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V/A – Gradients LP

Fracture assoit son label aux premières loges de ce grand théâtre à ciel ouvert qu’est la bass music anglaise.

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8.5

10

Par Martin Drazel
Publié le 8 mars 2017 | 11:37

Astrophonica, label auto-géré par Fracture, s’éloigne depuis quelques années de ses origines drum & bass pour arpenter les sentiers hasardeux du future beats. Si les premières sorties du label se concentraient sur l’inimitable duo Fracture & Neptune, s’en sont suivies une flopée de maxis et autres EPs déviant vers des rythmes plus étranges et parfois bien bordéliques. On doit à Charlie Fieber la découverte anglaise de l’imprévisible Moresounds, mais aussi d’imposantes signatures telles que Dawn Day Night, Sully ou encore Tehbis & Touchy Subject. Quoi de plus logique pour concrétiser cette politique pluraliste qu’un album regroupant tous les acteurs du genre ?

Ainsi naît Gradients, compilation d’une générosité rare réunissant pas moins de treize artistes. L’introduction par « Blink » de Stray donne le ton : à la fois puissant et rêveur, la compile se veut à la croisée des genres, implosant avec joie ce que l’on ne peut plus décemment appeler drum & bass. S’enchaîne « Warriah », nouveau délire jungle de notre Moresounds national, où sa science du découpage de caisse-claires s’exprime sans retenue. « Cosmic Tales » de Touchy Subject démontre avec brio l’immense intérêt de cette musique multi-genres, avec cette étonnante évolution du morceau, qui jongle habilement entre half-step et footwork. Intervient ensuite l’indétrônable Sam Binga avec « BFT » (comprenez Big Funny Time), nouvelle preuve de l’énorme talent de cet Anglais dont la carrière n’en finit pas d’exploser. Le patron propose ensuite « Back Up in This », nouvelle hybridation jumelant basse lourde et rythme à contre-temps, nouvelle concrétisation pour Fracture d’un style unique qu’il développe depuis la sortie de son tube « Get Buzy ».

A ce stade de la compile, on sent que la noirceur risque de prendre rapidement le dessus sur l’aspect plutôt joyeux de la première partie. « Snook » de Lewis James et « Whatever », qui voit la réunion six ans après leur dernière collaboration des compères Fracture & Neptune, amène doucement la puissance et la radicalité d’uns des morceaux les plus marquants de Gradients : « dB vs 45 King ». Personne n’attendait DBridge dans de telles contrées, c’est à se demander si la récente réunification de Bad Company UK ne l’aurait pas sorti de ses mélodieuses habitudes. Sa contribution à cet album détient une force et une capacité d’oblitération du dance-floor assez impressionnante, rappelant l’impulsivité des débuts de la jungle ainsi que l’attachement particulier du genre à la culture hip-hop.

L’apport de Sully à Gradients calme le jeu en nous dirigeant vers des mondes plus oniriques. Son « We’re Here » ressemble à ces interminables morceaux de jungle atmosphérique, sorte d’hommage à LTJ Bukem et consorts. Philip D Kick (alias Om Unit) remixe « Helios », tiré de l’EP Flock de Sully, avec cette patte bien à lui, sorte de footwork ponctué d’interventions vocales impromptues. Tusais réoriente la compilation vers des paysages plus actuels, assimilant les recettes d’Ivy Lab pour signer le seul morceau ouvertement half-step : « Blakout ». Fracture, en duo avec une recrue de Teklife : DJ Earl, accélère à nouveau la cadence avec le sautillant « Satisfyee », dont la boucle vocale risque bien de squatter votre inconscient pendant quelques semaines. L’album s’achève sur « Alphabet Ooz », divagation harmonique signée Tehbis qui referme Gradients sur une touche plus légère.

Fracture assoit son label aux premières loges de ce grand théâtre à ciel ouvert qu’est la bass music anglaise. Se souciant peu de l’effet de mode, Gradients détient une volonté d’imposer une vision musicale singulière. Les quatorze morceaux de l’album sont loin d’avoir délivré toutes leurs possibilités, tant ils ouvrent la voie vers de nouvelles formes. La compilation se place ainsi parmi ces clés de voûte qui façonnent et dirigent l’avenir d’une musique dont l’expansion semble inarrêtable. Omettre cette pierre angulaire risque fortement d’affaiblir les fondations de votre petit monastère d’amateur/teufeur, et ne revenez pas pleurer ensuite, on vous aura prévenus !

Tracklist :

A1. Stray – Blink
A2. Moresounds – Warriah
A3. Touchy Subject – Cosmic Tales
B1. Sam Binga – BFT
B2. Fracture – Back Up In This
B3. Lewis James – Snook
C1. Fracture & Neptune – Whatever
C2. dBridge – dB vs 45 King
C3. Sully – We’re Here
D1. Sully – Helios (Philip D Kick Remix)
D2. Tusais – Blakout
D3. DJ Earl x Fracture – Statisfyee
D4. Tehbis – Alphabet Ooz

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