Partager

0
0
A+ A-

Shaun Baron-Carvais / Shlømo, fondateur de Taapion Records

Sous l’alias Shlømo et en tant que fondateur de Taapion Records, Shaun Baron-Carvais incarne avec charisme le renouveau de la techno française.

20641586_1751008441606457_740221092_o
Par Antonin Bohl
Publié le 6 août 2017 | 13:30

Sous l’alias Shlømo et en tant que fondateur de Taapion Records aux côtés de AWB et PVNV, Shaun Baron-Carvais incarne avec charisme le renouveau de la techno française. Nous nous sommes entretenus pour essayer de comprendre les raisons de cette renaissance. Prônant le partage et l’ouverture, on retrouve chez lui un amour inconditionnel en la musique et ses valeurs.


Es-tu toujours aussi accro à la production ? Ce n’est pas trop compliqué de gérer son temps entre les dates, le label et la production ?

C’est marrant que tu me poses cette question parce que bien qu’étant toujours aussi accro aux machines et à la production (dès que je rentre chez moi j’ai besoin d’allumer mes machines et mon ordi), il est vrai que cette dernière année j’ai beaucoup tourné et j’ai eu une petite période où je n’arrivais plus à produire. C’était assez paradoxal car j’avais envie mais il n’y avait plus rien qui sortait, comme si j’étais lessivé. C’est revenu depuis quelques mois et j’avais peut-être aussi accepté trop de projets à la fois. C’est toujours difficile de refuser un projet car parfois tu as des gens que tu admires, des artistes que tu aimes beaucoup, qui te proposent de les remixer donc forcément tu acceptes et en fin de compte ça devient compliqué. L’accumulation des projets fait qu’à un moment tu es débordé entre ces remixes et les projets du label. Ça fait aujourd’hui plus de trois ans que je ne suis pas sorti en solo sur mon propre label et il y a également mon album que je retarde depuis un an et demi maintenant. C’est une multitude de projets qui s’entremêlent, qui ralentissent le processus. Pour conclure je suis toujours aussi accro à la production, mais tourner a un peu ralenti le processus ces derniers temps.

En résulte probablement la peur de tomber dans une sorte de routine ?

Comme je suis une personne qui me produit en live également, il est toujours important d’apporter du contenu, ce sont des morceaux que tu joues beaucoup, donc j’ai besoin d’en créer de nouveaux. C’est un réel besoin pour justement ne pas tomber dans cette routine. C’est aussi probablement à cause de ce besoin constant de production que j’étais un peu à bout dans ce domaine.

Il y a quelque chose de très cinématographique dans tes productions. Tu disais il y a une paire d’années aimer particulièrement les BO, comme les autres gars de Taapion d’ailleurs, c’est toujours le cas ?

C’est un truc qui nous a rapprochés. C’était un de nos points communs quand on s’est rencontrés avec AWB et PVNV. J’ai toujours été fan des BO. Je me souviens, d’avoir été l’un des seuls, quand j’avais 10 ans, à demander à mon père de m’acheter la BO du 5ème élément. J’ai toujours été fasciné par les musiques de films. On le garde dans un coin car c’est quelque chose que nous souhaiterions développer plus tard chacun.

Vous avez des projets dans ce sens ?

Pas forcément sur des projets de films à proprement parler mais pourquoi pas commencer à sortir des morceaux qui ne sont pas destinés au club. C’est encore en gestation mais l’idée de sortir un sous-label destiné à l’écoute chez soi, plus proche de ces musiques de films, nous intéresse fortement.

Vous avez créé ensemble Taapion Records avec AWB et PVNV. Avec du recul, les choses se sont-elles passées comme vous le vouliez ? Tu as des conseils peut-être pour ceux qui veulent se lancer ?

Pour ceux qui se lancent, mon conseil serait de rendre le projet le plus professionnel possible. Je pense bien sûr qu’il faut que ce soit une aventure et un truc entres potes mais pour l’anecdote quand j’ai eu l’idée de monter ce label, je ne connaissais Adrien Ozouf (AWB) que depuis une semaine. Il y avait cette volonté de créer un label avec une personne que je ne connaissais pas si bien afin de maintenir un cap professionnel. On avait passé deux soirées à parler de son et on était sur la même longueur d’onde. Il était nécessaire pour moi d’avoir cette relation un peu plus professionnelle, de ne pas être préoccupé par le côté amical du style « ce n’est pas bien mais je le laisse car c’est mon ami ».
Ce n’était pas facile au début, je ne dirais pas que ça s’est passé comme on le voulait. Gérer un label est une aventure qui se vit au jour le jour, particulièrement lorsqu’on est trois. Les trois avis comptent. Il y a des concessions à faire. L’an dernier par exemple on a eu une petite baisse de régime, avec un seul EP sorti, mais là on est reparti avec déjà 5 EP de prévus. On est parés jusqu’en avril 2018.

Peux-tu nous parler un peu plus de ces sorties ?

Bien sûr ! Le dernier EP en date est le Taapion 007, de AWB et moi-même, l’EP s’appelle Arcades avec 3 tracks originaux. Le prochain sortira à la rentrée, signé PVNV, un 5 titres. C’est une grosse attente car personnellement c’est un EP qui m’a beaucoup plu, un de mes préférés du label. Ensuite on aura un EP de AWB qui va sortir avec un remix d’un producteur que l’on estime beaucoup. Puis un autre EP de PVNV pour la fin de l’année. Mon album est bien entamé, j’espère pouvoir le sortir au printemps prochain. Je garde le reste secret…

Avec toutes ces dates maintenant au compteur, as-tu des préférences pour jouer ? L’intimité du club ou l’engouement du festival ? Un peu des deux j’imagine ?

C’est totalement différent, c’est comme comparer le live ou le DJ set pour moi. Il y a du bon dans les deux. J’adore le côté intimiste des petites salles, être proche des gens, il y a une connexion particulière. Et lorsque qu’on fait des festivals à 5000, 10 000 personnes, c’est toujours un moment inoubliable, monter sur une scène et pouvoir partager ta musique avec autant de monde.

Ça t’es arrivé d’avoir une mauvaise expérience ?

Hmm… Pas vraiment, je tourne activement depuis environ 3 ans et je n’ai jamais eu de mauvaise surprise. J’ai la chance d’avoir une bookeuse avec qui je m’entends très bien et qui me comprend, elle cherche avant tout à me placer sur des dates qui me ressemblent et me correspondent. Je pense que ça se ressent car je prends du plaisir à chaque fois.

Le pari de relancer la scène parisienne est en passe d’être gagné, c’est quoi le prochain défi pour la musique électronique en France ?

On y est presque mais ce n’est pas totalement définitif. Depuis 5 ans, avec Concrete notamment qui a bien développé cette scène, on a vu l’émergence de nombreux nouveaux collectifs, je pense à Blocaus ou Possession entre autres, qui proposent de la techno de qualité. Il y a un réel engouement en France et l’objectif est de continuer sur cette voie, de démocratiser ce style musical.

Avec cet engouement, vous recevez beaucoup de promos ?

On en reçoit beaucoup effectivement, malheureusement je n’ai pas le temps de tout écouter. J’essaie de le faire au maximum car parfois je me rends compte que je reçois des promos d’artistes inconnus dont les tracks sont incroyables. Ça met d’autant plus de pression pour redoubler d’effort.

Il y a une vraie énergie que ce soit à Paris ou en Europe. Par exemple les jeunes de Kas:st avec qui on est devenus proches qui sont encore méconnus mais qui ont vraiment une grande qualité de production.

KVD également que vous suiviez de près l’an dernier.

Oui complètement. Ensuite il y a les gens qui sont déjà installés tel qu’Antigone, François X, mes potes sur Taapion, etc. Il y a vraiment une scène locale qui émerge et ce n’est pas exclusif à la France ou à l’Europe. Je pense qu’il y a une effervescence de la techno et de sa culture dans le monde (on peut le voir avec dernièrement le Berghain qui a été déclaré patrimoine culturelle en Allemagne ou encore la dernière campagne AW17 de Dior homme qui s’est inspiré de l’esprit rave et techno) et ça fait du bien.

Exactement et particulièrement autour d’une techno dite « pointue », sans être forcément élitiste.

Oui, de techno « intellectuelle ». Je pense notamment au travail de Donato Dozzy ou Neel.

C’est d’ailleurs assez incroyable que ces artistes soient bookés sur des dates énormes alors qu’ils représentent une vraie niche musicale.

Je pense que la démocratisation de ces niches a de bons côtés. Il y a sur YouTube aujourd’hui ce qu’on appelle les diggers 2.0 dont je fais partie. Je regarde une vidéo de Dozzy et via les vidéos suggérées je tombe sur des artistes que je ne connaissais pas et je m’alimente de ça. Une telle démocratisation permet de découvrir soi-même et de se faire sa propre idée de la scène électronique et de ses gouts musicaux.

Au-delà de la techno, tu as des passions ? Que fais-tu de ton temps libre (si tu en as) ?

Alors en réalité chez moi, j’écoute moins de techno qu’on pourrait le penser. J’adore en produire mais j’écoute beaucoup de classique et de musique de film encore. J’écoute pas mal d’electronica et aussi du rap français pour tout te dire, on a pu le voir avec mon edit de PNL (rires).
C’est très important d’être ouvert, jusqu’à mes 18 ans je n’écoutais pas du tout de musique électronique, principalement du rap. C’est lorsque j’ai découvert Aphex Twin et Boards of Canada que je me suis ouvert à cette musique. Aujourd’hui je me nourris de tous les styles musicaux, prenant ce que j’aime dans chaque style pour en faire ma musique.
Concernant les autres passions je pourrais avoir, c’est vrai que la musique me prend beaucoup de temps, cependant à côté ce n’est pas un secret mais c’est le foot. Je suis un grand fan de foot et du PSG, malheureusement je n’ai plus trop le temps d’aller au stade le weekend vu que je suis en tournée généralement.

On discutait récemment avec Simo Cell qui supporte Nantes, il y a peut-être un lien secret entre techno et foot ?

Je pense que c’est quelque chose de générationnel. On a grandi avec la coupe du monde 98 et les épopées européennes de Paris entre 94 et 97. Tout le monde était fan de foot à ce moment-là.

De la même façon il y a un vrai aspect tribal avec la musique aujourd’hui. Cela va régir ta manière de t’habiller, les gens avec qui tu traines, et ta façon de penser, parfois même politiquement. Selon moi la techno c’est l’échange. Ce que j’apprécie dans le clubbing et la musique électronique c’est que les gens qui sont devant moi lorsque je joue sont tous égaux. Qu’ils soient noirs, blancs, juifs, musulmans, riches, pauvres, gays, hétéros, etc. Ils sont là pour le même amour de la musique et c’est ce qui me plaît dans ce mouvement.
La musique est faite pour être partagée, en tout cas c’en est ma vision. C’est tellement cool d’être entres potes et de se faire découvrir des morceaux. Quand tu joues devant des gens, qu’ils soient 20 ou 20 000, le but c’est de faire découvrir.

Taapion ce n’est pas une histoire de potes devenus professionnelle mais l’inverse. La plupart des représentants de la scène parisienne (Zadig, Antigone, François X, Birth of Frequency, Bambounou, AWB, PVNV, Kas:st.) je les vois actuellement comme des amis, au-delà du côté professionnel, on est une grande bande de potes. Il y a réellement un courant de techno français qui essaie de retranscrire une certaine vision, la sienne.

Effectivement c’est d’autant plus visible vis-à-vis des artistes plus expérimentés qui se retrouvent à collaborer aujourd’hui avec de jeunes talents, il y a quelque chose de naturel dans ce renouveau.

Au fond je pense que c’est aussi le climat qui joue. On parlait de clubbing et du fait que tout le monde se retrouve aujourd’hui dans ces soirées et cela résulte notamment d’un climat social selon moi. Les gens ont juste envie de s’exprimer et d’oublier un monde qui peut être parfois pesant. Le mouvement qu’a initié Concrete depuis 5 ans, de sortir le dimanche et de danser sur de la techno, ne fait que croître. On le voit dans la multiplicité des soirées organisées par des personnes n’ayant pas forcément de labels ou de notoriété.

Complètement, il y a 5 ans c’était presque impossible d’organiser une soirée en dehors de Paris sans tête d’affiche.

Exactement ! Les gens cherchent à danser et à profiter. On en revient encore au partage. Avant d’avoir mon projet Shlømo je sortais et je voulais juste écouter du bon son, avec des potes, rencontrer des gens, danser, etc. Et c’est là où j’ai fait mes plus belles rencontres. La musique définit tellement d’aspects d’une personne qu’au final c’est logique de retrouver dans ces évènements des personnes qui te ressemblent. Cela permet également d’être soi-même. En tant qu’artiste, la vibe que tu vas donner à ton public est primordiale. Ce que je souhaite c’est de faire plaisir aux gens qui viennent me voir jouer et qu’ils ressentent que j’en prends aussi.

On est très impatient d’écouter Shaun à l’Atonal, grand laboratoire techno et ambient berlinois, du 16 au 20 Août. Il jouera jeudi sous son propre nom pour un live spécial ambient et vendredi en tant que Shlømo. Deux lives qui permettront d’explorer sous deux angles différents l’univers qu’il développe.

Sorry, but this interview is not available in English.

Vous aimerez surement

Leave a comment

Articles populaires

Chargement des articles...
Le chargement des articles a echoué, une nouvelle tentative va être effectuée automatiquement dans 5 secondes.

Back to Top