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Jabu – Sleep Heavy

Devenu un trio, Jabu nous offre pour son premier album chez Blackest Ever Black un disque à l’atmosphère unique, qui concrétise ce que ses précédentes sorties laissaient entrevoir.

sleep heavy

8.0

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 28 octobre 2017 | 11:41

A la première écoute de « Let Me Know », titre inaugural de Sleep Heavy, premier album publié par le projet Jabu, un doute se fait jour. S’agit-il bien du même Jabu qui officiait jusqu’alors au sein de Young Echo, aperçu par des sorties chez No Corner ou Ramp Recordings, notamment à l’occasion, en 2013, de l’album Nexus du collectif de Bristol ? La réponse, bien sûr, est positive. Jabu a simplement entrepris une mue analogue à celle de Darkstar, autre duo issu du monde de la bass music, avant d’adopter des techniques de composition pop en devenant un trio. La signature chez Blackest Ever Black de Jabu, jusqu’alors composé d’Amos Childs et Alex Rendall, ne s’est ainsi pas réduite à l’arrivée dans le groupe d’une nouvelle vocaliste, Jasmine Butt : ce changement de composition a également transformé les équilibres du projet, pour le faire basculer dans une forme de R&B intimiste et éthéré.

Passé le choc initial, la surprise que représente Sleep Heavy se révèle très rapidement excellente. Au-delà de sa transformation, Jabu a conservé l’une des principales qualités de ses membres – que l’on retrouve, par ailleurs, au sein des projets Killing Sound et O$VMV$M –, à savoir un indéniable talent de la composition, appuyé sur des textures discrètes, floues mais qui touchent toujours leur cible. Sleep Heavy est empli de ces compositions impénétrables mais célestes, qui s’imbriquent les unes dans les autres pour former un album uni, au son clairement défini. Les vocaux se déposent délicatement sur des textures immatérielles, noyées de reverb, des boîtes à rythmes qui peinent à se faire entendre. L’apport de courts titres (moins de deux minutes pour trois d’entre eux) accentue cette impression d’uniformité, comme si les voix de Jasmine Butt et d’Alex Rendall s’égrénaient sur un fond sonore en lente fluctuation, revenant d’un titre à l’autre.

Il serait pour autant injuste de réduire Sleep Heavy à un album ne fonctionnant qu’en tant qu’ensemble autarcique. Là encore, les talents d’écriture des trois membres de Jabu confèrent à l’album son autre force : l’écoute de Sleep Heavy est parsemée de titres qui retiennent toute notre attention, s’apparentant à de petits tubes au sein de leur propre univers musical. On est ainsi successivement marqué par la mélodie lo-fi du doux « Get To You », par la tristesse délicate du beau « Bones », qui semble émerger dans un souffle avant de disparaître aussitôt, laissant la place au superbe « On », aux percussions sobrement dégradées. Les pads délayés de « Searc », évoquant un Portishead à la fois plus lumineux et enfoui dans le temps, puis les sonorités élégantes de « Wounds » – l’un des meilleurs titres du disque –, apportent à leur tour ces petites touches qui nous ramènent inlassablement vers cet addictif Sleep Heavy.

Sleep Heavy n’est donc pas que le simple reflet d’une métamorphose de Jabu. Par ce pas de côté, ce premier album concrétise également tout ce que les membres du projet avaient laissé espérer par leurs précédentes sorties et contributions. Parfaite illustration de son titre, Sleep Heavy est un disque à l’atmosphère unique, dans laquelle on se délecte de pouvoir se replonger, écoute après écoute.

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