Partager

0
0
A+ A-

Ruffcast

Avant leur soirée Rooted #1, avec Compa et Argo, nous avons échangé avec le crew lillois Ruffcast, acteurs investis dans la scène bass music locale.

Ruffcast
Par Lisa Haouat
Publié le 4 mars 2017 | 16:23

Alliés autour d’un intérêt commun pour le spectre bass music dans sa grande diversité, les 5 comparses de Ruffcast s’attachent à promouvoir leur univers musical sur le territoire de la métropole lilloise, notamment à travers la diffusion d’une émission de radio sur les ondes de RCV 99 FM. Acteurs impliqués, ils passent à la vitesse supérieure en invitant Compa et Argo pour leur soirée Rooted #1, investissant à cette occasion la Cave aux Poètes à Roubaix. C’est dans ce contexte et à l’approche de cette soirée que nous avons échangé avec eux, notamment au sujet de leurs influences respectives, de leurs différents projets mais également de leur vision des scènes bass music locales et nationales.

Pour commencer, pouvez-vous rapidement vous présenter ? Qui sont les membres de Ruffcast, et comment vous pourriez-vous décrire votre crew à ceux qui ne vous connaissent pas encore ?

Vernon : Notre collectif s’appelle Ruffcast et est basé à Lille. On est cinq dans le crew : Grrr, Raja, dBnative, Risolee le dernier à avoir rejoint l’équipe, et moi-même Vernon. On s’oriente vers la culture UK, que ce soit pour les soundsystems ou pour le « clubbing ». Le collectif s’est créé en septembre 2015, il me semble. Pour ceux qui ne nous connaissent pas encore, c’est l’occasion de nous suivre : que vous soyez adeptes de la diversité, de l’hybridité dans la musique ou simplement curieux, on n’a aucune frontière.

Qu’est ce qui vous a poussé à créer Ruffcast ? Quelles sont les origines du collectif, et dans quel contexte l’avez vous formé ? Enfin, dans quelle optique pensez-vous avoir lancé ce projet, et qu’est-ce que vous en attendez de votre côté ?

Vernon : C’est Grrr qui a lancé l’idée. Initialement, on vient d’un crew qui s’appelait Octave Prod avec lequel on a déjà connu le monde associatif lillois. On n’était pas à l’origine de ce collectif mais on s’y était greffé au fil des années. Avec Ruffcast, on a vraiment eu à cœur de créer un crew à notre image mais qui pouvait satisfaire tout le monde également. Ce qui nous a poussé à créer le collectif, c’était l’envie de promouvoir notre univers musical à Lille, celui de la Bass Music, peu représenté dans le Nord et en France.

Raja : À Lille, il y a une culture Sound System bien développée et l’idée c’était de pouvoir piocher un peu dans tous les styles pour fédérer les gens qui viennent d’autres univers.

Vernon : On souhaite aussi proposer des line-up de qualité et faire découvrir aux Lillois les artistes qu’on considère comme étant « la crème ».

Grr : On aime passer des skeuds et faire plaisir aux gens. Ça, c’est aussi la base, et ça reste très important pour nous.

Tous ceux qui viennent du hip-hop, on essaie de les amener au grime, ceux qui écoutent de la Techno on essaie de les amener vers la Dub Techno ou la UK Techno, etc. Notre but est de trouver une alternative, quelque chose que les gens connaissent moins et qu’ils seraient susceptibles d’aimer.

Ruffcast est avant tout une émission de radio – pour rappel, elle officie sur les ondes de la radio associative RCV 99 FM un samedi sur deux à 21h. Comment a germé ce projet ? En France, les radios nationales sont bien plus académiques qu’outre-Manche et laissent peu de place aux subcultures. L’émission Ruffcast est-elle ainsi une manière de donner voix à une scène bass qui a longtemps été ignorée en France et qui regagne du terrain ces temps-ci ?

Vernon : Le projet a germé parce qu’on voulait proposer des streams. On connaissait un crew, Skank Lab, qui officiait sur RCV 99 FM. Ils nous ont dit qu’un créneau était libre sur la radio, et c’est eux qui nous ont motivés à tenter le coup. On a pu faire une maquette dans les studios avec le programmateur, ça c’est bien passé et ça nous a donné l’opportunité de lancer notre projet d’association. Et puis ça faisait plus professionnel que les streams.

Grr : Ca nous a donné une crédibilité, car RCV c’est sur une bande FM. Et ça nous faisait kiffer de se dire qu’on pouvait partager des sons à des gens dans leurs voitures.

Alex : On a pu faire grandir l’association grâce à cette opportunité qu’on a eu via l’émission de radio. Ça nous a donné pas mal de visibilité et ça nous a aidé à grandir.

On est contents de voir qu’il y a des trucs qui arrivent en ce moment. Le son bass a été longtemps ignoré en effet.

L’opportunité d’avoir un créneau sur une radio FM, c’est l’occasion de donner une voix à la bass music, qui a encore peu de visibilité en France. Par exemple, les Unlike Sessions ça fait plus de quinze ans qu’ils représentent cet univers, mais le style qu’ils ont cherché à diffuser n’a pas été reconnu avant peu, alors que les mecs sont des pointures.

Même si la bass music a été ignorée, il y a quand même eu des activistes, des soirées qui ont été organisées et un public qui a répondu présent, mais c’est vrai que la radio a été l’occasion de pouvoir contribuer à la scène locale.

On essaie d’aller dans le sens des choses qui se font. On tente de développer ce qui se fait déjà. On cherche à ajouter notre pierre à l’édifice, et la radio est un moyen de remplir cet objectif. Maintenant, on essaie de se diversifier en organisant des soirées et en diffusant des streams. On commence à avoir une identité visuelle, etc. On essaie de combiner tout ce qui est nécessaire pour participer à l’extension d’un truc qui existait déjà avant, et pour en revenir aux Unlike Sessions, on essaie de suivre le chemin qu’ils ont tracé.

Hormis l’émission de radio, vous avez organisé plusieurs soirées à Lille et tenez également une série de podcasts. Pourrais-tu présenter les différents projets que vous menez avec Ruffcast, et éventuellement nous parler de ceux que vous aimeriez mettre en place à l’avenir ?

Avec les « Guest Mixes » à la radio, on ne cherche pas forcément à se mettre en avant nous-même, mais plutôt à présenter et à faire découvrir l’univers et les artistes qu’on apprécie.

Au début, on a commencé à diffuser des artistes locaux comme le crew de Grime lillois des Fistons, ce qui nous a donné de l’expérience et nous a permis de passer à l’étape suivante qui était de diffuser des artistes avec une notoriété nationale voire internationale.

On a commencé avec l’émission de radio avant d’avoir l’idée des guest mixes, et maintenant on organise des soirées. L’idée était de proposer et de diffuser au public des artistes de la scène locale, puis de se développer ensuite vers la scène nationale et internationale. Concernant les projets à venir, on souhaiterait continuer l’émission de radio en proposant un contenu toujours plus qualitatif, avec d’une part des artistes locaux et d’autre part des artistes avec un peu plus de renommée. Puis, avec Rooted, on a également dans l’idée de mettre en place un cycle de soirées autour d’une thématique commune, c’est-à-dire à la fois faire découvrir des artistes de la scène locale mais aussi créer un line-up avec des artistes un peu plus reconnus. En soi, prendre ce qui existe déjà tout en montrant qu’il y a des choses qui se font également au niveau local.

Au niveau musical, quelles sont vos influences et références à chacun ? Est-ce que cela a été difficile de trouver une cohésion au milieu de tous ces genres ? Pensez-vous que cet éclectisme ait un impact sur votre crew ou les gens qui vous écoutent et viennent à vos soirées ? D’une manière plus générale, comment est-ce que vous définiriez l’identité musicale et visuelle de votre crew et vos inspirations ?

Raja : Mes influences sont principalement le reggae, roots, dub et dub-techno, mais aussi la jungle et la drum’n'bass. L’univers dubwise également, mais aussi le Hip-hop. J’ai également écouté beaucoup de Rap français pendant mon adolescence.

Vernon : Mes influences sont assez éclectiques pour ma part, un peu à l’image du crew. Mon père est un grand fan de Rock 60’s/70’s et j’ai été bercé toute mon enfance par des groupes comme Led Zeppelin, les Stones et Beatles entre autres. Vers 12/13 ans, je me suis intéressé à la house, la techno et aussi pas mal au hardcore compte tenu de la proximité avec la Belgique. À côté de ça, j’ai toujours écouté du Hip-Hop et du Rap Français ou US. Ça se ressent pas mal parce que j’écoute et je joue beaucoup de Grime. Pour revenir à la Techno, mes goûts ont pas mal évolués depuis le temps que je m’y intéresse, et aujourd’hui je m’oriente plus vers le son UK industriel, hybride dubstep, avec également beaucoup d’influences qui viennent de Détroit. En fait j’ai un peu le cul entre deux chaises, entre les origines et l’hybride.

Alex : Je viens de la musique électronique. Je suis un grand amateur de Dub Techno et de Techno, avec une préférence pour la Techno aux influences berlinoises ou encore des pays de l’Est. Et aussi, tout ce qui touche de manière générale au Deep, que ce soit Deep Techno, Deep Dubstep, Deep House…

Grr : J’aime beaucoup le dubstep, le dubwise et le grime, tout ce qui gravite autour du spectre du 140, mais aussi les sons deep, j’adore la deep-house et ce genre de trucs, ça fait ressortir ce que j’ai de plus profond en moi. (lol)

Vernon : Et il y a aussi Adrien, aka dBnative, qui est pas avec nous là. Ses influences c’est tout ce qui tourne autour de la Jungle, du 140, la Techno. Les trucs hybrides. Il a été pas mal été influencé par les sons de jeu vidéo parce que c’est un bon geek. Alex Coulton, les trucs un peu dubstep-techno comme ça, c’est son kiff. Ça a été un des premiers à digger le son dubstep dans notre crew et il nous a beaucoup influencé au final.

Au niveau de la cohésion, ça n’a pas été difficile car on est tous attachés à des racines communes. On a des styles différents mais on apprécie aussi ce que les autres écoutent et jouent. Les styles qu’on passe ont des frontières communes. On a donc cette sorte de ligne conductrice commune qui fait notre cohésion. Le fait qu’on ait cet éclectisme nous fait sortir de notre zone de confort musical, on est touchés par des sons qui nous auraient peut-être pas touchés en temps normal, ce qui est stimulant. Et ce socle commun nous permet de nous réunir autour d’une même thématique. Du coup on est présents sur plusieurs fronts, et puisqu’on diffuse pas mal de styles différents, ça ramène aussi un public plus varié en soirée, et on arrive toujours à trouver des artistes qui nous plaisent à tous. C’est clairement un avantage.

Notamment grâce à sa situation entre Londres, Paris et Bruxelles, Lille a été, aux débuts du dubstep, l’une des premières portes d’entrée du genre en France. Quelle place pensez-vous que la scène bass music occupe aujourd’hui à Lille ?

Que ce soit à Lille ou à Paris, la scène électronique, notamment techno et house, est hyper representée. En revanche, au niveau Bass Music, c’est moins le cas. Du coup on essaie de diffuser cette musique au maximum, tout comme d’autres crews comme Unlike Sessions, ou Bass Paradize à Paris aussi. Au niveau français, on sent quand même que ça prend de l’ampleur. On essaie de profiter de l’essor que ces musiques connaissent en Angleterre pour les partager chez nous.

Quels sont les crews, artistes et projets qui vous influencent à l’échelle locale comme à l’échelle nationale ? On pense notamment à Unlike Sessions, émission de radio lilloise également, mais également au crew parisien Bass Paradize avec lequel vous collaborez de plus en plus fréquemment. Selon toi, que partagez-vous et quels sont les liens que vous entretenez ? A l’inverse, en quoi penses-tu que vous vous distinguez de ces autres crews ?

Au niveau des crews, on a pas mal d’inspirations différentes. On aime beaucoup System:Sound qui fait le lien entre les racines du genre et les mouvements plus récents. Rinse FM évidemment, pour la qualité et la diversité de leur diffusion à la radio. Mais on a été aussi beaucoup influencé par le principe des soirées qu’a amené Reconstrvct aux USA ou le crew Rotation en Belgique. Toutes ces choses là nous ont guidé dans la façon d’organiser nos shows à la radio et nos soirées.

C’est le moment promo maintenant, alors parlons de votre soirée Rooted. C’est un grand évènement qui s’annonce, avec de grosses têtes d’affiches : qu’est ce vous pouvez nous en dire afin de donner envie à tous les fans de bass music de se rendre à cette première édition de Rooted ?

L’idée de départ, c’est de réunir et condenser tout ce qu’on aime et ce qu’on fait depuis le départ de Ruffcast dans une seule soirée. On va commencer sur du dubwise en allant jusqu’au dubstep en passant par le grime, avec Argo qui couvre l’ensemble du spectre 140 puis ensuite Compa, dont la renommée n’est plus à faire dans le mouvement depuis quelques années. C’est ça, l’idée : partir des racines pour arriver jusqu’à des choses plus récentes et novatrices. D’où le nom, Rooted.

Vous avez choisi d’investir la Cave aux Poètes, salle de concert roubaisienne, située en périphérie de Lille. Avant cela, vous aviez déjà organisé des soirées au Polygon Club notamment mais également dans des bars comme le Modjo ou l’Oxymore. La politique culturelle lilloise est assez restrictive, de par les normes rigoureuses qui encadrent les lieux de diffusion et le manque d’infrastructures musicales lui-même. Est-ce que ça a été un frein pour organiser vos soirées jusqu’à présent ?

Ouais c’est sûr que la politique culturelle de la ville a un peu été un frein. On se souvient de l’époque où tu avais le choix entre de nombreuses caves comme le Djoloff, le Chalice (un des plus vieux sound system français qui est toujours en place d’ailleurs), le Détour, le Daraa J, et bien d’autres qu’on a pas dû connaître étant plus jeunes. Malheureusement, je pense que la politique du chiffre et la part de rejet de ce qui est un peu subversif a tué beaucoup de lieux à Lille. De ce fait, pour les associations, l’idée a été de « faire avec ce qu’on a », c’est-à-dire pas grand-chose pour pouvoir s’exprimer : les bars, c’est toujours un plaisir de jouer dedans et c’est une réelle ambiance chaleureuse ici à Lille, mais il arrive toujours un moment où l’envie est de pouvoir passer du son sur un système digne de ce nom et de pouvoir en balancer jusque plus de 3h du matin. Ça ne nous a pas empêché de faire quelques bonnes petites soirées. On a choisi de partir à Roubaix pour la Rooted #1 parce que c’était une des seules salles de la métropole bien équipée à proposer un format dit « club » de 23h à 6h du matin, mais également pour l’ambiance cave et intimiste du lieu.

C’est la première soirée d’envergure que vous organisez, et on espère qu’une longue série suivra celle-ci ! Pourtant, pour une première, vous avez réussi à ramener des pointures de la scène bass comme Compa et Argo : est-ce que cela a été difficile de réunir un tel lineup ? Pourquoi avoir choisi ces artistes ?

C’est vrai qu’on est plutôt fiers de pouvoir proposer ce type de line-up, et ça n’a pas été tant difficile que ça de pouvoir ramener ces artistes. A l’ère d’internet tout est plus facile aujourd’hui pour rentrer en contact avec des artistes ou agences de booking. Il a juste suffi de proposer le concept de soirée et de montrer qu’on était sérieux et déterminé, et ça a fonctionné. Quant au choix du line-up, on a vraiment voulu ramener des artistes de notre génération auxquels on peut s’identifier au niveau de l’univers musical. Compa et Argo représentent bien la multitude d’influences qu’il peut y avoir dans un son autant grime, hip-hop, dub que dubstep. L’idée c’était aussi d’amener un artiste déjà bien reconnu dans le milieu, en l’occurrence Compa, ainsi qu’une valeur montante et prometteuse qui a déjà bien envoyé du lourd, Argo, qui par ailleurs est Français. On n’a pas non plus énormément de producteurs français de Bass Music, même si il y’en a de très bons mais pas autant qu’en Angleterre. Du coup, c’est vraiment un plaisir de pouvoir faire cette alliance. Bien sûr, on oublie pas Les Fistons, notre crew de rappeurs coup de cœur. On suit vraiment leur délire et on apprécie vraiment leur capacité à s’adapter au son qui passe pour kicker dessus. Ils nous ont carrément surpris les premières fois où on a pu les entendre poser sur du Grime. On est content de pouvoir un peu se réapproprier le délire Grime et le mettre à notre sauce locale. Nord représente !

À l’approche de la soirée, comment sentez-vous les choses ? Comment voyez-vous la soirée ?

À l’approche d’une soirée, il y a toujours un peu de stress quand tu l’organises mais c’est du bon stress. On est content d’accueillir les gens et de leur faire partager notre délire, on espère que les gens seront chauds et prendront du plaisir, c’est pour eux qu’on fait ça.

Sorry, but this interview is not available in English.

Vous aimerez surement

Leave a comment

Articles populaires

Chargement des articles...
Le chargement des articles a echoué, une nouvelle tentative va être effectuée automatiquement dans 5 secondes.

Back to Top