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[Interview] Samy El Moudni, organisateur du festival pluridisciplinaire Château Perché

Organisé par Perchépolis depuis 2015, Château Perché revient faire souffler un vent de liberté sur la scène électronique le 25 juillet dans l’Arboterum de Baleine pour sa sixième édition avec toujours plus de diversité musicale et de disciplines artistiques. On en a parlé avec une des têtes pensantes du festival, Samy El Moudni.

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Par Idris Ghouati
Publié le 27 mai 2019 | 9:21

Sixième édition pour Château Perché, festival né en Auvergne en 2015 explorant chaque année un nouveau château, exploitant ainsi un patrimoine historique pour y faire résonner non seulement les musiques électroniques, mais aussi beaucoup d’autres formes artistiques. En partie française et en partie allemande, l’équipe d’organisateurs s’est imprégnée de la culture de la fête allemande pour faire souffler un vent de liberté et de folie sur la scène électronique française, encore aujourd’hui souvent limité aux clubs ou aux festivals rigides. On est donc très content d’avoir pu s’entretenir avec Samy El Moudni, DJ et surtout une des têtes pensantes du festival.

Bonjour Samy, est-ce que tu peux présenter le festival pour ceux qui ne le connaissent pas ?

Le Château Perché est un festival pluridisciplinaire structuré autour de 11 scènes de musique. La musique électronique est le style le plus représenté dans toutes ses déclinaisons (Downtempo, Techno, Trance, Ambient, Deep House, etc.) mais il y aussi une scène rock, de la cumbia ou encore du jazz. Autour de ces scènes gravitent une quinzaine de disciplines artistiques : la danse, le théâtre d’impro et de rue, les scénographies, des jeux de lumière, des performances, du tatouage, des massages, des grafittis, et des arts numériques. Pour le festival, les valeurs de partage, de liberté et de tolérance sont exacerbées ; chacun vient costumé de préférence mais surtout exactement comme il a envie d’être en ramenant sa meilleure vibe.

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Le festival a pris beaucoup d’ampleur ces dernières années. J’ai vu une différence assez nette entre la première édition à laquelle j’ai assisté à Ravel en 2016, et celle d’Ainay-le-Vieil en 2017. Autour de moi, au début c’était surtout un truc connu des Auvergnats, puis Château Perché a acquis une grosse notoriété dans la scène électronique. J’entends certains regretter le côté intimiste qu’avait le festival au début. Comment est-ce que tu vois toi ce gain de notoriété ?

Il est vrai que le festival a connu environ 40% de croissance par an ; néanmoins nous avons toujours connu une croissance organique (générée naturellement et maîtrisée). Cela nous a permis d’avoir des moyens en plus pour les réinvestir dans l’artistique qui est de plus en plus riche. Nous n’avons pas complètement tourné le dos à notre côté intimiste en continuant de proposer de petites scènes à taille humaine. Enfin, il fait plus sens pour nous d’embrasser ce rôle de festival qualitatif et d’ampleur à la fois. Une dizaine de petits festivals d’inspiration château perché ou pas se sont lancés depuis nos débuts et je conseille aux chercheurs d’intimisme pur d’aller vers ces derniers.

Qu’est-ce qui vous a motivés au départ à créer votre propre festival, ce qui représente quand même un travail énorme ?

Trois motivations : dans une France bien trop fermée d’esprit nous voulions apporter les valeurs de Berlin la libre, offrir aux auvergnats un festival de qualité top européenne, et faire découvrir aux barbares la Terre du Milieu (l’Auvergne).

Pourquoi avoir choisi le château comme emblème, à la fois dans votre nom, et dans les lieux que vous investissez pour le festival ? Qu’est-ce que le château symbolise pour vous ?

Château c’est beau, château c’est grand, Château c’est pratique. C’est le meilleur endroit pour engendrer une révolution.

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Perchépolis participe à mon sens, avec d’autres collectifs, à une libération de la fête en France : libération des murs du club, de sa sécurité oppressante, de ses critères physiques, de son andro et hétérocentrisme. Je crois que l’équipe d’organisateurs a une dimension franco-allemande, est-ce que vous diriez qu’on a atteint le niveau de liberté et de folie qu’il peut y avoir dans les fêtes en Allemagne ?

L’Allemagne et surtout Berlin restera pour moi la Mecque de la fête pendant encore longtemps, mais je crois pouvoir dire en toute humilité que le Château Perché n’a pas à rougir de beaucoup de fêtes allemandes.

J’ai lu dans une interview que vous étiez inspiré par le Fusion Festival, qui a une dimension politique et critique importante. A travers vos manifestes et vos vidéos, on sent qu’avec Château Perché vous voulez aussi communiquer des idées, sur notre façon de faire la fête, mais pas seulement. Est-ce que je me trompe ?

La fête se définit comme un paroxysme de vie, il est bon de croire que des modus opérandi propres à la fête peuvent se retrouver en dehors dans la vie moins paroxysmique de tous les jours. Partant d’ici, nous pensons que participer à une fête plus libre et plus tolérante conduit à devenir un meilleur citoyen, je vous laisse avec notre charte d’honneur :

« Plus qu’un collectif, Perchépolis est un outil de promotion d’une société en mouvement. C’est un amas d’initiatives s’attaquant au statut-quo sociétal voire à la régression progressiste, au système de contrôle omniprésent, et à la morosité sociale qui en découle. Ses actions d’autodéfense de la culture et de la fête sont intrinsèquement politiques, comme afférant à la vie de la « polis », « cité ». En effet, Perchépolis se bat corps et âmes pour permettre à chacun de pouvoir s’évader l’espace d’un instant, de s’abandonner à l’autre, de croire, croire en ce que leur cœur raconte. Dans un contexte de ternissement, ses efforts doivent créer des espaces d’échanges où les arts et les individus, dans une expression originale, parent leurs rapports de leur plus intenses couleurs. Perchépolis vise ses moments, où il n’y a plus ni bien, ni mal, ni beau, ni laid, ni ridicule, ni incompris, ni décalé, juste une effervescence de vie. »

Vous avez parfois dû faire face à des problèmes avec les pouvoirs publics. A Ravel, le préfet avait interdit l’accès à l’intérieur du château et l’année dernière c’est la cérémonie d’ouverture, Transverberare qui a dû être annulée. Quel rapport vous entretenez avec eux ?

Malheureusement, on vit à l’heure du tout sécuritaire ; le rapport de confiance avec les autorités est extrêmement dur à obtenir, et leur pouvoir est exacerbé. A. de Tocqueville reviens !

A l’opposé des grands festivals, vous avez toujours eu la volonté de ne pas inviter des têtes d’affiches, et c’est une des grandes forces de CP à mon avis. Ça ne vous a jamais titillé d’en inviter ?

Dire que l’on a jamais eu de tête d’affiche n’est pas tout à fait vrai : Aes Dana, Kobosil, Milton Bradley, Sigha … Mais de très grosses têtes ne nous intéressent pas dans le sens où il y a énormément de talents à mettre en valeur chez les artistes moins connus, et déjà d’autres s’occupent de booker les stars. On aime inviter les festivaliers à nous faire confiance sur la qualité d’une programmation plus surprenante, ça fait partie de l’esprit Château Perché.

D’ailleurs comment est-ce que vous concevez la programmation ? Quelle esthétique musicale vous avez envie de défendre, et est-ce que la couleur change à chaque édition ?

Nous confions à des collectifs ou des amis la programmation de certaines scènes en les choisissant pour leur passion pour un sous genre de musique, et nous leur faisons confiance. Nous essayons de mettre en avant plusieurs genres au sein de la musique électronique mais aussi d’autres styles.

Quand j’avais fait l’édition de Ravel en 2016, j’ai l’impression que vous étiez pas mal centré.e.s sur la techno et la house. Puis petit à petit vous avez fait de la place pour le rock, l’année dernière pour la bass music, cette année, vous avez déjà annoncé qu’il y aura une scène cumbia et trance. J’ai l’impression que vous avez voulu amener les choses progressivement, parce que cette ouverture n’est pas forcément bien perçue par tout le public de la scène électronique. Qu’est-ce qui vous a poussé à cette diversification musicale ?

Nous avons commencé par ce que nous connaissions le mieux, et puis petit à petit avons ouvert à d’autres genres. Nous avons aussi augmenté le nombre de scènes chaque année, et même la durée du festival, ce qui nous a permis aussi de faire de la place à plus de diversité. Nous pensons que la diversité fait la richesse tant que la qualité est au rendez-vous.

J’ai envie de revenir sur un évènement, le festival La Mouche au Cuir que vous aviez voulu organiser à La Sucrière à Lyon, qui a été annulé, faute de billets vendus. On sent qu’avec cet évènement, vous vouliez proposer un évènement moins centré sur la musique, défendant une vision totale de l’art, faisant appel à d’autres sens que ceux qu’on a l’habitude de mobiliser chez les festivaliers. Comment est-ce que vous avez vécu cette annulation ? Et est-ce que vous avez envie de revenir avec un format de ce type plus tard ?

La déception de ne pas avoir pu conquérir le cœur des Lyonnais avec La Mouche est encore forte. Cet événement aurait été une révolution, de plus j’ai découvert à posteriori que Londres était dotée d’un événement très similaire qui est sold out en 30 min deux fois par an… We let the future be the future : London > Lyon. En outre, je dépasse un peu la question mais je préfère revenir fort avec un Transverberare qu’une Mouche.

Vous avez créé un label en 2018, Perchépolis. On avait d’ailleurs eu en première un des morceaux de la première sortie “Les Paresseuses Volume 1”. Mais depuis aucun autre disque n’est sorti, est-ce que vous avez toujours des ambitions pour ce projet de label ?

Bien sûr qu’on a de l’ambition ; on a créé Perchéland, avec une release par mois élaborée par des artistes qui ont joué ou jouent au Château Perché, vous pouvez aller écouter la dernière Perchéland #5. On a aussi un EP dans le pipe qui devrait sortir très prochainement mais on fait les choses artisanalement à la cool. On ne se met aucune pression.

Quelles sont les nouveautés qu’on peut s’attendre à voir à Château Perché cette année ?

Du Mermaiding, un feu d’artifice, une salle de torture, le mini festival dans le festival : Panwuman (des workshops en tous genres, j’anime moi même une vente d’esclave). Des performances complètement tarées, de la trance, de la cumbia und viel viel mehr.

Avez-vous des projets pour la suite des choses, que ce soit pour Château Perché, pour le label et pour d’autres soirées Perchépolis ?

Stay tuned on lâche rien et les surprises arrivent.

Crédits Photo (par ordre d’apparition) : Romain Guede, Joshua Richard, Pauline Berthon

We’re sorry, this interview is only available in French.

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