le mode d’emploi du montage dans ce lieu : c’était autant de temps précieux qu’on pouvait investir ailleurs.
Pour la prochaine, on va du coup modifier la dispo intérieure, agrandir le chillout, y mettre des platines avec un lineup, et surtout faire une déco, grande absente de la première édition. L’idée est que même si on garde le même lieu, il y ait une sensation qu’on s’est encore plus donné.

Ce projet était une première pour Croustibass et Get Tropical. Est-ce que le fait de se lancer dans ce projet, de le poursuivre avec une seconde édition (et, j’espère, d’autres au-delà!) a une incidence sur le reste des soirées de ces collectifs ? Est-ce que vous pensez continuer en parallèle des soirées club plus traditionnelles, ou est-ce que vous envisagez vraiment Direct Bass Transit comme votre principal projet actuellement ?

On a actuellement stoppé le reste des projets pour se concentrer sur celui-là pour les raisons citées au dessus, et parce que l’organisation de la Direct Bass Transit demande une grosse dose de temps et d’énergie !

Pour l’instant, on n’a pas très envie de retourner dans les clubs.
On se dit qu’on a tout de même envie de faire venir des têtes d’affiches, or pour l’instant, comme on ne fait pas de bénéfice, c’est compliqué à ce stade. Si on se rend compte qu’en avançant on arrive à faire venir plus de monde, on pourrait alors dégager un bénéfice suffisant pour le faire, on l’envisagerait en format Direct Bass Transit ; si on n’arrive pas à faire assez de sous, peut-être un petit retour Club de temps en temps avec une jolie tête d’affiche pour se faire plaisir.
D’un autre coté, il y a tellement de gens talentueux qui font la scène autour de nous, qu’on se dit que c’est dommage d’inviter un gars peut-être connu, mais qui fera un set sûrement moins bien. Et puis c’est aussi le plaisir de passer du bon temps avec des gars qui ont la même passion que nous, qu’on n’aurait sûrement jamais rencontrés en dehors.
Quoi qu’il en soit, la Direct Bass Transit est encore un projet en construction, du coup pour l’instant on fait soirée par soirée.

Vous avez réussi à regrouper un grand nombre de collectifs de la scène pour cette première édition avec un line-up bien rempli. Au-delà de ceux-là, quels sont les collectifs ou artistes que tu aimerais pouvoir mettre en avant par la suite ou, plus généralement, que tu suis en ce moment ?

Ca fait un moment qu’on fait ça, et on a eu la chance de pas mal s’exporter collectivement ou individuellement, on a donc créé des affinités avec bon nombre de collectifs nationaux et internationaux qui font cette scène : tous les gens qu’on invite sont des gens issus de ces rencontres, et qui sont devenus des potes.
Du coup on tient une longue wishlist d’invités, et quand on rajoute, on se regarde en se marrant et on se dit : « Ben on peut en faire des Direct Bass Transit ! »


La Direct Bass Transit II aura lieu le 7 janvier 2017, avec Bilimbao, Georges Kiosk, DK, SouleyK, Turntable Basstaz, Matt Tracker & Velasquez, Monjules, Nix the Jockey & Harrymassive, Trimaps, Sicaa, Noid, Kmi, Dinde, Hanuman JR, Drazel et Simone Bassline.

Sorry, but this interview is not available in English.

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