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Interview : Clearlight

À l’approche de la sortie de son nouvel EP pour Subaltern Records, nous avons, en collaboration avec TRUSIK, interrogé Clearlight sur le disque, ses productions et sa vision musicale.

clearlight 1
Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 22 février 2017 | 8:38

Il y a trois ans, Lucas D’Haeyaert faisait ses débuts en tant que Clearlight sur Subaltern Records. Le producteur belge y dévoilait un son hautement personnel, puisant dans le dubstep le plus deep et atmosphérique tout en s’affranchissant de toutes les contraintes liées au style. Deux EPs en compagnie de son camarade Owl et de Piezo et un hiatus discographique de deux ans plus loin, c’est de nouveau chez Subaltern Records que Clearlight fait un retour en grâce avec un nouvel EP, Magic Service, qui poursuit ses explorations sonores aux confins du dubstep. Nous avons saisi l’occasion pour l’interroger autour de l’EP, de sa vision musicale et de ses productions, en collaboration avec TRUSIK, qui publie la version anglaise de cette interview.

 

Je voudrais d’abord revenir sur l’EP que tu t’apprêtes à sortir chez Subaltern Records, Magic Service. L’EP est très cohérent, je trouve que chaque morceau s’intègre parfaitement à sa place, et que les différents titres forment vraiment un tout une fois mis ensemble dans cet ordre. Est-ce que c’était quelque chose de voulu, de réfléchi dans la composition des morceaux ? Comment est-ce que l’EP a été formé, comment est-ce que vous avez choisi de l’ordre des morceaux par exemple ?

L’ordre des morceaux s’est vraiment fait au feeling, certains ont été travaillés dans des périodes complètement différentes. Par exemple, « Carousel » est le morceau le plus vieux de l’EP, je pense même qu’il était déjà fini à l’époque de ma première release chez Subaltern. Gabriele Mentha, le big boss, était vraiment tombé sous le charme de cette track à l’époque et, au moment de bosser sur le nouvel EP, il m’a proposé de la ressortir.
Au fil du temps, il ne s’était pas lassé du morceau. Pour lui, la track n’avait pas vieilli, il y ressentait même un peu de nostalgie. Du coup, le morceau s’est retrouvé sur l’EP.

« Illness Point », « Magic Service » et « Black Liquid » sont les trois tracks qui ont réellement été travaillées dans le but de la release. Pour ce qui est des deux morceaux ambient, ils ont été composés plus ou moins au même moment, mais c’était bien avant de m’être lancé sur l’EP. Je les ai piochés dans ma petite collection pour fignoler tout ça de la meilleure manière, et au final ça a formé la structure que je voulais. Ca me fait plaisir de savoir que tu trouves l’EP cohérent car c’est pas toujours facile quand les tracks sont assez différentes.

Cet EP est ton premier EP solo de cette longueur, et montre que tu es à l’aise avec des formats plus longs. Tu as déjà sorti un album en 2011 avec ton duo Glÿph : est-ce qu’un album en tant que Clearlight serait quelque chose que tu pourrais envisager, pour poursuivre dans cette dimension ?

Ahaha ça me fait rire que tu parles de cet album de Glÿph, ça m’étonne même que tu le connaisses ! J’imagine que t’as fouiné sur Google ? Non mais ouais, j’avais déjà bossé sur ça à l’époque mais on était encore des gamins, on chipotait sur Logic Pro depuis même pas deux ans, je suis sûr ! Cela dit, ouais, on a fait un album et on l’a partagé en free download comme de bons samaritains, avec des tracks que j’aime encore comme un petit fou aujourd’hui, mais c’est surtout car j’y ressens beaucoup de nostalgie !

Avec Clearlight, c’est clair que faire un album reste une de mes principales missions. Le problème, c’est que je suis beaucoup plus exigeant, ce qui rend tout de suite les choses plus compliquées… Mais bon, le futur me réserve peut-être une bonne dose d’inspiration divine, ainsi qu’un mental à la hauteur des plus grands ! Par contre, je figure sur trois morceaux du prochain album de mon grand ami et frère de toujours, Owl, connu aussi sous le nom de Pete Saturn. J’en parle ici car on a parlé un peu de Glÿph et qu’il en fait partie, je tenais vraiment à dire que l’album qui se prépare est pour moi une véritable petite perle !

Tu publies cet EP chez Subaltern Records, qui avaient sorti en 2014 ton premier EP en tant que Clearlight. Comment est-ce que vous avez pris la décision de le faire paraître sur le label ? Est-ce que le label a influé sur l’EP, par exemple en sélectionnant certains morceaux, ou en privilégiant tel ou tel type de composition ?

J’ai voulu ressortir quelque chose chez eux car je trouve qu’il faut rester fidèle aux personnes qui t’ont tendu la main et qui seraient prêtes à la retendre encore une fois, avec encore plus de confiance qu’à la première. Tu sais, quand on fait du son un peu bizarre, la plupart du temps tu remarques que beaucoup de personnes suivent pas trop ton délire, tu passes un peu pour le fou du village ; je me souviens au tout début, quand j’ai lancé le projet Clearlight, c’était l’époque où la drum & bass et la dubstep que tu kiffais sur la scène underground s’étaient faites salement souiller par plein d’artistes qui voulaient passer sur la même radio qu’écoute ta petite soeur. Je me souviens, c’était une période déprimante, tu sais quand tu vois ces artistes que t’adorais commencer à faire de la musique pour club à champagne… Ca m’a juste donné envie de faire de la musique à l’opposé de tout ça.

Enfin soit, tout ça pour en venir au fait qu’à l’époque, j’avais composé un EP vraiment différent de ce qui se faisait et ça a généré le bonheur de pas mal de gens apparemment… Pour mon plus grand plaisir ! Et cette réussite, je la dois avant tout à la confiance que Gabriele a eu en moi à l’époque, c’est grâce à des gens qui s’en battent un peu les couilles du conventionnel que la musique évolue et s’enrichit de la plus belle des manières.

Cet EP fait vraiment ressortir le fait que ton son dépasse les frontières du dubstep au sens strict : au-delà de l’introduction ambient, le final de « Magic Service » par exemple est quasiment IDM, avec des guitares shoegaze. Comment est-ce que ça se déroule dans ton processus de composition ? Est-ce que tu pars avec des idées précises des éléments que tu souhaites incorporer, ou est-ce que les choses viennent plus naturellement ?

Franchement, dans cet EP, il y a vraiment eu un peu des deux. Autant des morceaux où je suis parti de rien, avec la tête dans le cul du matin, un joint en bouche et un projet vide de sens sur lequel tu dois te battre mentalement pour réussir à te vendre du rêve et en tirer quelques frissons. Autant d’autres tracks je me suis réveillé avec des idées plein la tête et une soif de production à son apogée. Je t’avoue, je préfère ces moments-là ; quand t’arrives à remettre tes idées en musique, t’es gagnant d’entrée de jeu ! Sauf si t’as que des idées de merde bien entendu ahah.

Après, je suis pas encore au niveau de pouvoir mettre en musique tout ce qui se passe dans ma tête, parfois c’est frustrant mais c’est comme ça, on est pas tous nés prodiges avec des dons surhumains comme certains. En plus, la musique électronique est tellement infinie de complexité, parfois je ne me souviens même plus comment je fais mes propres sons, je pense pas que c’était le cas des groupes des années 60 ! Mais ce qui m’encourage, c’est que depuis que je fais du son, je n’ai pas encore cessé d’évoluer. Ca met en confiance pour le futur, parce que commencer à faire du surplace, c’est musicalement une de mes plus grande frayeurs…

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On entend dans le son de l’EP ces tendances musicales très diverses qui se rejoignent et se mélangent. En l’écoutant, je me suis demandé d’où tu tirais ce type d’influences : est-ce que tu as d’autres genres ou courants de prédilection, en dehors du dubstep, voire des musiques électroniques ?

Mon premier grand amour en musique électronique, c’était Amon Tobin que j’avais découvert dans la bande son d’une vidéo de skate ; je devais avoir 13-14 ans à mon avis. Depuis, autant te dire que j’ai pas lâché l’affaire en matière de musique trippante ! Avec le temps, je n’ai fait que continuer à élargir ma culture musicale, je suis vraiment quelqu’un de très éclectique avec une énorme collection de musiques.

J’ai été influencé par plein d’artistes à travers le temps, je suis vraiment un grand passionné de nature ! Par exemple, c’est Pink Floyd qui m’a donné envie d’écouter de l’ambient.

L’EP s’ouvre sur une collaboration ambient avec le producteur japonais Enuui. Comment est-ce que vous êtes entrés en contact, et comment est-ce que la collaboration s’est déroulée, au niveau de la composition, du partage des idées ?

Enuui, c’etait un de mes premiers coups de coeur en ambient. Je l’avais découvert dans un Voodoo Podcast de Morphy à l’époque. Ce type m’a fait vivre des instants magiques, il n’a fait qu’un seul album mais je ne l’oublierai jamais, c’était un de ces moments intenses que tu ne vis qu’une fois, où tu découvres quelque chose de nouveau et où tu sens que ça va changer ta vie. J’arrive encore à ressentir ce sentiment quand j’écoute l’album…

Après lui avoir envoyé quelques tracks, il m’a dit qu’il adorait vraiment mon boulot et m’a proposé de faire le remix d’un de ces morceaux, c’est là que j’ai remixé « Nagini » et j’en ai fait une track qui arrive encore à me mettre des frissons aujourd’hui, tellement elle sort d’un délire profond. Malheureusement, Enuui ne fait plus de musique. Pour « Fractal Clouds », il m’avait envoyé un pack de samples maison qu’il avait enregistrés au Japon et je me suis occupé de produire toute la track en son honneur.

De façon plus générale, on trouve déjà dans ta discographie d’autres collaborations : au-delà de Glÿph, tu as par exemple sorti en 2015 un titre avec Piezo sur un EP commun. Est-ce que ce genre de collaborations change ta manière de travailler ?

Les collaborations à distance, il faut se l’avouer, c’est super chiant. Soit tu bosses pas sur le même programme que ton pote, soit t’échanges plein de bazars mais tu te paumes car on a pas forcément tous la même oreille et la même manière de travailler le son… C’est souvent compliqué.

D’ailleurs, je ne l’ai pratiquement jamais fait. Avec Piezo, sur notre EP commun, on n’avait que « Pripyat Dub » en collaboration, c’est d’ailleurs une des rares collaborations qui ait réellement abouti et c’est sûrement dû au fait qu’on avait beaucoup de respect l’un pour l’autre, vis-à-vis de nos productions… Mais si tu tends bien l’oreille, tu entendras quand même que la track n’a pas été facile à faire, les meilleurs tracks ont souvent été faites dans la simplicité, même si leur contenu reste très complexe. Moi, ce que je préfère, c’est travailler avec mon pote Owl, autour d’une bière et d’un pétard. C’est toujours de grands moments de partage, de délire etc.. C’est vraiment super important.

Tu viens de Belgique, où la scène dubstep existe depuis longtemps, autour de gens comme BunZer0 par exemple, mais qui se trouve en même temps en dehors de l’épicentre britannique du genre. Est-ce que tu penses que ça t’aide justement à avoir un son plus ouvert sur d’autres choses ? Plus généralement, est-ce que tu perçois une influence du lieu où tu vis sur ton son ?

Ben écoute, moi, j’habite à Charleroi où il fait sombre et froid. Ca pue la misère ici ! Quand tu sors faire une balade en ville et que tu rentres chez toi, t’as pas envie de composer une musique d’amour pour ta femme à la guitare acoustique, t’as juste envie de prendre de la drogue, d’écouter du hardcore et de casser des gueules.

La scène me paraît être en plein renouvellement actuellement, avec des artistes qui essaient des nouveaux trucs, qui rompent avec les structures traditionnelles – je pense à des gens comme Sleeper ou Gantz par exemple –. Est-ce que tu te sens lié à cette scène ? Est-ce qu’il y a des artistes avec lesquels tu as l’impression de partager une esthétique, dont tu te sens proche musicalement ?

Pas trop, je préfère être le loup blanc dans un troupeau de moutons noirs.

Pour finir, tu t’apprêtes donc à publier cet EP pour Subaltern Records : est-ce que tu peux nous dire des choses sur tes projets à venir pour l’année 2017 ?

2017 s’annonce riche en surprises ! Je ne vais encore rien dévoiler pour le moment mais on est sur un gros projet avec Owl!

Pour finir,gros big up à Mentha, Matt, Piezo, D-Operation Drop, Taiko, Le Lion, Otz et toute la famille Subaltern, à Chad Dubz de Foundation Audio, Simon Viehoff de Nord Label, un gros merci à Bunzer0 toujours présent pour le support, Jenner Clark de l’Aquatic Collective, Luke de Reconstrvt NYC, Zenitas du Tundra Festival, Master Margherita et Zen Baboon pour le Boom Festival, Kryptonight Belgium, Rotation Belgium, le FOB Show, Radio Kick Back, à Fatkidonfire, Trusik, SeekSickSound, un gros gros big up à Enuui, DMVU,  ILL_K, Ziplokk, Causa, Shanti, Sectra, Feonix, Mob Killa, Dillard, Iant, Dave Tipper, Oxossi, Halfred, High Dude, Moprhy, Dark Harmonics, Teffa, Perverse, Zygos, Ceiva, Koma, Amon Tobin, Locax <3, Fill Spectre, Shu, Whitebear, Chef Etchebest, Spacedrome, Bukez Finezt, Dalek One, Oldgold, Noisia, Mr Jo, Half Normal, Tosti, Toadface, Bwoy De Bhajan, Ishq et pour finir un tout grand merci à Owl pour toutes ces années de plaisir.

Magic Service sera publié le 24 février chez Subaltern Records.

English version available on TRUSIK: https://trusik.co.uk/2017/02/21/clearlight-magic-service/

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