Partager

0
0
A+ A-

Interview : PVNV (Taapion Records)

En signant la 8ème sortie du label Taapion, PVNV dévoile une techno gracile, nappée à la lisière de l’ambient. Il répond à nos questions.

25485044_10156188894943623_1416339135_o
Par Antonin Bohl
Publié le 7 janvier 2018 | 12:39

En signant la huitième sortie du label Taapion (co-géré avec AWB et Shlømo), Adrien Garin, alias PVNV, dévoile une techno gracile, nappée à la lisière de l’ambient. Avec beaucoup de recul et d’humilité, le petit frère de Taapion assume un certain détachement avec le milieu de la musique électronique, tout en restant un acteur salué par la scène.

La musique ça a commencé comment ?

Ça a commencé avec de la guitare en terme d’instrument, j’en joue toujours d’ailleurs. Niveau musique c’était du hip-hop, du rock ou du post-punk pour débuter, mais je suis toujours resté assez éclectique. Je n’écoute pas énormément de musique électronique et paradoxalement je ne viens pas du monde de la techno. L’aventure Taapion et mon projet PVNV ont commencé après avoir vu un live de Polar Inertia à Concrete. J’ai trouvé très intéressant la manière d’emmener les gens dans cet univers si particulier. A l’époque j’étais plutôt minimal-house / micro et j’ai ressenti quelque chose de nouveau. J’ai donc commencé la production sans réel bagage techno.

Aujourd’hui tu écoutes un peu plus de musique électronique pour alimenter ton projet ?

Un peu plus oui mais jamais trop en profondeur. Il me faut cette petite touche atmosphérique et j’ai parfois du mal avec le son exclusivement destiné au club. De plus, le fait que je travaille en plus de produire fait que je ne suis pas un gros digger, mais c’est complètement assumé.

On a eu il y a quelques temps la version de Shaun (Shlømo) sur le sujet et j’aimerai avoir la tienne : vous avez créé ensemble Taapion Records, avec du recul, les choses se sont-elles passées comme vous le vouliez ?

Je ne te referai pas l’histoire du label mais la reconnaissance est arrivée rapidement. L’EP de Shaun (Shlømo) avait bien marché et on avait mis du cœur dans cette première sortie. La pression a vite augmenté. Les projets de chacun ont beaucoup évolué notamment pour Shaun et Adrien. Je suis personnellement peut être un peu plus en retrait car j’aime prendre mon temps. A la base il n’y avait pas vraiment de préméditation sur le chemin à suivre. Aujourd’hui ça marche plutôt bien, et avec du recul la seule chose qu’on aurait pu éviter, c’est de faire les premiers vinyles à la main, car on a perdu beaucoup d’argent (rires).

Taapion 008 est un 5 titres que tu as produit. Shaun était très impatient car c’était selon lui un de ses Taapion préférés. Qu’en penses-tu personnellement ?

Je suis assez content de cet EP car il reflète plus fidèlement ce que j’ai envie de développer. Certains morceaux sont plus complexes, sans prétention bien sûr, et moins axés club. C’est une bonne introduction à ce que j’aimerais présenter par la suite. Alors pour la petite histoire, tous les titres, mais également l’ordre des tracks, ont été changés suite à un malentendu entre l’usine et le mastering, et à cause d’une mauvaise vérification de notre part. Pour sauver les meubles on a dû inverser le macaron sur le vinyle et donc inverser la face A et la face B.

C’est déroutant car j’imagine que tu avais un certain ordre pour ces morceaux et une signification pour les titres ?

C’est vrai qu’au début je n’avais pas réalisé l’impact et je suis plutôt d’une nature à éviter les problèmes. C’est plutôt le changement de l’ordre des morceaux de l’EP qui était compliqué mais au final, même si c’est peut-être pour me consoler, cela me convient bien. Après ça reste un EP, si ça avait été un album ça aurait été différent…

« Save », le premier morceau de la face B est d’ailleurs une pure production ambient, et très réussie d’ailleurs. On a pu constater, avec le set Ambient de Shlømo à l’Atonal, ou le nouvel album de François X, cette extraction du club dans des projets plus personnels, plus narratifs. C’est un sorte de passage obligé selon toi ?

Je considère que le projet d’un artiste est d’évoluer. Je n’aurai pas la prétention de dire que tous les mecs qui font de la techno vont faire de l’ambient ou des choses plus narratives mais chacun doit trouver son truc. Personnellement j’affectionne énormément ce genre, j’ai sorti notamment un 3 titres sur un label de Francfort, Intimate Silence. Ce n’est pas forcément une suite logique mais j’ai du mal à imaginer quelqu’un faire tout le temps la même chose, ce serait trop aliénant. Ce n’est peut être pas la réalité mais j’ai parfois l’impression que lorsqu’on est dans un style de musique il est difficilement acceptable aux yeux du public d’en sortir totalement, et c’est pour cela que selon moi, l’Ambient est par exemple approprié par des producteurs de techno pour lesquels ce genre est “accepté” par leur public. J’ai moi même plusieurs projets mais j’aurais probablement des difficultés à sortir des morceaux trop contrastés avec ma production actuelle. Dans le fond on s’en fout, mais l’ambient permet de ne pas être trop en décalage. Si l’on va plus loin, moi par exemple j’adore le jazz, mais je me poserais la question de la réception du public si j’en glissais dans un mix.

Pour revenir à l’EP , j’ai particulièrement aimé son artwork, tu peux nous en dire un peu plus sur la ligne graphique du label ?

On joue sur la matière et la texture. On réfléchit donc à une certaine tonalité et une certaine matière puis on confie ça au graphiste. Le résultat est toujours au rendez-vous. Mon troisième EP était d’ailleurs un peu en décalage avec quelque chose de moins abstrait et plus désaturé. On va certainement dans un futur proche changer de ligne artistique en terme de visuel pour clore un chapitre et en démarrer un nouveau, mais c’est en discussion.

Après avoir discuté avec quelques producteurs, on remarque souvent une sorte de routine pour produire, c’est ton cas également ?

Complètement. Et l’une des raisons c’est que je ne supporte pas de faire de la musique seul. J’éprouve tellement plus de satisfaction à jouer ou produire avec quelqu’un. J’ai d’ailleurs un projet avec Amandra (du label Aphre), Ode of the Kabatians, avec lequel on peut se poser en studio et chacun de nous sait ce qu’il sait faire. Cela nous émancipe beaucoup vis à vis des parties que l’on maîtrise moins. Il n’y a pas de pause dans la production. Ayant un boulot à côté, c’est plus compliqué de me retrouver seul dans un studio car j’ai du mal à avoir du recul sur ce que je fais.
J’ai énormément de respect pour les artistes qui parviennent à rester des heures enfermés dans leurs studios et qui réussissent à en sortir quelque chose sans péter un câble.

Tu es membre notamment de Murphie Cooper où tu joues plutôt micro ? As-tu d’autres envies de production à explorer ?

Oui j’ai d’autres projets. Peut-être trop d’ailleurs (rires). J’ai deux amis, un pianiste de jazz et un guitariste rock, avec lesquels on produit des morceaux plus expérimentaux. Il n’y a aucun plan de sortie pour l’instant mais on aime faire du son ensemble. Murphie Cooper c’est un peu en stand-by avec tout de même un track qui va sortir sur un Various. Je n’aime jamais trop m’avancer sur les projets en cours car j’ai besoin de temps pour produire. Aujourd’hui, je profite du fait de ne pas avoir besoin, en terme de revenu, de la musique pour vivre. Sortir quelque chose de manière précipitée ne m’a jamais convenu.

Comment est ton rapport au live et au DJ set ?

J’ai arrêté il y a environ 1 an et demi mon live et j’ai ensuite fait des DJ sets. Je bosse actuellement sur mon nouveau live, avec une approche un peu différente. Je me sens vraiment plus à l’aise en live, sur une durée d’une heure ou une heure et demi. Mais c’est long à préparer et comme je le disais précédemment je n’ai aucune envie de finir ça dans l’urgence.

Le fait d’avoir un boulot à côté n’aidant pas à se dégager du temps j’imagine.

Bien sûr et il y a une grosse concurrence. De nos jours des gens de plus en plus jeunes produisent et jouent avec de plus en plus de talent. J’aime personnellement l’équilibre que m’apporte le boulot même si c’est compliqué de gérer ces deux rythmes. Je ne pense pas avoir le profil pour faire uniquement de la musique et cette réalisation m’évite d’être frustré. J’ai été autant frustré en essayant d’y aller à fond ou en arrêtant totalement. L’important c’est de pouvoir faire de la musique.

Et tu as la chance d’avoir une plateforme qui fonctionne pour distribuer ta musique.

Carrément. C’est un luxe et j’en suis conscient.

A la base tes amis sont des gens qui gravitent autour de la musique ?

C’est assez varié. C’est aussi l’avantage d’avoir un pied hors du milieu, cela permet une hétérogénéité dans mes connaissances.

Ces personnes hors du milieu de la techno comprennent-elles tes morceaux, ta démarche artistique ?

Certains non (rires), mais ils le prennent avec beaucoup d’humour. D’autres trouvent ça intéressant. J’aime bien faire écouter ma musique à mes parents, mon père me dit que c’est de la musique pour faire du yoga (rires). Le disque parfait sera celui que je donnerai à ma grand-mère sans rien avoir à lui expliquer. Mais tous aiment venir voir quand on joue. C’est une musique que l’on comprend mieux en club.

L’autre jour j’écoutais pour la première fois « Rolling Dust», un morceau que j’ai sorti sur le deuxième Taapion, sur un vrai système son lors de notre tournée au Japon, et c’est réellement une autre sensation de l’écouter comme ça.

Tu te considères un peu technicien sur la production ?

Je ne suis pas un technicien, je le sais, bien que j’y aspire, je fais les choses petit à petit. C’est un gros défaut que je ressens lorsque je compare mes disques à d’autres.

Personnellement je fonctionne par “phases d’écoute” en musique, c’est la même chose pour toi ?

Oui complètement, en ce moment ça n’a rien à voir mais je suis en pleine période jazz manouche. Je ne pense pas que cela m’inspire pour la production mais c’est un plaisir personnel. J’écoute également Gracy Hopkins en hip-hop. En musique électronique, il y a un EP d’ambient qui m’a beaucoup chamboulé, celui de Blair French – Through the Blinds (Delsin Records)

Merci beaucoup à PVNV pour son temps et sa gentillesse.

Sorry, but this interview isn’t available in English.

Vous aimerez surement


Fatal error: Uncaught Exception: 12: REST API is deprecated for versions v2.1 and higher (12) thrown in /home/seeksick/www/wp-content/plugins/seo-facebook-comments/facebook/base_facebook.php on line 1273