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Killawatt (FR/ENG)

L’Anglais revient sur ses débuts, sa relation avec les patrons de label qui l’ont motivé et son approche atypique de la musique électronique.

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Par Martin Drazel
Publié le 27 septembre 2017 | 9:38

Dans le cadre de la récente sortie du second EP composé de morceaux d’un seul artiste sur le label berlinois 47, nous avons eu l’occasion de poser quelques questions à l’indéfinissable Killawatt. L’Anglais y développe son amour pour l’expérimentation et les formes sonores étranges et aventureuses. Mais il revient aussi sur ses débuts, sur sa relation avec Simon Shreeve (patron d’Osiris Music) et Tommy Four Seven (patron de 47), ou encore sur la mutation progressive de sa musique du dubstep hors-normes vers une techno déviante. Un entretien fort instructif qui démontre bien que la musique électronique reste encore aujourd’hui un vaste champ aux potentialités inépuisables.


 

1/ Peux-tu nous raconter d’où tu viens, comment es-tu arrivé à faire de la musique électronique ?

Je viens d’un village paisible situé au milieu d’un endroit reculé appelé Norfolk, mais vis maintenant sur la côte sud à Portsmouth. J’ai commencé à faire de la musique électronique vers mes 15 ans, après avoir entendu un de ces CD de classiques jungle de HMV. J’avais toujours été musical, que ce soit pour le jazz au trombone ou pour la guitare folk, mais c’est la musique électronique qui me saisissait le plus donc je me suis concentré dessus. J’avais un PC terrible avec une copie crackée de Acid Pro et quelques samples de jungle / old skool hardcore, donc j’ai commencé à faire de la jungle et des breaks à partir de ça.

2/ Tes débuts sont principalement axés dubstep, ce jusqu’en 2013. Tu en as eu marre du 140bpm ?

Je n’en ai pas eu marre du 140 bpm, je fais encore des trucs à ce tempo ! Je ne suis jamais rentré dans la vibe originelle du dubstep, je me suis toujours senti un peu étranger et je jouais toujours les trucs un peu plus leftfield, donc à la fin c’était plus de la techno que du dubstep de toute façon. C’était plus une progression naturelle que quoi que ce soit d’autre. J’ai toujours été un énorme fan du début d’Hemlock, Hessle Audio, Hotflush… Tout ce qui commence par un H on dirait… Eux-mêmes se sont tous orientés vers la techno / house. D’ailleurs dédicace à Ranking Records pour ceux qui connaissent, lourd label.

3/ Il y a eu beaucoup de morceaux en collaboration avec Ipman ou Thelem durant cette période pré-techno, et ensuite tu t’es mis à travailler plutôt seul. Pourquoi ce recentrage ?

C’était une période bizarre pour moi. C’était à peu près au moment où j’écrivais mon premier LP, qui m’a pris 18 mois à écrire, donc je ne collaborais avec personne à ce moment-là pour des raisons évidentes. Après que le LP est sorti, je ne savais pas vraiment où aller musicalement, je me sentais un peu perdu donc j’ai juste fini par expérimenter avec un son plus abstrait pendant quelques années. Je suis passé de 5 tracks écrites par semaine à 2 tracks par mois et je ne faisais rien avec !
Je parle encore à Jack (Ipman) pratiquement tous les jours, et on va finir par récrire des trucs ensemble, voire monter un label on espère, mais on est tous les deux occupés en ce moment, il faut juste trouver le temps !

4/ Qu’est-ce qui t’a tourné vers la techno ?

C’étaient des conversations quotidiennes de 2h au téléphone avec Si (Monic) qui nous ont tous les deux amenés à la techno. J’avais des sorties sur Osiris Music UK depuis un certain temps et Si préférait toujours mes tracks plus techno. Kryptic Minds étaient sur une trajectoire similaire donc on a chacun déclenché l’intérêt pour la techno dans l’esprit de l’autre. Je ne savais absolument rien de ce genre à part l’horrible hard tekno que j’avais entendue en free party quelques années plus tôt. Ce n’est que lorsque Si m’a fait écouter « Blood Witness » de Regis que j’ai su que j’aimais vraiment ce son, il combinait tout ce que j’aimais dans mes trucs à 140 avec la maturité et la taille de la techno. Encore aujourd’hui, c’est une de mes 3 tracks de techno préférées.
C’est ça qui a déclenché mon intérêt pour la techno mais c’est Tommy (47) qui m’a vraiment introduit à la scène. A ma grande surprise, il m’a demandé de venir jouer au premier événement 47 à l’Arena à Berlin. C’était la première soirée techno à laquelle j’allais, sans parler d’y jouer, et pour être honnête ça m’a ébloui, j’étais accroché pour de bon. Je dois aussi saluer le fait qu’il soit resté à mes côtés parce que c’est lui qui m’a donné un coup de pied au cul pendant ma phase plus stérile et ça a réenclenché mon enthousiasme pour recommencer à écrire de la musique ! Maintenant il doit juste supporter d’écouter tous les trucs que je lui envoie tous les trois jours :P

5/ Tu peux nous parler de l’existence et de l’évolution d’Osiris Music ?

C’est plus une question pour Simon honnêtement, mais je vais faire de mon mieux. D’après ce que je sais, Simon a monté Osiris Music UK après Defcom comme plate-forme pour sortir tout ce qu’il voulait. Defcom était un label de dark drum & bass typique et il voulait une plate-forme pour des trucs plus expérimentaux. La DnB devint le dubstep, le dubstep devint la techno et maintenant c’est littéralement de tout. Les quelques dernières sorties parlent d’elles-mêmes : Burial, Regis, Pessimist, Dot Product, Icore… Ça a été rafraîchissant de voir Si laisser le label évoluer de manière organique. Il n’a rien forcé, n’a pas cherché à en faire des masses d’argent, il l’a juste laissé faire son truc et je pense que ça a vraiment porté ses fruits ces dernières années. Je lui suis très reconnaissant du soutien qu’il m’a apporté, et qu’il continue à m’apporter aujourd’hui !

6/ A quoi ressemble un mix de Killawatt ? Strictement techno/electronica ou te permets-tu de dévier ?

Un mix de Killawatt en club peut se constituer de toutes sortes de choses en fonction de la durée du set. Des tracks d’ambient abstraites ; des trucs industriels lents, qui font bouger, à 100 bpm ; de la techno qui roule, breakée, trippante ; des bombes UK et du 170 inspiré techno. Je m’ennuie très facilement, à la fois quand je mixe et au studio, donc j’aime bien mélanger un peu. Parfois ça marche et parfois non mais ça, ça fait partie du voyage. Je ne serai jamais celui qui balance 3 heures de pures bombes, il y a des gens qui font ça bien mieux que moi, donc j’aime y rajouter mes propres influences et mon style et voir où ça nous mène !

7/ Comment s’est construit ton album Émigré ?

Après 18 mois à trimer sans relâche au studio ! Il n’y avait pas de concept prétentieux sous-jacent depuis le début, mais c’était pendant la phase post-dubstep / pre-techo quand tout ce que je faisais était juste une grande hybridation, donc je pense que c’est devenu l’idée finale. C’était si libérateur de n’avoir aucune contrainte créative et aucune limite. Je n’écrivais pas dans un genre ou pour un but particulier. Le titre évoque bien mon voyage depuis le dubstep vers quelque chose d’autre, et représente aussi le sentiment d’être étranger, comme j’en ai parlé plus tôt.

8/ A quoi ressemble une session studio de ton cru ? Tu as un système personnel de création, ou bien est-ce plutôt selon l’inspiration, à l’instinct ?

Clairement la deuxième. Je commence toujours par une page vierge, peut-être avec un tempo à l’esprit, une esthétique particulière ou un son autour duquel je veux baser la track, mais ça ne se termine jamais comme prévu. En général je construis un beat soit depuis des drums soit depuis un sample rythmique sans beat, et j’improvise par-dessus avec les idées modulaires, granulaires ou un sample de voix découpé.

9/ Quel avenir à ton projet Killawatt ? Comptes-tu expérimenter d’autres styles que ceux que tu pratique dans la musique électronique ?

Honnêtement ? Je n’en ai aucune idée. Je recommence à réellement aimer écrire de la musique maintenant, et je suis content de pouvoir le faire pour de vrai. Je vais continuer à travailler aux côtés de Tommy et Si pour l’instant, deux super partons de label qui poursuivent activement l’expérimentation au croisement des genres et du sound design, et nous verrons dans quelques années où l’on se retrouve ! Si la vie m’a appris quoi que ce soit, c’est de vivre dans le présent et ne pas perdre son futur à le planifier, donc c’est exactement ce que je vais faire !

1/ Can you tell us where you’re from, and how you came to make electronic music ?

I’m from a sleepy village in the middle of a backwards place called Norfolk, but now reside on the South Coast in Portsmouth. I started making electronic music when I was about 15 after hearing one of those classic jungle mix cd’s from HMV. I’d always been musical, whether it was playing jazz on the trombone or folk guitar but electronic music grabbed me the most so I stuck with that. I had some awful PC with a cracked copy of Acid Pro and a bunch of jungle / old skool hardcore samples and started making jungle and breaks from there.

2/ Your early work is essentially dubstep-centered, until 2013. Did you grow bored of 140-bpm stuff ?

I didn’t grow bored of 140bpm, i’m still making stuff at that tempo ! I never really got into the original vibe of dubstep, always felt a bit of an outsider and I was always playing the slightly more leftfield stuff so eventually it became more techno than dubstep anyway. It was more a natural progression than anything. I was always a massive fan of the earlier Hemlock, Hessle Audio, Hotflush…anything beginning with ‘H’ by the sounds of it…and they all moved towards techno / house themselves. Also shoutout to Ranking Records for those that know, sick label.

3/ During this pre-techno period, there were a lot of collaborative tracks with Ipman or Thelem, but then you started working more alone. Why did that happen ?

This was a weird period for me. It was around the time I was writing my first LP which took roughly 18 months to write so I wasn’t collaborating with anyone at the time for obvious reasons. After the LP came out I didn’t really know where to go musically, I felt a bit lost so I just ended up experimenting with a more abstract sound for a couple of years. I went from writing 5 tracks a week to 2 tracks a month and not doing anything with them ! I still talk to Jack (Ipman) basically every day and we will (eventually) get around to writing some stuff together and hopefully start a label but we’re both so busy at the moment it’s just finding the time !

4/ What brought you to techno ?

It was daily 2hr phone conversations with Si (Monic) that got us both into techno. I had been releasing on Osiris Music UK for a while and Si was always into my more techno based tracks. Kryptic Minds were on a similar path so we both sparked an interest for techno in eachother. I knew literally nothing about the genre other than the awful hard tekno i’d heard at free parties a few years earlier. It wasn’t until Si showed me Regis’s’Blood Witness’ track that I knew I really liked this sound, it combined everything I loved about my 140 stuff with the maturity and size of techno. It’s still today one of my top 3 techno tracks.
That was what sparked my interest in techno but it was Tommy (47) that really introduced me into the techno scene. To my surprise he asked me go and play at the 1st 47 event at Arena in Berlin. It was the first techno gig i’d ever been to let alone play at so it blew my mind to be honest, I was hooked from then on ! I released ‘Tensile’ on the first 47 compilation and he has nurtured things from there really. I have to give him credit for sticking by me as well because he was the one who gave me a kick up the arse during my more barren phase and it re-sparked my enthusiasm for writing music again ! Now he just has to put up with listening to all the shit i send him every other day :P

5/ Can you tell us about the existence and the evolution of Osiris Music ?

This is more a question for Simon in all honesty but I will do my best. As far as I am aware Simon set up Osiris Music UK after Defcom as an outlet to release anything he wanted. Defcom was your typical dark drum & bass label and he wanted an outlet for experimental stuff. The DnB became dubstep, the dubstep became techno and now it’s literally anything. The last few releases say it all : Burial, Regis, Pessimist, Dot Product, Icore… It’s been refreshing to see Si just let the label evolve organically. He hasn’t forced anything, hasn’t tried to make loads of money from it, he has just let it do it’s own thing and I think it has really come to fruition in the last couple of years. I’m very grateful to the support he’s given me, and still does to this day !

6/ What’s a Killawatt mix like ? Strictly techno/electronica or do you allow yourself some deviations ?

A Killawatt club mix can consist of all sorts of stuff depending on the length of the set. Abstract ambient tracks ; slow, jacking 100bpm industrial ; rolling, broken, trippy techno ; UK bangers and some techno-inspired 170. I get bored very easily and very quickly both DJing and in the studio so I like to mix it up quite a bit. Sometimes it works and sometimes it doesn’t but that’s all part of the journey. I’ll never be one to bang out 3 hours of straight up bangers, there’s people who do that far better than me, so I like to drag my own influences and style into it and see where we end up !

7/ How was your album Emigré conceived ?

Through 18 months of relentless slogging in the studio ! There was no underlying, pretnetious concept behind it from the start but it was during the post-dubstep / pre-techno phase when everything I was writing was just a hybrid of everything so I think that became the idea in the end. Having no creative boundaries and limits was so liberating. I wasn’t writing within a genre or for any specific purpose. The title really relates to my journey out of dubstep into something else, and also represents the feeling of being an outsider as I spoke about earlier.

8/ What are your studio sessions like ? Do you have a systematic approach to creation, or do you prefer to follow your inspiration, your instinct ?

Definitely the latter. I always start from a clean slate, maybe i’ll have a tempo in mind, a rough aesthetic or a single sound I want to base the track around but it absolutely never ends up how I expect it to. Generally i’ll get a beat going either from drums or a rhythmic beatless sample and just jam along to it with the modular, granular ideas or a mangled up vocal snippet.

9/ What is Killawatt’s future ? Do you intend to experiment with other genres than those you are currently associated with in electronic music ?

Honestly ? I have no idea. I’m just really enjoying writing music again right now, and am grateful I can actually do so. I’ll continue work closely with Tommy and Si for the time being, two great label heads who actively pursue cross-genre experimentation and sound design, and we’ll see in a few years where we end up ! If life has taught me anything it is just live in the present and not to plan your future away so that is exaclty what I am going to do !

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