V/A – Permissions

Le collectif One.Seventy rassemble dix titres venus des quatre coins du globe pour une première compilation en orbite de la galaxie drum’n'bass.

ONE-SEVENTY - PERMISSIONS OSVA001 artwork

8.5

10

Par Thibaud Marty
Publié le 17 septembre 2019 | 15:09

C’est chez Rye Wax à Londres qu’ont élu domicile, depuis environ quatre ans, les événements One.Seventy. On y retrouve des DJs et producteurs dans une quête d’innovation cadencée à 170 bpm, développant une musique d’expérimentations en orbite de la planète jungle / drum & bass, nourrie aux esthétiques ambient, IDM, dub et techno, voire plus si affinités. Une manière de mieux affirmer sa trajectoire vers une musique d’imaginaire à la croisée des codes, incarnée aujourd’hui entre autres par des labels comme Horo, Auxiliary, Detuned Transmissions, UVB-76, Re:St où encore Groundwork Recordings.

Dans le sillage de ces soirées soigneusement gérées par Alexander Foy & Rob Vanden, voici « Permissions », la toute première sortie estampillée One.Seventy, disponible le 20 septembre 2019. Dix pistes par autant de producteurs venus du monde entier, et si tout le monde est ici attablé autour d’une cadence commune, le menu est plutôt varié.

Ceux et celles qui écoutent les morceaux dans l’ordre seront accueillis dans cet opus par l’univers sci-fi tout en tension développé par Books dans « Roark » : une entrée en matière dominée par une épaisse brume de dissonances et de souffles synthétiques oppressants, suggérant un espace à la fois vaste et étouffant, ponctué par une rythmique minimaliste. Un morceau aux accents désenchantés, tout comme « Seven Gates » de Ghost Warrior, qui, avec ses drones venteux, jaillissements robotiques et impacts graves soudains, se charge de maintenir l’auditeur sur ses gardes au sein d’un environnement spacieux aux mouvements inquiétants, transpercé par une batterie nerveuse et appuyée. La densité rythmique monte encore d’un cran avec « Sync » de Subminimal, une piste où les drones sentencieux de l’introduction se font peu à peu lointains et épars au profit d’une averse de sons percussifs, galopant dans un espace inhabité.

À son tour, Tobe:n s’adonne au langage de l’intrigue spatiale avec « Anabiosis Tome », caractérisé par une batterie poly-rythmique riche en rebondissements. Les amateurs de l’école Grey Area apprécieront également la richesse de l’orchestration et la progressivité captivante de ce morceau à la fois aérien et intense. DB1 quand à lui affirme son goût pour les atmosphères épurées avec « Contorno », une piste résolument tournée vers le minimalisme et l’ambient, sans véritables ruptures ou parties distinctes. Ce morceau aux matières sonores très pures interpelle en mettant dos à dos des graves ronds et moelleux, et un cycle continu d’impulsions électriques réverbérées qui s’impose comme élément central.

Les amateurs de sensations fortes en auront pour leurs frais avec la terreur apocalyptique que semble décrire le belliqueux « 037 » de DAAT, sans doute un des temps forts de Permissions. Pendant près de sept minutes, le duo broie l’auditeur au sein d’une machine de guerre à la progression inexorable, orchestrant à merveille de surpuissants impacts qui martèlent un univers sonore hostile, venteux et métallique. Un morceau impeccable dont l’esthétique catastrophiste n’a rien à envier aux superproductions hollywoodiennes.

La pression sonore redescend cependant avec des propositions plus douces, comme par exemple le fataliste « The Slow Cancellation of the Future » de Ruido : un morceau ambient à la mélancolie intense, qui s’ouvre sur des effluves de bruit blanc enveloppant un piano saturé au jeu désarticulé, à la fois larmoyant et solennel. La charge émotionnelle est forte dans cette piste qui interprète son intitulé avec sensibilité. Dans la même veine ambient, Projekt22 nous invite plutôt à la sérénité avec « Kaizen » : une envolée des plus apaisantes, où se rencontrent avec souplesse échos de cordes et crépitements de vinyl, flottant dans un réconfortant plasma de nappes et d’arpèges de marimba. Le Suisse LCP s’illustre également dans le registre de la douceur avec « Schwarze Aare », un morceau simple et efficace, dépouillé, tout en délicatesse et en espace. Une batterie épurée y accompagne une basse lancinante et des drones placés avec justesse en retrait pour une belle profondeur de champ.
Enfin, DYL nous réserve une agréable surprise avec le très réussi « Human Being », s’éloignant encore un peu plus des esthétiques habituelles du genre. Au placard la boite à rythmes et les sonorités synthétiques, place à une palette de sons aux accents rock psychédélique pour ce morceau emmené par une guitare électrique mélancolique, autour de laquelle se développe une progression riche et sans fioritures.

Les contours du postulat musical incarné par One.Seventy sont parfois difficiles à définir, et c’est en partie ce qui le rend captivant. À l’écoute des dix pistes de Permissions, les propositions se détachent les unes des autres, et malgré tout convergent vers un même idéal expressif. Entre douceurs ambient, intrigues dystopiennes et terreurs technologiques, Permissions parvient donc à regrouper en son sein une admirable variété de registres, avec une cohérence qui dépasse le simple critère de la cadence. Une entrée en matière qui laisse entrevoir de belles choses pour la suite.

Tracklist :

1. Books – Roark
2. DB1 – Contorno
3. Ghost Warrior – Seven Gates
4. Projekt22 – Kaizen
5. DYL – Human Being
6. LCP – Schwarze Aare
7. Subminimal – Sync
8. Tobe:n – Anabiosis Tome
9. DAAT – 037
10. Ruido – The Slow Cancellation Of The Future

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