Interview : Sulfure Festival

Nouveau-venu sur la scène parisienne, le Sulfure Festival réunira une trentaine de performances au Vent se Lève au mois de mars. En pleine campagne de crowdfunding, l’équipe du festival a répondu à nos questions sur son projet.

sulfure festival
Par Thomas Renauld
Publié le 17 janvier 2019 | 15:37

Nouveau venu sur la scène des festivals parisiens, le Sulfure a des arguments pour faire entendre sa voix. Co-organisé par les webzines Indie Rock Mag et Des Cendres à la Cave, dans le cadre intimiste du Vent se Lève dans le 19ème arrondissement. Le festival aligne pour sa première édition une dizaine de dates éparpillées tout au long du mois de mars, qui brassent, derrière le terme de musiques singulières, un univers très large, s’étendant de Christ. à Jon Porras, de Paulie Jan à Strangelove, en passant par une prestation du duo Haxo, composé de deux membres de l’équipe SSS. En pleine campagne de crowdfunding (qui sert également de préventes), à laquelle vous pouvez participer ici, l’équipe du Sulfure a répondu à nos questions pour présenter ce nouveau projet et ses origines.

 


 

Pour commencer, est-ce que vous pourriez présenter en quelques mots le Sulfure Festival pour nos lecteurs qui ne connaîtraient pas encore le projet ?

Avec plaisir ! Le Sulfure Festival, c’est un événement organisé par les webzines IRM et Des Cendres à la Cave au Vent Se Lève, à Paris dans le 19e arrondissement, pour donner une tribune à des musiciens et groupes qu’on se sent parfois un peu trop seuls à défendre. Un festoche autofinancé par des gens pour qui ça n’est pas du tout un métier et dont tous les bénéfices iront aux artistes et à l’orga de futurs concerts s’il reste quelque chose à la fin, mais surtout pas dans nos poches.
Cette année, pour la première édition, environ 35 invités originaires d’une dizaine de pays se produiront si tout va bien entre le 9 et le 31 mars.

Indie Rock Mag et Des cendres à la Cave co-organisaient il y a quelques mois un premier concert conjoint à Paris. Comment vous êtes-vous retrouvés, à partir de cette première expérience, à organiser un festival entier d’une douzaine de dates réparties sur un mois ? Comment vous êtes-vous lancés dans le projet ?

Un peu par hasard à dire vrai ! Tout comme pour cette première date le 31 octobre 2018, après qu’Ensemble Economique et Jeremiah Cymerman nous aient contactés, chacun via l’un des sites, pour nous demander si l’on avait des bons plans à leur indiquer pour un concert sur cette période. Le premier tournait dans les environs à ce moment-là, le second prévoyait de passer quelques jours à Paris en touriste, ils avaient une soirée en commun dans leurs disponibilités et on venait de copiner avec la team du Vent Se Lève, en particulier Stekri du label Dezordr qui programme là-bas et dont la curiosité fait écho à la nôtre. On lui avait déjà présenté Alexandre Navarro, ce qui avait abouti à un concert de ce dernier au Vent quelques semaines plus tôt, confirmant notre belle impression des lieux aussi bien terme d’atmosphère que d’acoustique. Bien sûr c’était aussi une expérience qui nous faisait de l’œil depuis longtemps, et la découverte de cette petite salle intimiste au son enveloppant, idéal pour les concerts atmosphériques de tous bords, en avait fait une évidence.

Mais je digresse… ahaha !

Pour en revenir au festival donc, lorsqu’on commence à organiser des concerts, en particulier sur Paris où la plupart des salles sont overbookées des mois à l’avance, on est très vite sollicité… En plus de ça on avait eu l’occasion de toucher un mot du Vent se Lève à plusieurs artistes de chevet croisés sur Paris l’an passé, tels qu’Aidan Baker (qui nous fait l’honneur d’un concert le 3 février servant également de présentation du Sulfure avec séance d’écoute), thisquietarmy… Donc le projet est né tout simplement d’une conjonction de propositions et d’envies, le Canadien thisquietarmy qui se cherchait un concert sur Paris vers mi-mars, l’Écossais Christ. qu’on avait échoué de peu à programmer au Vent avec Les Charades Électroniques au moment de son concert à Toulouse avec Leila et Arovane en novembre, la Danoise basée en Islande IDK | IDA dont Spydermonkey d’IRM organise la tournée française au printemps, etc. On a réalisé que tout ça tombait sur la même période, et de fil en aiguille, l’idée puis l’organisation d’un festival ont germé !

La programmation du festival est à la fois éclectique et défricheuse, très éclatée stylistiquement mais trouvant son unité dans la mise en commun d’univers musicaux singuliers. Est-ce que vous pouvez nous en dire quelques mots ?

Éclectisme est effectivement le maître-mot… A la base on imaginait même la possibilité de confronter des univers radicalement différents sur une même date, ce que Le Vent se Lève avait joliment expérimenté l’automne dernier en faisant par exemple jouer La Main Gauche (rap en apesanteur) et Woodbell (trio à cordes de pop de chambre), ou Mind the Beatz (breakbeat, abstract hip-hop) et Odds & Ends (folktronica), mais finalement les soirées se sont organisées naturellement avec une certaine cohérence.
La soirée HEP en ouverture le samedi 9 mars évidemment, carte blanche au collectif ambient/electronica d’Alexandre Navarro dont on parlait plus haut, qui mêlera microhouse, techno déstructurée, etc. avec notamment Paulie Jan que vous connaissez bien je crois, mais aussi par exemple celles du mercredi 13 mars et du dimanche 31 en clôture avec d’un côté Helluvah et IDK | IDA avec Cebe Barnes en DJ set, de l’autre Fuji Kureta et Mei, deux programmations majoritairement féminines aux influences électroniques plus ou moins marquées. Puis le samedi 16 mars en association avec Les Charades Électroniques avec Christ., Alexandre Navarro et un troisième invité qui dépendra de l’issue de notre campagne de financement, le mercredi 27 sous le signe d’un hip-hop aventureux avec les Britanniques Strangelove et les Lillois YN ou encore le dimanche 24, plus orienté folk/acoustique avec la Belge Chantal Acda (Sleepingdog) et les Parisiens Miles Oliver et Julien Ledru.
Et puis il y aura bien sûr plusieurs concerts consacrés à ces univers expérimentaux, ambient, drone qui nous passionnent, le dimanche 17 mars avec l’Italien Giulio Aldinucci, Paskine et Waveland, le mardi 19 avec thisquietarmy, Haxo et Ilia Gorovitz, le mardi 26 avec l’Américain Jon Porras des géniaux Barn Owl et Mathias Delplanque, ou encore le samedi 30 avec la drone-folk de l’Anglais Seabuckthorn, la dark folk habitée de Rach Three et les expérimentations guitare/textures de CollAGE D.

Comment cette programmation a-t-elle été conçue ? Est-ce que l’esthétique du festival était présente dès l’origine du projet, ou s’est-elle imposée à mesure que les artistes se rajoutaient au line-up ? Est-ce que cet éclectisme était quelque chose de revendiqué dès le départ ?

Tout à fait, on a essayé, assez volontairement tout de même, de couvrir un peu tous les univers mis en avant par IRM et DCALC au fil des ans, ce qui qui brasse forcément très large puisque notre passion en tant que chroniqueurs n’a jamais été limitée par aucune étiquette. Outre les différents styles musicaux que j’ai mentionnés, on a aussi cherché un équilibre entre valeurs sûres (Jon Porras, Chantal Acda ou thisquietarmy donc), des marottes parfois communes avec l’équipe du Vent – à l’image des Londoniens Strangelove que l’on suit depuis leurs débuts et que Stekri adore et voulait à tout prix programmer – ou parfois propres à IRM comme Fuji Kureta, duo turque qui participait à notre trilogie de compilations Clouds / Ashes / Clashes en 2013 avec un titre original et qui nous fait l’honneur d’un concert unique plus de 3 ans après avoir officiellement mis fin au projet, des musiciens cultes pour nous et dont on regrette que l’admiration qu’ils nous inspirent n’ait jamais dépassé le cercle d’initiés (Christ., pourtant troisième larron des Boards of Canada jusqu’au milieu des années 90 et tout aussi talentueux mais que pas grand monde ne connaît). Il y en a d’autres que l’on avait découverts et qui ont évolué en même temps que nous (Helluvah, qui était sur la toute première compil d’IRM en 2007, ou Paskine, un favori de Dcalc) et beaucoup d’artistes émergents, que l’on a été parmi les premiers à mettre en avant récemment et, on l’espère, pas les derniers ! On peut citer Mei, IDK | IDA ou l’Israélien Ilia Gorovitz.
Je ne sais pas si on peut véritablement parler d’esthétique commune ceci dit, si les lieux s’y prêtaient on aurait sans doute glissé un peu de black metal là-dedans !

Comment définiriez-vous cette identité singulière du Sulfure Festival ?

En quelques adjectifs s’il le faut : atmosphérique, intimiste, sincère.

Les soirées du Sulfure Festival s’étendent sur tout le mois de mars (après une soirée d’ouverture début février avec Aidan Baker et The Eye of Time), mais se dérouleront toutes dans le même cadre, celui du Vent se Lève, où vous organisiez déjà le premier concert IRM / DCALC. Pourquoi ce lieu vous paraît-il particulièrement adapté à votre festival ?

Ça a un peu marché dans les deux sens, le festival s’est aussi adapté au lieu. Pas de batterie, donc on aura peu d’indie rock, bien que certains artistes s’en rapprochent (Helluvah, aujourd’hui plus synth-pop et dont le batteur joue avec des pads, ou Miles Oliver qui alterne folk sensible et chansons électriques plus rugueuses), une atmosphère feutrée, petits bancs faits maison, tapis au sol avec des coussins pour s’allonger, donc forcément pas mal d’ambient. Et puis on aimait cette idée de concerts proches du public, à même le sol à un mètre des gens, sachant qu’on a une relation privilégiée avec la plupart des musiciens invités qu’on chronique depuis des années, pas mal d’entre eux ont d’ailleurs participé à nos projets de compilations et en particulier la compil IRMxTP en 16 volumes et 200 titres que l’on a sortie en libre téléchargement sur Bandcamp entre le printemps 2017 et juin 2018, en hommage à la série Twin Peaks. C’était donc important pour nous que cet aspect intime puisse se ressentir dans le rapport entre musiciens et spectateurs.
Mais surtout – et ça beaucoup le découvriront à cette occasion puisque la salle, qui est avant tout un lieu de création partagée et de culture au sens large, n’a vraiment commencé à organiser des concerts de façon régulière qu’en juin dernier – Le Vent se Lève bénéficie de la culture du beau son de la team Dezordr. Entre la sonorisation et l’acoustique du lieu, spacieux et haut de plafond, c’est tout simplement là que j’ai eu le meilleur son à Paris à cette échelle pour des concerts ambient, electronica, hip-hop, folk et j’en passe.

Le festival est actuellement en pleine campagne de crowdfunding, qui fait également office de préventes. Parmi les contreparties proposées, on trouve notamment une compilation du festival, des sérigraphies, mais aussi un livestream des concerts – ce sera le cas pour tous les concerts ?

A priori oui, tous les musiciens ont donné leur accord. A l’exception sans doute du concert d’introduction d’Aidan Baker et The Eye of Time, qui n’est rattaché qu’indirectement au festival de toute façon, car c’est un peu tôt et le dispositif de retransmission ne sera sans doute pas encore tout à fait en place à cette date.
Au moment où l’on parle, le crowdfunding en est à 37% et il nous reste 18 jours, on espère que les spectateurs seront nombreux à réserver leurs tickets ou leur pass en avance car c’est de la réussite de cette campagne que dépend le festival. La somme visée est très modeste, elle servira surtout à avancer les frais de transports et assurer des cachets minimum voire à organiser une date supplémentaire le 12 mars si les contributeurs sont généreux, et la prévente propose de nombreux avantages, du livestream de tous les concerts donc pour toute contribution à partir d’un euro aux pass 5 concerts ou intégralité du festival, qui ne sont proposés que par ce biais. Tout ticket donne aussi droit à cette compil couvrant l’intégralité du line-up avec un certains nombre de raretés, de remixes et même d’inédits.

On trouve également parmi les contreparties proposées des showcases et workshops. Vous pourriez nous en dire un peu plus ?

C’est encore top secret… ahaha. Mais je peux quand même dire que seuls les détenteurs d’un pass, réservé via la campagne de financement participatif sur Ulule donc, auront accès à ces sessions et workshops. Il n’y en aura pas à chaque fois mais a priori la plupart des dates auront au moins une session enregistrée avant concert. Ça va être particulièrement intime, en tout petit comité. C’est la partie du festival que j’ai le plus d’impatience à organiser !

Avez-vous déjà des projets pour la suite des choses, que ce soit avec le Sulfure Festival ou avec IRM et Des Cendres à la Cave ?

Une cinquantaine de musiciens et groupes qu’on aime beaucoup (voire énormément pour certains) se sont déjà dits intéressés par un Sulfure Festival 2020, certains basés aux USA, en Australie, en Scandinavie donc tout dépendra du petit budget qu’on arriverait ou pas à mettre de côté à l’issue de cette première édition. Il est possible aussi qu’on organise quelques dates au Vent plus tard cette année, surtout si un fanatique de musique indé se décide à souscrire au Pack Bookeur en Herbe du crowdfunding, qui permet de co-organiser un concert avec nous !

Le Sulfure Festival est actuellement en phase de crowdfunding : toutes les informations ici.

Sorry, but this interview is not available in English.

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