Partager

0
0
A+ A-

Prince Of Denmark – 8

8 n’est pas vraiment de Prince Of Denmark, 8 n’est pas vraiment un album, 8 n’est pas vraiment une révolution stylistique. Mais 8 démolit toute notion de temporalité et d’appartenance à un artiste. 8 est une autre forme de révolution.

folder

8

10

Label

Genre

Par Raphael Lenoir
Publié le 2 janvier 2017 | 8:36

Nommé label de l’année en 2014 et en 2016 par Resident Advisor, Giegling n’en finit plus d’asseoir sa domination sur la scène house et techno actuelle. Peut-on alors encore parler d’un petit crew basé sur Weimar, ou ne s’agirait-il pas plutôt d’une machine marketing savamment orchestrée, qui réplique à merveille une stratégie risquée mais puissante en cas de succès : l’absence engendre le mystère, qui lui-même engendre la fascination ? Au centre de ce mystère se trouve Prince Of Denmark, aussi connu sous le nom de Traumprinz ou encore DJ Metatron. Si ses sorties constituent aujourd’hui un bon cinquième du catalogue Giegling et de son sous-label Forum, peu de gens à l’extérieur du cercle d’initiés connaissent ne serait-ce que son nom. De très rares performances en club, des mixes sortant au compte-goutte, aucune biographie personnelle ; seul l’aspect de production pure, en elle-même, est conservé. Après avoir sorti deux EP sur ses deux autres alias au cours de l’année, Prince Of Denmark a créé la surprise en cette période de fêtes avec Giegling en sortant dans une certaine confidentialité un album de pas moins de trois heures. Un simple message sur Facebook et l’apparition dans le shop du label dudit album ont suffi à mettre le feu aux poudres. Résultat des courses : le premier pressage est sold out en quelques jours (malgré les 100€ à l’étiquette), mais une seconde devrait arriver courant avril 2017.

Ainsi donc, c’est devant une boîte contenant 8 plaques de 23 morceaux que se trouve l’heureux acquéreur de l’album. 8 (ou plutôt ∞ tel que l’annonce la cover) est le nom de cette œuvre gargantuesque, recensant des années de travail de Prince Of Denmark, une arlésienne que tout le monde mentionnait sans vraiment oser l’imaginer devenir réalité. Une œuvre pour laquelle les superlatifs manquent, définitivement majeure pour l’artiste mais aussi pour la techno en général.

Pour comprendre les raisons qui vont faire de 8 un monument de la techno, il nous faut d’abord comprendre pourquoi la techno de Prince Of Denmark se situe bien au-dessus de la techno habituelle, tout en étant de la techno habituelle. En effet, on ne peut pas ici passer par la case « expérimentation » : Prince Of Denmark n’est pas Alva Noto, ou une autre figure de proue de la techno expérimentale. 8 ne renouvelle pas les codes de la techno. Il ne cherche pas non plus à explorer ses limites ou à créer de nouvelles formes musicales. 8 est plutôt un concentré de l’univers de Prince Of Denmark, étalé sur trois heures. Pour comprendre le comment du pourquoi il nous faut donc utiliser des notions abstraites de jugement et de goût, qui par définition varient d’un individu à l’autre.

On peut néanmoins l’affirmer : un amateur de techno ne restera pas insensible devant celle de Prince Of Denmark car cette dernière parvient à lui transmettre une émotion qu’il ne retrouve pas autre part, une émotion difficilement descriptible. Prince of Denmark arrive en effet à insuffler une âme à ses morceaux, il leur donne une aura rêveuse, un brin mélancolique et contemplative. Ce n’est pas un hasard si l’un de ses pseudonymes se traduit littéralement par « prince des rêves ». On aime la musique car elle nous procure de l’émotion ; de même, on aime la techno de Prince of Denmark car elle met de l’émotion dans un genre où il est parfois compliqué d’en instiller.

Prenons maintenant un exemple concret : « Planet Uterus », antépénultième morceau de l’album. Ce qui différencie « Planet Uterus » d’un morceau d’un producteur lambda, c’est à la fois tout et rien. La rythmique est bien en 4/4, la pulsation aux alentours des 120 BPM, légèrement dubbée. Le sample se répète à l’infini, le motif de fond reste le même mais sur ces fractions de secondes durant lesquelles le motif se déroule, un phénomène particulier se produit, durant lequel on se surprend à partir, à tout oublier, jusqu’à la musique même. Et c’est là que l’on atteint l’essence même de ce que doit être la techno : être partout présente, tout ayant disparu de notre esprit. A ce jeu, Prince Of Denmark est une référence du genre.

Mais plus que d’être le produit de Prince Of Denmark, 8 est aussi un concentré de DJ Metatron ou de Traumprinz, ou de n’importe quel autre alias que l’on trouve derrière Prince Of Denmark. Il est avant tout l’album de l’homme derrière ces trois masques. Et c’est là que l’on voit une véritable différence avec The Body, son premier album. The Body était un album de techno, mais avec une patte bien distincte, dancefloor et sèche qui s’éloignait suffisamment de DJ Metatron ou de Traumprinz et de leurs ambiances plus housy. Ici, les morceaux dancefloor comme « Squidcall », « Desire », « 0R6145 » côtoient des fresques sonores plus diffuses comme sur « Pulsierendes Leben » ou sur « Once With A Smile », sans compter les quelques morceaux ambient qui parsèment l’album.

Enfin, si 8 parvient à se hisser au sein du « hall of fame » de la techno, cela vient aussi de ce halo de mystère dont est imprégné l’album. En effet, le message de Giegling annonçant l’album déclarait « you will never have everything ». Et depuis que l’album est sorti, il y a quelques jours de cela, plusieurs versions d’un même morceau, voire des morceaux carrément différents circulent sur la toile. Comme si la tracklist était elle-même infinie (d’où l’hypothèse de lire ∞ au lieu de 8).

Il était logique de penser que plus Prince Of Denmark nous dévoilerait ses productions, plus nous serions capables de cerner son univers. Or c’est précisément l’inverse qui se produit sur 8, qui se veut être l’œuvre d’un homme, plus que d’un alias. Cette fresque sonore est un phénomène comme il en arrive peu souvent aujourd’hui en matière de techno car elle parvient à maintenir en haleine l’auditeur pendant un laps de temps qui semble infini. Les faux pas sont quasiment inexistants dans cette odyssée et chaque morceau propose quelque chose de différent musicalement, tout en se fondant dans cette masse sonore où l’oubli de soi est le maître mot. Le mystère s’épaissit, la fascination se renforce autour de ce personnage, et si cet album a été noté 8/10, il est tout à fait possible qu’il ait en réalité reçu une toute autre note.

Tracklist :

01. Intro
02. Opening Dance
03. Neoclassicaldub
04. Desire
05. Neurobell
06. Latenightjam
07. Tool 517
08. 0R6145
09. Interlude
10. Darkspirit Cut
11. Cut 06
12. Miseri
13. Once With A Smile
14. Mentalbeam
15. Squidcall
16. GS
17. Ambient 004
18. Peace
19. Pulsierendes Leben
20. 8
21. Planet Uterus
22. 88888888
23. Untitled

Vous aimerez surement

Leave a comment

Articles populaires

Chargement des articles...
Le chargement des articles a echoué, une nouvelle tentative va être effectuée automatiquement dans 5 secondes.

Back to Top