Report Nuits Sonores 2019 : dix performances marquantes

Radioactive Man, Flavien Berger, Lena Willikens ou Nitzer Ebb : retour sur les performances marquantes de cette 17ème édition des Nuits Sonores

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Par Idris Ghouati
Publié le 12 juin 2019 | 12:26

On pourrait certainement parler du temps merveilleux qui a régné sur cette dix-septième édition des NS ou de l’organisation millimétrée d’un festival désormais bien installé, c’est néanmoins la grosse densité de performances artistiques remarquables qui nous a frappé. On attendait certain.e.s artistes connu.e.s, et finalement on s’est beaucoup laissé surprendre par de belles découvertes. Plus que dans beaucoup de festivals, les performances live étaient mises en avant, ce qui nous a particulièrement marqué, surtout quand on sait les contraintes d’organisation que cela peut représenter. D’autre part, dans une scène électronique où la présence des femmes est encore minoritaire, on a apprécié une plus grande parité parmi les artistes invité.e.s. On a choisi de vous présenter dix performances marquantes, qui ne sont qu’une sélection subjective. En effet, présents à partir du jeudi, nous avons inévitablement manqués certain.e.s artistes que nous aurions aimé voir : le B2B entre Low Jack et Simo Cell, le live de J-Zbel ou de Model 500, entre autres.

Bruxas live (Jeudi, Radio Meuh Party au Sucre)

Pour notre premier soir, on attendait le selector Young Marco qui commençait son set à 1h30 et on pensait s’échauffer tranquillement une bière à la main. Finalement, le live de Bruxas, side-project des hollandais Jacco Gardner et Nic Mauscovic, accompagné de Tienson Smeets aux percussions, nous met une grosse baffe. Sur un tempo lent, on se laisse envoûter par leurs belles nappes et leurs chants réverbérés tandis que les rythmiques latines, portées notamment par un djembé, donnent à toute la salle l’envie de se déhancher. Le début assez planant laisse place à des morceaux entre disco et cumbia aux lignes de basse groovy. Une bien belle découverte pour commencer notre séjour. Leur dernier EP, Sirocco, sorti en 2018 sur Dekmantel donne un bon aperçu de leur talent.

Radioactive Man live (Vendredi)

En ce vendredi après-midi, Jensen Interceptor nous permet de bien commencer la journée avec un set électro pointu, bien qu’un peu trop monotone, et on continue sur cette lancée en montant les marches du Sucre pour aller voir le live du vétéran Radioactive Man. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Keith Tenniswood de son vrai nom est une légende de la musique électronique. Membre du duo Two Lone Swordsmen avec Andrew Weatherall avec lequel il a sorti une bonne quantité d’albums mythiques sur Warp Records, il officie plutôt en solo depuis le milieu des années 2000. Le contraste est étonnant entre la sympathie qui se dégage du britannique, levant régulièrement sa bière comme pour trinquer avec le public, et la violence de la musique qu’il délivre. Armé de ses machines, il nous offre un live terriblement efficace entre techno et électro, souvent acid, virant parfois presque jungle. La salle du Sucre est clairsemée tandis qu’elle est bondée pour Danny Daze dans la salle principale ; il reste encore du chemin à faire dans le développement d’une vraie culture électronique. La popularité des événements électroniques n’est malheureusement pas encore corrélée à une bonne connaissance des artistes présents. Le peu de public présent a le sourire aux lèvres et applaudit chaleureusement. Un très beau moment, qu’on aurait aimé pouvoir savourer plus longtemps.

Ectomorph live (Vendredi)

Alors que le public se presse sur la grande scène pour voir Maceo Plex, on passe se prendre un pastaga en terrasse du Sucre le temps qu’Ectomorph installe son set up. Si la salle était peu remplie pour l’anglais, elle l’est encore moins pour le duo de Détroit qui a pourtant sorti des classiques dès les années 90. Le rythme effréné de Radioactive Man laisse la place à un son plus minimaliste et espacé. On est vite hypnotisé par les nappes et le beat répétitif asséné par les deux compères. Entièrement analogique et composé de sons modulaires, le live du duo oscille entre techno et électro mais reste toujours aussi classieux. Quand la musique s’arrête, tout le monde applaudit et se regarde avec l’impression d’avoir assisté à un instant privilégié. Le fait que les deux américains tournent très peu en France ajoute certainement à l’émotion du moment. On ne peut que souhaiter que les programmateurs français les invitent plus souvent. Après cet enchaînement assez incroyable Jensen Interceptor / Radioactive Man / Ectomorph, on erre entre le set de Midland et Maceo Plex sans trouver chaussures à nos pieds.

Nitzer Ebb live (Vendredi)

Après la prestation très convaincante de Curses qui a bien chauffé la salle avec sa coldwave et son charisme indéniable, on revient près de 30 ans en arrière dans la musique post-punk avec Nitzer Ebb. Le groupe ne s’est plus produit depuis 2010 et s’est réuni de nouveau cette année ; on se dit donc qu’on est chanceux de pouvoir assister à cela. Si le groupe joue assez classiquement ses gros tubes, ces derniers sont quand même magnifiquement porté par un Douglas McCarthy en grande forme, aux cheveux gominés et au charisme de mafioso, qui multiplie les allers-retours sur scène. Ce show ultra-énergique donne envie de crier et de lancer des pogos, pratique encore trop peu répandue dans les soirées électroniques. Le concert se termine par le classique « Join in the Chant » : instant privilégié, encore une fois. Le gros set de Volvox & Umfang, qu’on aura préféré à Laurent Garnier, clôt cette Nuit 3 d’une belle manière.

Lena Willikens & Vladimir Ivkovic djset (Samedi)

On attendait beaucoup le B2B entre les deux résidents du Salon des Amateurs à Dusseldorf, très habitué.e.s à jouer ensemble et qu’on avait jamais eu l’occasion de voir jusque là. Le verdict est plus que satisfaisant. Programmé.e.s à 15h sur la grande scène de la Sucrière, ils commencent par des morceaux downtempo qui nous permettent de bien nous remettre de notre fatigue post-prandiale. On est saisi par le contraste entre la musique sombre, industrielle délivrée et le soleil radieux dehors, comme c’était déjà le cas la veille avec Jensen Interceptor. Ce contraste nous paraît assez agréable et on trouve audacieux de la part des Nuits Sonores d’avoir programmé des artistes de ce type en après-midi plutôt que de la disco ou de la house comme il aurait été facile et attendu de faire.

On est souvent très décontenancé, on ne sait pas vraiment ce qu’on écoute et cela nous convient très bien. La seule chose qui compte ici c’est l’énergie du set délivrée, qui contraste avec leur calme derrière les platines, comme s’ils voulaient entièrement s’effacer pour laisser parler leur musique. Le duo fait montre de sa capacité à aller chercher des morceaux inconnus dans beaucoup de styles différents et à les faire se répondre pour installer une ambiance unique. Clairement un des meilleurs sets entendus durant ce long week-end. Et quand on sait que c’est Lena Willikens qui a fait la programmation de ce Day 4, on sait qu’on va passer une bonne après-midi.

Elena Colombi djset (Samedi)

Pourtant grand fan de Donato Dozzy, on ne parvient pas à accrocher au début de son set. L’italien cherche à nous emmener dans une ambiance « psychédélique » comme il aime le dire, grâce à un set reposant sur des morceaux avec des boucles qui paraissent infinies. Mais à cet horaire là (18h) et après Willikens & Ivkovic, on n’a pas envie de suivre Dozzy dans son long tunnel techno.
On file donc sur l’Esplanade. En plein soleil et sous une chaleur étouffante, on est scotché par la DJ qui y joue. On apprend qu’il s’agit d’Elena Colombi et ses deux heures de set nous auront clairement donné envie d’en entendre plus. Artiste italienne basée à Londres, son set pioche dans un spectre assez large de styles même s’il nous paraît majoritairement techno. Les morceaux EBM et new-wave qu’elle joue donnent une vraie énergie punk à sa performance, bien adaptée au contexte industriel des anciennes usines de la Sucrière. Elle termine son set par un morceau rock qui met la foule en liesse, parfait point d’orgue de son set.

Flavien Berger live (Samedi)

Parce qu’on a aussi envie d’un peu de douceur durant ce festival, on s’éclipse rapidement de la Sucrière pour ne rien rater du concert de Flavien Berger qui ouvre la Nuit 4 dans le Hall 1. La salle n’est pas encore trop remplie, ce qui nous permet d’apprécier le concert avec de l’espace. Nous qui n’avions pas forcément été convaincus par ses albums, écouter ces mêmes morceaux joués en live a été une révélation. On se rend compte sur scène de la dimension fortement électronique de sa musique, qu’il compose lui-même, donc de son entière légitimité à être présent dans un festival comme les NS. Il criera même lors de l’une de ses très drôles prises de paroles « vive la musique techno », avec le ton un peu loufoque qu’on lui connait. Beaucoup de ses morceaux incluent de longs passages exclusivement instrumentaux, comme le très bon « Leviathan ». Le concert alterne bien entre ces passages instrumentaux très électroniques, des morceaux plus chantés comme la balade mélancolique « Brutalisme » ou plus rock comme « La Fête Noire » sur lequel il clôt son concert. Une écoute plus attentive et moins alcoolisée de son dernier album Contre-temps nous aura bien réconforté durant notre dimanche de ramasse passé dans le TER Lyon-Paris.

Tony Allen & Jeff Mills live (Samedi)

Encore une prestation très attendue : le show de Tony Allen et Jeff Mills qui tournent en concert depuis un an suite à leur très bon Tomorrow Comes The Harvest sur Blue Note. Autrement dit la rencontre entre deux pionniers, l’un de la techno de Détroit, l’autre de l’afrobeat aux côtés de Fela Kuti. A l’image de la collaboration de Steve Reid et Kieven Herben, l’association d’une batterie et d’une boîte à rythme peut sembler farfelue et cacophonique. Mais le show est tellement maîtrisé que les deux se mêlent parfaitement, bien accompagnés par Jean-Philippe Dary au synthé. Les envolées de Tony Allen, qui prend le dessus dans le duo, sont bien complétées par Jeff Mills et sa TR909. Le show est aussi impressionnant à écouter qu’à regarder. On connait bien le flegme et la virtuosité de Jeff Mills, on connaissait moins la classe absolue de Tony Allen derrière sa batterie. Une prestation entre jazz et afrobeat assez vivifiante au sein de ces Nuits Sonores.

Nihiloxica live (Samedi)

Difficile mission que de passer après Tony Allen et Jeff Mills, d’autant que Nihiloxica n’est pas très connu et que les trente minutes d’installation de la scène font partir une grande partie du public. Les ougandais sont proches du label Nyege Nyege Tapes basé à Kampala, qui a bien mis en avant l’Afrique de l’Est dans la musique électronique. Le groupe s’est formé en 2017, avec son premier EP Nihiloxica. Il ne s’agit que de leur deuxième passage en France, après celui à la Station Gare des Mines à l’occasion du Red Bull Music Festival. Le temps de l’installation, nous partons rapidement voir la fin de la prestation de Charlotte Gainsbourg, assez convaincante, accompagnée par un light show impressionnant.

Mais on retourne donc au Hall 2. Le groupe Nihiloxica est, en premier lieu, assez fascinant à regarder avec ses six percussionnistes et ses deux autres musiciens à la batterie et au clavier. Leur musique est un mélange de percussions tribales et de techno occidentale, et leurs morceaux souvent structurés autour de très longues montées en intensité et de boucles qui font vriller le cerveau. La salle s’est rapidement remplie et le public se laisse emporter dans les boucles de Nihiloxica. Un choix de programmation audacieux pour une des prestations les plus saisissantes de ce festival.

Jennifer Cardini B2B Lokier djset (Samedi)

N’ayant pas la chance de pouvoir assister au closing day, nous vivons nos dernières heures du festival. Après le set furieux de Marvin & Guy sur la même scène, on reste sur des bases tout aussi solides. La vétérane de la techno française Jennifer Cardini, et la jeune mexicaine Lokier jouent en B2B pour la première fois ensemble et la complicité entre les deux fait plaisir à voir. A l’image du dernier morceau qu’elle joue ce soir-là (le remix de Younger Rebinds du « Disco Rout » de Legowelt), Jennifer Cardini aime en général faire se rencontrer des univers techno et disco. De son côté, Lokier apporte une touche plus sale et punk au set, ce qui donne un cocktail explosif, parfait pour finir de se défouler et clôturer de belle manière notre expérience lyonnaise. On vous laisse avec uns des temps forts qu’on a retenu du set.

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