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V/A – Unknown Data Set

Potatoheadz Records interroge notre rapport au monde digital dans Unknown Data Set, première compilation vinyle réussie, entre electro et deep house.

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7.4

10

Par Charles-Louis Velieu
Publié le 6 février 2018 | 13:01

Basé physiquement à Melbourne, Potatoheadz Records s’installe progressivement sur la scène électronique depuis 2015 par le biais de ses compilations. Surprenantes par la variété des genres abordés, et simultanément pour leur agréable cohérence, elles se basent sur une grande variété d’artistes, ne s’arrêtant pas aux frontières locales mais puisant dans les bedroom studio du monde entier grâce à une communication en ligne efficace. Ce thème d’une société connectée se retrouve à la source de cette quatrième compilation, première sortie vinyle, nommée Unknown Data Set. Ici, quatre artistes habitués des compilations de Potatoheadz Records (Edo Lang, YS, Sedgwick et Pulsum) vont développer au travers de productions oscillant entre electro et deep house l’image d’un univers post-internet sur un disque aérien, club et efficace.

À la manière des précédentes sorties du label, Unknown Data Set arrive à rallier les genres par une minutieuse coordination. Au détour d’arpèges et de rythmes de percussions breakées à l’influence electro, chaque artiste à sa manière va donner sa vision d’une société échappant à l’influence sociale de la technologie. Ainsi, Edo Lang peint une dystopie où l’antagoniste se trouve dans des sonorités synthétiques graves et inquiétantes avec « Jan Juc ». La confrontation à l’inconnu se trouve à la fois terrifiante sous le frémissement de percussions syncopées énergiques, et source d’une liberté nouvelle par le biais des nappes, élusives. À l’inverse, YS aborde le thème de manière introspective, nous mettant en contact direct avec les machines. Les synthétiseurs, nappes et percussions vont servir d’appui à des arpèges aigues, chirurgicales et omnibulantes. Les vocales phrasées semblent lointaines, comme une vaine évocation de notre existence extérieure. Ici tout les éléments vont servir le développement de ce synthétiseur aigu, qui va par phase être noyé sous le bruit, développer son thème, s’écraser puis s’appuyer sur le son en effaçant tout les intermédiaires. On est possédé par la palette de couleurs offertes par ce même synthétiseur dont on ne se détache qu’à l’outro.

Sedgwick va choisir un autre angle de représentation, nous baladant dans un paysage électronique à la faune chargée, sauvage et inattendue. « Digitale Djungle » use de son introduction bienveillante pour charmer l’auditeur, qui se retrouvera ensuite dans la confusion suite à la venue incessante de synthétiseurs remplissant ce décor bestial. Les vocales nous happent dans ce paysage contrasté, où progressivement cohabitent des arpèges dramatiques, des sonorités bip-antes electro, des lignes acid et des nappes enivrantes. « Distilled Existence », à l’ambiance mélancolique et légère, va mettre en avant un texte poétique imaginant un monde déconnecté, futuriste, où l’homme devrait s’habituer à nouveau à faire confiance à la nature. Appuyée par des nappes rêveuses, une mélodie énigmatique semble un dernier rappel à la réalité, vite bousculée par des arpèges enjouées et pleines d’espoir. Pulsum délivre dans son texte l’aspiration à une vie pure, idéalisée comme pour montrer l’absurdité d’une situation où cet état naturel nous paraît impossible. La confrontation à cet univers déconnecté ici fait peur, et en même temps se montre comme une libération au travers de ces nappes évasives.

Mental et à l’efficacité irréfutable, Unknown Data Set sait appliquer à des productions dance music une certaine symbolique, un lieu de réflexion qui va se vouloir poétique au travers des sonorités des machines. Plus electro que les précédentes compilations de Potaoheadz Records, cet EP voit pourtant l’EP l’humain se retrouver au cœur de ces productions, essayant à chaque fois de s’affirmer par ces vocales au milieu de cette jungle électronique. Si on peut retenir « Inside » comme le morceau le plus efficace, « Distilled Existence » n’en demeure pas moins le plus lyrique dans sa représentation utopique du futur, laissant l’espoir d’un monde déconnecté d’internet où l’homme se redécouvrirait par lui-même dans son interaction avec les autres.

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