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Retour sur la Signal Space

Dans le cadre de la Paris Electronic Week, nous avons essayé la Signal Space, rave contemporaine et véritable expérience audiovisuelle.

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Par Charles-Louis Velieu
Publié le 1 octobre 2017 | 14:07

La Paris Electronic Week de cette année, ayant eu lieu du 20 au 23 septembre, a compté pas moins de 80 intervenants, au fil de seize heures de conférences sur la musique électronique, ainsi que de workshops professionnels abordant des thèmes liés aux technologies modernes. Un thème des technologies qui était au cœur de cette édition puisque les conférences elles-mêmes abordaient, entre autre, la réalité virtuelle, les nouvelles possibilités sonores et les évolutions du milieu liées à internet. Les soirées officielles de la Paris Electronic Week nommées Signal Space se sont présentées comme une mise en pratique ingénieuse de ce thème technologique, en un événement pluridisciplinaire mêlant musique électronique, installations et performances visuelles. Une expérience surprenante qui, hors des aboutissants visés par l’événement, s’est montrée comme une grande réussite.

L’événement tenait lieu à la Galerie R-2 : ce parking souterrain armuré de murs blancs se présentait dès lors comme le lieu parfait pour une excursion visuelle et auditive. La salle était divisée en deux, la Visual Area et la Rave Area. Sur fond du set acid techno de l’allemand JeHann, nous décidions de profiter de ce début de soirée pour nous concentrer sur la première salle. Disposant de discrètes œuvres visuelles expérimentales basées sur les couleurs et le son, elle laissait sa principale surface à une projection mettant en valeur un casque de réalité virtuelle pendant du plafond. Quelques mètres entouraient l’objet intriguant et, avant même d’essayer l’outil, il apparaissait un premier intérêt dans la contemplation des utilisateurs, voguant dans l’espace disponible au gré d’illusions qui nous étaient encore inconnues. L’essai cassa le mystère mais non sans plaisir. Alors plongé dans le noir complet, et livré à nos propres mouvements, on se voyait intuitivement toucher la seule lumière disponible qui, s’envolant, laissait place à un décor de plantes nous entourant. Ouvrant les fleurs de nos mains et nous baladant dans cette jungle, on ressentait alors le potentiel de cette expérience au travers de la musique électronique, finissant d’amener le voyage à un stade sensoriel unique et plaisant.

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On se dirigea ensuite vers la deuxième salle. Arrivant sur un parterre de personnes subjuguées par un écran leur faisant face, le live set ambient d’Opasse avait évolué en nappes oscillant entre phases calmes et points de ponctuations cassant notre rêverie, une ambiance froide jouant sur nos émotions. Si l’on était vite imprégné par la musique, il fallait reconnaître cette force en partie à un VJing de qualité, accompagnant la musique avec une force brute et une sensibilité impressionnante. Sur un jeu de noir et blanc, des formes se fondant et se confondant suivaient les nappes de synthé avec une précision déconcertante. Questionnant nos sens, l’effet le plus bluffant restait les blancs musicaux, plongeant instantanément la salle dans un noir profond. Pendant ce temps, un peintre dessinait devant la scène des tableaux abstraits par à-coup, s’inspirant de la musique, apportant ainsi un côté humain à l’expérience.

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Musicalement, la Signal Space touchait une large gamme musicale, de l’ambient au hardcore. A la suite des lives de JeHann et Opasse a commencé la performance de Parhelic Shell, une très bonne surprise de l’événement. Entre techno et ambient, le Parisien a effectué un set rythmé et mental, jouant de nappes et de froissements électroniques. Omicron Persei par la suite a joué d’un large spectre musical dans un live expérimental, par moments synthétique, et par moments aux sonorités plus organiques. L’expérience se voulut narrative, comme un échange entre les formes sonores et visuelles du duo, tissant une histoire dans laquelle était bercé le public. La foule se mit à danser alors qu’INTERN et North Electronic fermaient le bal, délivrant une techno industrielle incisive et entraînante. La scénographie elle aussi évoluait et laissait place à une imagerie clippée entre extraits vidéos et formes chromatiques. Une première soirée qui s’achevait dans une ambiance rave et colorée, en un set industriel sans concession.

Après un opening drum and bass sombre et groovy, effectué par Brain et Sebass, on se retrouvait le deuxième soir confrontés à la techno brutale de Femur. Ce collectif organisateur de l’évènement a su donner l’exemple par le mélange indissociable de la scénographie d’ONZ, vive et démonstrative, et des sonorités percutantes de Valerick et sa techno chirurgicale frôlant la hardcore. L’écran blanc du premier soir laissait place à un mur percé où apparaissaient les djs. Une scénographie plus colorée et expressive s’installait alors que la musique prenait en puissance. Cet effet était soutenu par le système Voxel Light, transformant les mouvements de la salle en réfractions lumineuses, faisant du public un membre intégral du spectacle. Balagan prit la relève sur un set aux sonorités industrielles transcendantes, auquel, par la suite, Axel Picodot ajouta sa touche acid. Au chapitre industriel, les italiens de Synaptic Memories apportèrent la touche finale, explorant des sonorités breakées dans un set explosif et intransigeant. L’événement s’acheva sur la performance de Densha Crisis, qui a su créer la rupture avec un set hardcore vigoureux, déchaînant la salle et aliénant nos esprits, perdus entre la musique et la scénographie palpitante.

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Beaucoup d’enjeux intéressants apparaissent en cette Signal Space. Chacun des artistes invités a pu exprimer une technicité étonnante, mise en valeur par un VJing de grande qualité. La place donnée à la scénographie et à l’art visuel questionne directement notre rapport à la scène, par la synesthésie opérée entre image, danse et son. Dans un milieu explorant chaque jour de nouveaux champs du possible musicalement, il est étonnant de voir la trop faible importance donnée à l’aspect visuelle, tant l’échange entre les arts était parfaitement opéré en ces deux jours de concert. Il est tout aussi intéressant de voir apparaître cette Galerie R-2 comme un endroit sujet à de nouvelles expérimentations graphiques et musicales, dans un Paris sud souvent considéré comme délaissé par la scène électronique. L’approche du collectif Femur du mélange entre musique électronique et art visuel est réussite, et prometteuse quant à la suite des événements qu’ils pourraient apporter à la scène parisienne.

Crédit photo : Gaëtan Alaphilippe et Maxime Desquartiers

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