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SSTROM – Vitriol

SSTROM sculpte les textures à travers temps et espace pour nous engloutir dans un univers froid et bruissant.

SSTROM - Vitriol

8.2

10

Label

Genre

Par Julien Smith
Publié le 3 février 2018 | 11:23

Il évolue depuis de nombreuses années dans le monde de la musique électronique et connaît le succès depuis 2012 au sein du duo SHXCXCHCXSH : Hannes Stenström, alias SSTROM, vient de sortir sur Rösten son deuxième EP solo, chef-d’oeuvre de travail de texture et d’agencement sonore. C’est l’un des représentants de cette techno toute en atmosphères, pas forcément orientée dancefloor mais toujours profondément évocatrice tout en restant abstraite, aux côtés de Rrose, Lucy ou SNTS entre autres.

Le premier EP de SSTROM sur Semantica, Fyren, avait posé les bases de son identité, à travers ambiances travaillées, synthés hésitants et sculptures de bruit blanc. Autant d’éléments que l’on retrouve dans Vitriol, sur un échantillon de quatre tracks finement ciselées, où l’auditeur est inexplicablement sollicité par un paysage sonore surchargé en évolution permanente.

Ainsi, plus que dans de simples tracks de techno, c’est dans des tableaux soigneusement assemblés que l’on est projeté dès le début de l’EP. La track éponyme s’ouvre sur un décor inquiétant, où des riffs de synthé décadents sont accompagnés d’un balancement mélodique. Une snare archi distordue s’ajoute au tableau, les notes s’emmêlent et se retrouvent spatialisées aux confins de la stéréo, les motifs mélodiques vont et viennent, grinçants et entêtants, tandis que les autres instruments se font tour à tour percutants et plus doux. La tension est maintenue tout au long du morceau sans qu’on sache vraiment pourquoi, un marqueur de l’expertise de SSTROM qui marquera l’ensemble de l’EP. La construction est un peu plus évidente dans « Sierra », à l’esprit plus trance : sur un court motif au synthé accompagné d’un kick s’ajoutent progressivement un shaker discret ainsi qu’un pad qui avance depuis le fond du son pour aller peupler l’espace sonore de trémolos. Le synthé gagne en profondeur, des notes rebondissent vers les lo-mids, la tension devient palpable, le point culminant est atteint, puis le beat tombe, juste assez breaké pour faire tourner de l’oeil : tous les éléments ont leur place dans le tableau et rien n’est laissé au hasard, ni la snare qui vient appuyer le broken beat, ni le shaker qui se fait insistant au bout du deuxième break, tout contribue à cette tension sur-saturée.

Mais le point fort de cet EP reste le troisième morceau, « Umbra », délicieusement mélancolique et sinistre. Comme dans les autres morceaux de l’EP, un bruit blanc sert de contrepoint au kick ici 4/4, tandis que le motif mélodique oscille dans l’espace sonore. Le fond du son cliquète, tandis que des bruissements de clochettes se font entendre au bout de la stéréo. Les percussions sales font apparaître avec d’autant plus de netteté la profondeur du motif principal tandis que des montées et des baisses en tension sont amenées par des vagues de bruit blanc. D’autres éléments se rajoutent sur cette faune, sans faire totalement disparaître ceux du début. Le morceau vibre, respire, grossit et évolue sans que l’auditeur s’en rende compte, et est vécu comme une houle électronique, calme et incroyablement puissante à la fois. Et lorsque la mer se retire finalement, elle laisse affleurer quelques éléments que l’on n’avait pas su remarquer auparavant tant l’espace était chargé. En un mot, chef-d’oeuvre. L’EP se termine sur « Ockra », une track au groove plus présent grâce au kick redoublé un temps sur deux, à l’espace sonore balayé par des synthés et percussions en tout genre sur fond de bruit blanc, nouvelle démonstration, s’il le fallait, de la capacité de SSTROM à construire des morceaux à la fois denses et spacieux.

Vitriol est donc un EP efficace et envoûtant, où une construction sonore précise est mise au service d’une musicalité assumée : « une immersion complète dans un monde de sons où tout rebondit librement », pour reprendre les mots de l’artiste lui-même dans l’interview qu’on a pu faire de lui il y a quelques jours. C’est aussi à cette occasion qu’il nous a précisé avoir dans son disque dur de quoi faire plusieurs sorties, on vous conseille donc de garder l’oeil ouvert.

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